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Dans quelle mesure, la menace énergétique de Poutine à l’encontre des démocraties occidentales renforce-t-elle l’exigence de la transition écologique ?
Dans quelle mesure, la menace énergétique de Poutine à l’encontre des démocraties occidentales renforce-t-elle l’exigence de la transition écologique ?
©Alexei DRUZHININ / SPUTNIK / AFP

Crise énergétique

Vladimir Poutine pourra-t-il priver l’Union européenne de son énergie ?

Le 21 juillet 2022, Vladimir Poutine a annoncé qu’il ne couperait pas totalement le gaz à l’Union européenne (UE). Le Président russe n’hésite pourtant pas à agiter le chiffon rouge de l’insuffisance énergétique.

François Dudeck

François Dudeck

François Dudeck (pseudonyme) est ingénieur, ancien fonctionnaire au service du gouvernement, spécialiste de sécurité et industrie. Il a publié deux rapports sur l’économie industrielle dans le cadre de travaux de l’OCDE et l’EHESS.
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Pauline Gavrilov

Pauline Gavrilov

Pauline Gavrilov est ingénieur-conseil en SSII. Elle est membre du Parti socialiste. Elle anime le collectif Index Orion qui étudie un modèle d'économie alternative. Les membres du groupe sont principalement des scientifiques, des entrepreneurs et des personnalités du secteur privé.
Elle a été collaboratrice et membre du comité de rédaction de la Nouvelle alternative (1996-2006), revue pour les droits et les libertés démocratiques en Europe de l'Est, pour laquelle elle couvrait la Bulgarie. Pauline Gavrilov a également travaillé comme observateur électoral pour l'OSCE en Bulgarie, ainsi qu'en Bosnie, Russie et Kazakhstan. Elle a vécu en Bulgarie du temps du communisme dans son enfance et adolescence, puis dans la période démocratique.
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De façon paradoxale, la guerre en Ukraine appelle l’UE à accélérer sa transition énergétique, ainsi qu’à faire entendre sa voix dans la sphère géopolitique, dont elle est le ventre mou pour avoir déserté depuis sa création les questions de défense. 

Dans quelle mesure, la menace énergétique de Poutine à l’encontre des démocraties occidentales renforce-t-elle l’exigence de la transition écologique ? L’Union Européenne (UE) n’est pas démunie en énergie vertes, tandis que l’injonction climatique se renforce. 

L’UE pourra-t-elle se passer du gaz russe cet hiver ?

En 2021, selon les chiffres de la Commission européenne, l’UE importait 155 milliards de m3 de gaz en provenance de Russie, soit environ 45% de ses importations en gaz naturel. Cette dernière dispose pourtant d’un certain savoir-faire en matière d’énergies vertes, mais la cohérence de son action est un prérequis à accélération la transition énergétique. Si d’aventure l’UE persistait dans un compromis perdant-perdant, en sacrifiant le gaz et le nucléaire, elle se retrouverait dans une impasse. Acheter du pétrole à l’Arabie Saoudite pour remplacer le pétrole russe ne serait pas une solution durable. Rouvrir les mines de charbon en Allemagne, Autriche et Pologne ne serait guère plus satisfaisant, tant au plan environnemental, qu’en termes de message politique donné à l’extérieur, selon lequel l’Europe n’assumerait pas ses résolutions politiques, alors qu’elle ferait la leçon à la Chine et l’Inde. D’ailleurs, qu’est-ce qui empêcherait l’Allemagne de prolonger quelque temps encore les trois dernières centrales nucléaires qui lui restent à fermer ? 

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Qui nous dit que la crise ukrainienne restera la seule à bousculer notre indépendance énergétique ? Pour l’heure, la perspective d’une souveraineté énergétique s’éloigne. Les achats chinois de gaz russe ont fortement augmenté ces derniers mois et cette tendance sera sans doute difficile à inverser. L’importation de gaz liquéfié en provenance d’Amérique du nord ou encore d’Egypte souffre d’un très mauvais bilan carbone. Renforcer le mix énergétique et rééquilibrer les flux de matières premières au profit de circuits courts est une solution à envisager. 

En 2021, le gaz importé de Russie représentait quatre fois la puissance des éoliennes européennes (UE 27) en 2020 ; au rythme de la croissance de production électrique des énergies éoliennes et solaires additionnées, il faudrait plus de 30 années d’investissement dans ces domaines, afin que l’UE puisse compenser ce volume énergétique. Autant dire que le seul effort d’investissement en éolien et solaire européen viserait quasiment à éteindre un feu de forêt avec une tasse de thé. Le risque de découragement collectif serait réel, qui pourrait s’exprimer tragiquement dans les urnes.

Lutter contre le réchauffement climatique, un objectif communautaire

L’UE est la première démocratie mondiale. Le conflit ukrainien nous rappelle, cruellement à quel point les fournisseurs d’énergie et plus largement de produits essentiels, qu’il s’agisse de métaux rares ou de composants (mécaniques, électroniques …) peuvent peser sur nos démocraties. La fermeture du gazoduc Nord Stream 1 dépasserait largement la dimension économique. En matière de transition énergétique, la difficulté ne se pose pas uniquement quant à l’accès aux énergies primaires ; elle concerne aussi les matériaux et notamment ceux nécessaires aux éoliennes, aux voitures électriques et au photovoltaïque. Le commissaire européen Thierry Breton a appelé l’UE à se réinventer quant à ses compétences minières et à investir dans des nouveaux procédés peu polluants d’extraction de ces mêmes ressources minières (lithium, cobalt, vanadium, cuivre, nickel, etc...). Les capacités technologiques, telle que la profondeur de forage par exemple ayant considérablement progressé depuis la fin des années 1960, un inventaire global permettrait de cartographier ses éléments. Les Etats du Nord de l’UE nous montrent l’exemple. 

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Depuis l’invasion russe en Ukraine, la Finlande désireuse d’échapper au risque de mainmise russe, n’a pas hésité à renoncer à sa légendaire neutralité militaire et a déclaré sa candidature à l’OTAN. Elle a dans le même temps voté un ambitieux projet d’objectifs climatiques ; d’aucun n’hésitant pas à le qualifier de projet climatique le plus ambitieux du monde. Le cas finlandais illustre le lien entre souveraineté stratégique et lutte contre le réchauffement climatique. Une vision éclairée et juste du nouvel ordre international. En renforçant et accélérant sa transition énergétique, l’UE affirmera ainsi la suprématie des valeurs de la démocratie sur les régimes dictatoriaux. Ce faisant, elle montrera un leadership technologique sur la transition verte et gagnera en compétitivité économique face au risque de stagflation pointé par de nombreux économistes. 

L’UE peut-t-elle encore miser sur une fin pas trop lointaine du choc inflationniste né de la guerre en Ukraine et dont elle mettrait à profit les dividendes, afin accélérer l’investissement en faveur de la transition énergétique ? Le conflit ukrainien nous conduit à repenser notre modèle énergétique européen. Sans doute est-ce là le temps de lancer de grands plans de suprématie technologique européenne, de grands chantiers de développement énergétique européens, afin de faire entendre une voix européenne puissante et écoutée dans un monde apaisé.

Pauline Gavrilov François Dudeck

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