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L'apnée du sommeil est notamment favorisée par le mode de vie.
L'apnée du sommeil est notamment favorisée par le mode de vie.
©Pexels pour Pixabay

Troubles nocturnes

Voilà ce qui cause vraiment l’apnée du sommeil

Selon Matthew Rozsa, historien et journaliste américain, le cou humain serait une erreur de l’évolution et un trop grand nombre d’adaptations liées à ce dernier nous rendrait vulnérables à l’apnée du sommeil.

Bruno Comby

Bruno Comby

Bruno Comby est polytechnicien et directeur scientifique de l'Institut Bruno Comby.

Il est l'auteur de l'Eloge de la sieste (TNR, 2005)

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Atlantico : Qu'est ce que l'apnée du sommeil, et qui est touché par ce phénomène ?

Bruno Comby : La principale fonction vitale est la respiration. Notre corps consomme l’oxygène (O2) pris dans l’atmosphère et le carbone (C) apporté par nos aliments. Et il rejette du CO2. La réaction chimique C + O2 - CO2 dégage de la chaleur qui maintient notre corps à la température stable de 37 degrés Celsius et fournit à nos muscles l’énergie qui leur permet de fonctionner. Nos organes, et en particulier le cerveau, ont besoin d’une température constante et d’un apport régulier en oxygène, jour et nuit. Notre cerveau pèse 1,4 kg (2% du poids du corps) et il consomme à lui seul 20% de l’oxygène. La nature étant bien faite, l’air passe plus facilement vers nos poumons en position verticale qu’allongée. De jour, notre position debout assure ainsi une ventilation optimale et un débit d’air maximal vers nos poumons pour courir, travailler, agir, faire fonctionner nos muscles. En première approximation, la trachée respiratoire est un tuyau qui va acheminer l’air inspiré chargé en oxygène vers nos bronches et nos poumons (et rejeter le CO2 dans l’autre sens). La nuit, en position allongée, nos muscles sont au repos, notre respiration se ralentit : le besoin d’oxygène diminue au niveau musculaire, mais le cerveau continue cependant à consommer tout autant d’oxygène.

Notre cou étant flexible, notre langue, ainsi que le voile du palais au fond de notre bouche, sont constitués de tissus mous, lesquels peuvent s’aplatir la nuit, comme un tuyau un peu trop flasque, surtout lorsque nous dormons profondément sous l’effet de la relaxation musculaire. Ceci peut produire une obstruction du passage de l’air, d’abord partielle, donc chez certaines personnes des ronflements et/ou une gène respiratoire qu’on appelle hypopnée (étymologiquement : hypo – insuffisance, et pnée -respiration) ou dans le pire des cas, une obstruction totale du passage de l’air, donc une apnée (blocage provisoire de la respiration). Heureusement la respiration sera vite relancée par différents mécanismes réflexes. On considère qu’il y a apnée lorsque la respiration est suspendue pendant plus de 10 secondes. L’hypopnée est moins grave que l’apnée, mais les deux vont souvent de pair, c’est pourquoi on parle de syndrome d'apnées-hypopnées du sommeil (SAHS), ou en raccourci syndrome d'apnées du sommeil (SAS) qui est un trouble de la respiration nocturne.

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Les hommes en sont 2 à 3 fois plus souvent atteints que les femmes, probablement entre autres parce qu’ils ont souvent une moins bonne hygiène de vie (alimentation, alcoolisme…). L’obésité et une mauvaise hygiène de vie (alimentation) sont des pourvoyeurs importants du SAHS, car l’abondance de tissus graisseux favorise l’obstruction respiratoire. Les personnes âgées, après 60 ans notamment, sont plus souvent concernées que les jeunes mais on observe aussi des apnées et hypopnées même chez des enfants très jeunes (chez 1 à 3% des enfants). L’asthme est un facteur de risque qui augmente la probabilité de SAHS. L’alcoolisme abaisse la tonicité musculaire, ainsi que des amygdales gonflées ou infections de la sphère ORL (pouvant résulter du tabagisme ou d’inflammations épisodiques ou chroniques) peuvent aggraver le SAHS.

Les personnes concernées par cette apnée du sommeil sont généralement privées d'un sommeil réparateur, y-a-t-il des conséquences sur la santé à court et long terme ? Quelles sont-elles ?

A court terme, il s’agit effectivement d’un véritable stress, un état de détresse respiratoire (toutes proportions gardées), qui se renouvelle de multiples fois chaque nuit, parfois à chaque respiration ou presque. Les premiers effets sont donc au niveau du sommeil, de moins bonne qualité, moins réparateur. Il en résulte ensuite une fatigue de jour. L’apport en oxygène au cerveau et à tous nos organes s’en trouve diminué. Le cerveau fonctionne donc un peu moins bien (difficultés de concentration, de mémoire…). Il peut y avoir des réveils nocturnes, des difficultés à se rendormir. Un ronflement régulier est un signe d’hypopnée. A moyen terme, cela peut provoquer des insomnies plus graves, voire de la dépression, des problèmes conjugaux avec à leur tour des retentissements psychologiques. Ayant moins bien dormi la nuit, on sera aussi moins performant en journée… Il en résulte une myriade de conséquences à long terme. Le sang étant en légère hypoxie (manque d’O2 et davantage de CO2), c’est comme si le carburant d’une voiture arrive moins bien dans le carburateur : le moteur calera plus facilement. Tout le métabolisme fonctionne un peu moins bien et toutes les maladies seront ainsi, à des degrés divers, plus ou moins favorisées par ce déséquilibre respiratoire. Les problèmes cardiaques (notamment l’hypertension artérielle et une augmentation de la fréquence cardiaque pour tenter de compenser le manque d’oxygène), les infarctus (le cœur a besoin de suffisamment d’oxygène), les AVC, la maladie d’Alzheimer, peuvent être la conséquence directe ou être aggravés par le SAHS. On retrouve très souvent un SAHS chez les diabétiques.

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Les patients souffrant d'apnée du sommeil courent un risque 2,93 fois plus élevé d’hospitalisation après une infection au Covid-19. Et en janvier, une étude publiée dans la revue BMJ Open Respiratory Research a révélé que l'apnée obstructive du sommeil est un facteur de risque indépendant des symptômes graves du Covid-19. Pourquoi ce risque semble-t-il plus élevé pour les individus souffrant d’apnée du sommeil ? Y-a-t-il eu une recrudescence de cas de troubles du sommeil à cause du Covid ?

Le COVID génère au sein de la population une angoisse et un stress psychologique, qui favorise les troubles du sommeil. Le confinement, la réduction de la pratique sportive, le fait de trop manger comme compensation psychologique, conséquences de l’épidémie de Covid-19, ont à leur tour des conséquences négatives et produisent des troubles du sommeil. Il s’agit d’un cercle vicieux qui peut s’installer à l’occasion d’une maladie ou d’un simple stress sociétal comme le Covid, mais aussi lors d’un accident de la vie (divorce, chômage, décès d’une proche…). Les symptômes graves du Covid-19 étant une insuffisance respiratoire, le fait qu’il existe au préalable déjà une insuffisance respiratoire du fait du SAHS est évidemment un facteur de beaucoup plus grande fragilité face au Covid-19.

Avons-nous des solutions pour lutter contre ce phénomène ?

Tout d’abord, consulter un médecin ou un centre spécialiste du sommeil pour faire une polysomnographie. Il s’agit d’un enregistrement de vos paramètres vitaux avec des appareils chez vous pendant la nuit (enregistrement de la respiration, pulsations cardiaques, EEG, etc) qui confirmera si vous avez effectivement – ou pas - un SAHS. Il s’agit d’établir le diagnostic.

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Oui, il existe ensuite, et heureusement, de nombreuses solutions et nous pouvons agir pour briser le cercle vicieux du SAHS :
- améliorer son hygiène de vie, notamment alimentaire, pour remplacer le cercle vicieux par un cercle vertueux qui vous permettra ou vous aidera à retrouver la santé (manger mieux, activité physique, cesser de fumer, boire plus d’eau et moins d’alcool, psychologie positive…).
- des exercices de respiration et de relaxation, tels que la pratique du yoga ou de la sophrologie, vous aideront à mieux contrôler à la fois votre respiration et votre sommeil.
- dormir la fenêtre ouverte ou mieux ventiler votre chambre à coucher. Une réduction du taux de CO2 dans votre chambre favorise grandement l’oxygénation.
- enfin la pratique régulière de la sieste permet de rééquilibrer votre sommeil et est donc vivement recommandée. La sieste est un moyen simple à la portée de tous pour rééquilibrer son sommeil (voir le livre « Eloge de la sieste » et nos précédents articles à ce sujet sur Atlantico).

Enfin, consultez votre médecin qui peut le cas échéant vous prescrire des solutions médicales et dans certains cas l’utilisation d’un appareil « à pression positive continue » favorisant la respiration tout au long de la nuit.
Nous passons un tiers de notre vie à dormir. La qualité de notre sommeil et une bonne respiration pendant notre sommeil sont essentiels pour vivre heureux et en bonne santé. On comprend bien qu’il n’est pas possible de conserver sa santé intacte en respirant mal la nuit. Comme le dit la chanson d’Henri Salvador, pendant la journée « le travail c’est la santé ! » mais on peut tout aussi bien dire pour la nuit « le sommeil, c’est la santé ». Vivre heureux et en bonne santé, bien manger et bien dormir, cela s’apprend ! C’est tout le sens du travail d’éducation à la santé préventive de l’IBC (institut Bruno Comby).

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