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Violence à Paris : mauvaise gestion + problème de fond = risque de dérapage incontrôlé
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

(Dés)ordre public

Violence à Paris : mauvaise gestion + problème de fond = risque de dérapage incontrôlé

Après les scènes de violences de samedi, il n'est pas inutile de se poser la question des capacités réelles des forces de l'ordre à assurer la sécurité de tous.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Atlantico : Après le marasme de samedi en sommes-nous vraiment arrivés à un moment où les forces de l'ordre ne peuvent plus contenir un mouvement insurrectionnel ?

Xavier Raufer : Si elles le peuvent bien sûr, et ce qui advient depuis trois samedis est une honte. Pillages et déprédations sont le fait, d'une part des Blacks Blocks et de l'autre, des racailles de banlieue. Voyons tour à tour ce qu'il en est.
A Paris et alentours (92, 93, 94) la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP, ex-RGPP), l'outil de renseignement civil le plus ancien de France - et sur son territoire, le plus affuté.L'auteur est formel : la DRPP connaît un par unles deux ou trois cents pires anars et Black blocks et peut aisément, sur instruction, les cueillir au nid avant émeute (dans les beaux quartiers ou divers squats...) pour les isoler quelques heures ; les codes en vigueur le permettent. 
En prime, ces milieux anarchistes grouillent d'indicateurs. En Ile-de-France, la PP connaît ainsi en détails les préparatifs d'une émeute.De plus, l'Europe du renseignement existe : quand trente émeutiers allemands (les plus aguerris), belges ou italiens, partent pour Paris se joindre à la "fête", un signalement nominal est fourni. Ces alertes donnent l'immatriculation des véhicules, des itinéraire, etc. (les "indics", toujours...). Dans ce cas, un barrage filtrant règle le problème.
Ainsi, tout gouvernement français peut,sinon neutraliser une émeute - du moins, en limiter à 90% les dégâts. Exemple : avant l'élection présidentielle, les Black blocks voulaient ravager le secteur du Zénith le 17 avril 2017, lors d'une réunion du Front national. Prévenue (comme d'usage), la police agit et l'affaire avorte. Or cela, elle le peut toujours - même en décembre 2018.
Racailles : voulant pourrir la situation et salir les manifestants, les autorités ont rouvert le RER-Champs-Elysées le premier samedi de manifestation des "Gilets-Jaunes". C'est alors que les pillages ont commencé. De la banlieue nord, des bandes ontinvesti les "beaux-quartiers". Policiers et gendarmes de terrain l'affirment tous : c'est en fin de journée que les racailles surgies du RER ont pillé.Voilà la réalité.

Le gouvernement ne prendrait-il pas un risque à amalgamer les casseurs et les gilets pour des raisons purement politiques, étant donné le pouvoir de nuisance des ultras et casseurs observé à Paris ?

Agir ainsi est une folie politique. Le président Macron, son Premier ministre et leur cour ont négligé une règle cruciale, s'agissant de la France et du peuple français. Règle que TOUS les présidents de la Ve République ont sinonobservé avec soin : attention aux peuples régicides. Sur les quelques cent vrais Etats-nations au monde, trois ont tué leur souverain - non attentat ou accident, mais exécution délibérée : l'Angleterre, Charles Ie, janvier 1649 ; la France, Louis XVI, janvier 1793 et le Tsar, juillet 1918. Ces peuples-là subissent, courbent l'échine, acceptent tout - soudain, un jour comme un autre, renversent violemment la table. 
le Président Macron et sa cour n'ont pas réalisé à quel point la révolte approchait. Ils ont négligél'effrayant avertissement de Toqueville, dansL'ancien régime et la révolution: "Il est curieux de voir dans quelle sécurité étrange vivaient ceux qui occupaient les étages supérieurs de l'édifice social au moment même où la Révolution commençait, de les entendre, discourant entre eux sur les vertus du peuple, sa douceur, son dévouement, ses innocents plaisirs ; quand déjà 93 est sous leurs pieds : spectacle ridicule et terrible".

En définitive, jusqu'à quel point la gestion par le ministère de l'Intérieur de cet événement est-elle à mettre en cause ?


Chacun sait - d'abord les dirigeants de la police et de la gendarmerie - que M. Castaner ne connaît rien à la sécurité ni au maintien de l'ordre et que M. Nunez est le de facto ministre. Cela importe car le général en chef jouit d'un crucial pouvoir d'impulsion sur toute bataille sérieuse. Mais en l'occurrence, après les trois samedis terribles vécus par la capitale, tous les doigts accusateurs sont pointés sur le préfet de police. Manipulations obscures visant à piéger les manifestants, à les égarer et discréditer ; à faire pourir la situation, comme déjà dit plus haut. En privé, les syndicats de police sont furieux - et inquiets de l'avenir proche. A mesure que les samedis passent, ils voient se multiplier les demandes d'arrêt-maladie, dans les forces de l'ordre du terrain. 
De l'épuisement bien sûr - mais aussi un sourd dégoût, un refus de réprimer ceux d'en face - qui comme eux, sont aussi de la France d'en bas, partagent leurs frustrations et colères. Comme déjà souligné, la IVe République s'effondra suite à une grève de la police. Là encore, l'histoire existe ; la négliger est lourd de conséquence.

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