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Vladimir Poutine-Xi Jinping, ces nouveaux alliés face à l’Occident
©WANG ZHAO / AFP

A l'Est, rien de nouveau

Vladimir Poutine-Xi Jinping, ces nouveaux alliés face à l’Occident

Dans le cadre d'une visite d'Etat de trois jours ayant pour but de célébrer les 70 ans des relations diplomatiques entre la Russie et la Chine, Xi Jinping a été plus que bien reçu à Moscou et St Petersbourg. C'est au total 28 rencontres qui ont eu lieu depuis 2013 entre les deux chefs d'Etat.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret enseigne à Sciences Po Paris.

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Atlantico Aujourd'hui concrètement quel est l'état des relations, diplomatiques et commerciales entre les deux pays ?

Cyrille Bret : Les relations bilatérales entre Chine et Russie sont très denses. Depuis la fin de l’URSS, les deux puissances eurasiatiques ont mis fin au conflit territorial qui les avaient opposées durant les années 1950. Des litiges sur la délimitation des frontières dans la zone de l’Oussouri avaient conduit les deux pays frères au bord du conflit armé et avait conduit à la dénonciation du traité d’amitié puis à une rivalité pour la direction du camp communiste. La Chine de Deng et la Russie d’Eltsine ont aplani ce différend frontalier, lancé des échanges commerciaux d’importance notamment pour l’approvisionnement en matières premières des usines chioises et ont surtout mis sur pied un partenariat stratégique en matière sécuritaire et militaire dans le cadre de l’Organisation pour la Coopération de Shanghai (OCS).

Cette organisation, forte de l’adhésion des Républiques d’Asie centrale et de puissances asiatiques (Inde, Pakistan) est le cadre privilégié de la coopération militaire entre Russie et Chine. Ainsi, régulièrement des manœuvres militaires conjointes sont organisées par l’OCS, sur terre, sur mer, dans le cyberespace et pour lutter contre le terrorisme islamiste. Sur le plan économique, les échanges se sont intensifiés : désormais le commerce de la Russie avec la Chine équivaut à un tiers de son commerce avec l’Union européenne dans son ensemble. Quant aux exportations de défense, elles sont particulièrement dynamiques de la Russie vers la Chine, dans les domaines d’excellence du complexe militaro-industriel russe : moteurs, avions de combat, missiles. Historiquement à un point haut depuis plus de vingt ans, les relations bilatérales excèdent largement la bonne entente entre les deux dirigeants actuels. Plus que de l’amitié, il s’agit d’un partenariat stratégique pour les deux protagonistes.

D'un point de vue idéologique, assiste-t-on à une alliance de fait contre une vision "américaine" du monde ?

Le premier ciment de l’amitié sino-russe actuelle est la rivalité avec les Etats-Unis. Déjà du temps du bloc communiste, l’URSS et la Chine de Mao contestaient l’ordre international jugé trop favorable aux Etats-Unis et à leurs alliés. Les deux puissances communistes s’opposaient au dominion américain, l’un en utilisant son siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unis, l’autre en animant un réseau de révolutions asiatiques. Aujourd’hui, la donne a changé. La République Populaire de Chine devient une puissance économique et militaire mondiale et est la principale rivale des Etats-Unis. De son côté, la Fédération de Russie, longtemps marginalisée, essaie de reprendre son statut de grande puissance au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique voire en Amérique latine. Les deux pays contestent aujourd’hui le leadership occidental. Dans le domaine monétaire, elles essaient de se libérer du système de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale). Dans le domaine militaire, elles développent l’OCS pour faire pièce à l’OTAN voire à l’ONU sur le continent eurasiatique. Dans le domaine économique, la RPC s’oppose aux Etats-Unis tandis que la Russie essaie de diversifier ses réseaux commerciaux pour échapper aux sanctions occidentales. Chine et Russie partagent une même vision des relations internationales fondée sur le principe de non-ingérence et de souveraineté nationale. Contre un multilatéralisme intrusif qu’elles jugent être le prétexte pour la condescendance occidentale.

Quels dossiers pourraient gâcher à l'avenir cette lune de miel ? Quelle sont les limites de cette amitié ?

Dans cette lune de miel, tout n’est pas rose. Première pierre d’achoppement, le décrochage économique de la Russie : la RPC souhaite accéder au statut de puissance mondiale et ne peut continuer à considérer la Russie comme un partenaire sur un pied d’égalité. On l’a vu lors des négociations sur l’ouverture du gazoduc Force de Sibérie entre la Russie et la Chine : c’est la Chine qui a obtenu un prix avantageux pour le gaz en raison de la faiblesse de la Russie. On le voit également dans la lutte commerciale contre les Etats-Unis : la Russie subit la vie économique internationale alors même que la Chine en dirige une large partie.

La deuxième limite à l’amitié sino-russe est la crainte russe concernant le retroengeneering (la copie) de ses armements. Ainsi, certains aéronefs militaires chinois ressemblent à s’y méprendre à des productions russes. Cela ne peut nourrir la confiance du complexe militaro-industriel russe qui compte pour 10% des exportations russes et pour l’essentiel des exportations industrielles.

Troisième limite : la Russie n’a pas les mêmes intérêts stratégiques de long terme que la RPC. Ainsi, au sein de l’OCS, si la Chine soutient le Pakistan, la Russie est un soutien constant et un fournisseur militaire de l’Inde. De même, au Moyen-Orient, la Russie prend des positions que la Chine ne soutient pas notamment en Syrie. Enfin, le projet des Routes de la Soie contourne pour une large part la Russie en passant par l’Asie centrale. Cela présente évidemment un risque de marginalisation pour la Russie…

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