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Vol d'une substance radioactive au Mexique : ces scénarios à la 24h qui deviennent crédibles... sans que nous ayons les moyens de Jack Bauer
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74 jours chrono

Vol d'une substance radioactive au Mexique : ces scénarios à la 24h qui deviennent crédibles... sans que nous ayons les moyens de Jack Bauer

Une substance radioactive – de l'iridium – a été dérobée au Mexique, sans avoir pour pu être retrouvée pour le moment. Un fait qui pourrait tout à fait servir d'introduction à une saison de la série "24h chrono" ou à un film mettant en scène une menace terroriste.

Patrice  Ribeiro

Patrice Ribeiro

Patrice Ribeiro est secrétaire général de Synergie-Officiers

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Roland Moreau

Roland Moreau

Roland Moreau est biophysicien et inspecteur général des Affaires sociales.

Il a notamment écrit L'immortalité est pour demain (Bourin Editeur, 2010). 

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Atlantico : Comment cet iridium ce présente-t-il, et de quelle manière pourrait-il être utilisé pour commettre le plus de dommages humains, ou à tout le moins, le plus grand niveau de terreur ?   

Roland Moreau : L'Iridium concerné est  un isotope radioactif, l'Iridium 192, utilisé dans l'industrie et en radiothérapie pour le traitement de certains cancers. Sa période radioactive est de 74 jours, ce qui signifie que sa radioactivité diminue de moitié au bout de deux mois et demi. Il se présente sous forme de petites billes métalliques.

Ce produit  radioactif pourrait effectivement être utilisé par des terroristes  en l'incorporant dans un explosif classique. Ce dispositif, que l'on appelle "une bombe sale" n'entrainerait pas de conséquences très graves (indépendamment des dégâts causés par l'explosif classique), à condition que les billes d'Iridium ne pénètrent pas dans le corps des victimes. Mais dans ce cas, l'ablation rapide des billes radioactives ne laisserait pas de grande séquelle.

La plupart des bombes sales envisageables ne présentent pas de grand danger lié à la radioactivité. Ces armes radioactives rudimentaires n'ont rien à voir avec des armes nucléaires (bombes atomiques) qui ne peuvent en aucun cas être utilisées par des terroristes en raison de la complexité de leur fabrication. 

En fait, le seul réel danger de l'utilisation d'un explosif mélangé à un produit radioactif réside dans le risque de panique que cela déclencherait dans la population lorsque l'on  annoncerait la présence de radioactivité. La seule prévention de la panique consiste à informer le public sur ce type d'attentat, de dédramatiser le danger réel et de réduire considérablement l'impact psychologique recherché par les terroristes. On peut même aller plus loin et souligner l'intérêt d'une large information du public : les terroristes, ne pouvant plus bénéficier de l'effet de surprise et de panique, renonceront à utiliser des bombes sales.

Quels sont les scénarios que l'on pouvait considérer comme cantonnés à la fiction à une époque, mais qui sont aujourd'hui devenus crédibles, soit parce qu'ils se sont déjà produits, soit parce que leur éventualité n'est plus à exclure ?

Roland Moreau : L'utilisation de produits biologiques à des fins de destruction massive n'est pas nouvelle.

Alors qu'ils effectuaient le siège de Kaffa en 1346, les Tatars, décimés par une épidémie de peste, eurent l'idée de catapulter leurs cadavres contaminés dans la ville assiégée. Cette initiative leur permit de remporter la victoire, mais ce fut peut-être au prix de la dissémination de la peste noire dans toute l'Europe, qui entraîna la mort de 25 millions de personnes.

En dépit de la convention de 1972 qui interdit la production d'armes biologiques, cette menace est loin d'avoir disparu.

L'affaire du "parapluie bulgare" est dans toutes les mémoires : en 1978, un agent bulgare fut assassiné à Londres à l'aide d'un dispositif à air comprimé caché à l'intérieur d'un parapluie capable de propulser à son extrémité un projectile contenant une toxine.

Moins médiatisée, une mystérieuse explosion, le 3 avril 1979, à l'Institut de microbiologie de Sverdlovsk, entraina la mort de 66 personnes à la suite de leur contamination par le bacille de l'anthrax. Ce n'est qu'en 1992 que Boris Eltsine reconnut l'existence d'un vaste programme militaire biologique (50 instituts, 30000 salariés), et annonça qu'il mettait fin à cette activité.

Parmi tous les agents infectieux utilisables par des terroristes  pour une arme biologique, c'est le virus de la variole qui constitue la plus grande menace; La seule protection efficace réside dans la vaccination ... qui a été abandonnée depuis près de trente ans.

En ce qui concerne les agents chimiques, ils ont un lourd passé (première guerre mondiale ) et un avenir inquiétant .

Certains neurotoxiques, tels que l'ypérite ou le VX sont redoutables, par simple contact avec la peau. Mais s'il est assez facile de synthétiser et de stocker des agents chimiques, la mise en œuvre de la dispersion n'est pas aussi simple, comme l'a montré l'attentat au Sarin commis dans le métro de Tokyo en 1995 par la secte Aum.

A la télévision ou au cinéma, le héros a souvent à sa disposition d'importants moyens pour faire face à la menace, et une grande part de chance. Sommes-nous aussi bien armés que dans la fiction pour y faire face, selon vous ?

Patrice Ribeiro : Repérer une personne qui aurait échappé à toute surveillance en amont et se trouverait donc sur le territoire, au milieu de la population, est quasiment impossible, à moins de disposer de renseignements sur une cellule terroriste en particulier, ou sur son identité. S’il s’agit d’une personne qui ne communique avec personne, il est impossible de savoir où et quand elle va frapper. Si une menace se révèle forte, un plan de type vigiparate est déployé.

Sur le plan technologique, des moyens de repérage existent-ils ?

Patrice Ribeiro : Non, sauf pour les matières radioactives éventuellement. L’explosif peut être repéré par des chiens, sauf s’il est emballé de sorte qu’aucune odeur n’en émane. Tout dépend du profil des terroristes, si ce sont des professionnels ou des bricoleurs. Avec les filières qui existent aujourd’hui, des stocks d’armes très importantssont en circulation. Certains explosifs peuvent tenir dans un sandwich, et ont la capacité de faire exploser tout un wagon.

Quel est le dispositif de repérage en amont ?

Patrice Ribeiro : La première défense se trouve dans la prévention, ce qu’on appelle la lutte contre la prolifération. C’est la mission des services de renseignement, qui travaillent aussi bien en France qu’aux Etats-Unis. Souvent ce sont des gangs multinationaux qui, en plus de trafiquer des êtres humains ou des stupéfiants, se livrent au trafic de produits illicites. Il peut s’agir de matières radioactives ou d’armes chimiques bactériologiques. La crainte est très élevée, car des régimes ont développé de telles armes, et beaucoup d’entre eux ont été démantelés ou sont affaiblis, ce qui génère un vrai risque de prolifération. Le plus important pour les services est de savoir où ces matériaux sont susceptibles de se trouver, de recevoir des alertes lorsque quelqu’un ou une organisation cherche à s’en procurer, et enfin d’identifier les intentions derrière l’acquisition. Nous savons que certains groupes en Syrie sont en capacité de fabriquer des armes explosives comme moyen de diffusion d’une substance chimique mortelle. Ne leur manque que le produit.

 

Si l’attaque est réussie, de quelle capacité de réaction disposons-nous en France ?

Roland Moreau : La France est particulièrement bien préparée à ce type d'attentats, grâce à son dispositif de défense NBC (nucléaire, biologique, chimique)  et à la formation des services de santé des armées, du SAMU et de la protection civile.

Patrice Ribeiro : La direction générale de la gestion de crise du Ministère de l’Intérieur s’occupe de la coordination entre les pompiers, les hôpitaux, la police, la gendarmerie. Dans chaque commissariat de police des gens sont formés et équipés. Des procédures d’évacuation existent, avec des moyens de protection similaires à ceux que les médecins qui traitent le virus ebola utilisent. Des exercices d’entraînement ont régulièrement lieu, de sorte que nous sommes bien préparés.

Est-il possible pour des terroristes d'entrer en possession d'une tête nucléaire, ou d'éléments permettant de causer des effets comparables ?

Roland Moreau : La réponse est catégoriquement non. Lorsqu'on constate qu'un Etat comme l'Iran, qui dispose de moyens techniques et scientifiques importants, n'a pas été en mesure de fabriquer une arme nucléaire après 10 ans de recherches, il est totalement exclu que des terroristes bricolent une bombe atomique dans leur garage !

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