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"Le vin est devenu une sorte 
de produit financier"
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Valeur refuge

"Le vin est devenu une sorte de produit financier"

Le vin, plus fort que les bas de laine et autres oeuvres d'art ? Avec le prix record atteint par le cru 2010 des grands vins de Bordeaux, les précieuses bouteilles deviennent des objets d'épargne et de spéculation. Mais gare au temps qui passe.

Gérard Seguin

Gérard Seguin

Gérard Seguin et Emmanuelle Rouzet interviennent depuis plus de 20 ans dans le conseil, la formation et l’accompagnement de vignerons, de caves coopératives et de négociants dans les domaines du marketing, de la négociation et de la commercialisation des vins.

Ils sont les auteurs de Guide pratique de la vente directe du vin (Dunod, 2009), Marketing du vin (Dunod, 2006), et de Manager son entreprise vitinicole(Dunod, 2004)  et d’autres ouvrages spécialisés.

Ils sont responsables de programmes de formation au sein de Toulouse business School.

 

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Comment expliquer l’emballement des prix autours des grands vins de Bordeaux, qui s’arrachent à des prix inégalés ?

Il y a différents vins sur le marché, et les grands crus de Bordeaux et de Bourgogne n’ont jamais disparu de la sphère des produits de luxe. Ce sont des produits de placement dans la plupart des cas, et cela ne va faire que se développer car les prix montent et les vins continuent à se vendre. On est sur une véritable spéculation.

Les vins très haut de gamme sont achetés directement par des sociétés, des banques, des particuliers, et sont revendus en fonction des lois du marché. Ils sont stockés et conservés dans des conditions optimales. Il y a des acteurs sur le marché, des négociants, des ventes aux enchères.

Sur ce que l’on pourrait appeler une bourse des vins, les prix montent très rapidement. Il y a un engrenage en termes de communication et de perception de qualité, avec en particulier les notations données par les revues spécialisées.

Aujourd’hui, la valorisation des seconds crus monte également. Mais si les prix des marchés bordelais et bourguignons sont tirés vers le haut, il faut reconnaître que la qualité a suivi.

Est-ce que l’on peut faire un parallèle avec le marché de l’art ?

Le vin est devenu une sorte de produit financier.  Ce n’est pas un tableau de maître mais, quelque part, on est dans la même philosophie. Si ce n’est qu’il y a un problème dans la durée de la conservation et dans la qualité du produit. Un tableau se conserve ad vitam aeternam, alors que c’est parfois plus risqué pour un vin. Et cette notion de risque est un peu galvaudée car, vingt ans après, on se retrouve avec des bouteilles qui n’ont plus la même qualité, même si ce sont des vins de garde. C’est malheureux. Il y a de plus en plus de gens qui achètent des bouteilles de vin pour spéculer, tout simplement.

On peut avoir des bouteilles que l’on va conserver indéfiniment, mais ce n’est pas toujours une bonne logique financière. C’est là que la spéculation devient aléatoire. On vous rachètera des vins dont l’étiquette de la bouteille sera encore agréable à voir, dont la bouteille sera encore de bonne qualité, le bouchon aussi, mais le vin à l’intérieur aura perdu de sa qualité et de sa performance.  

Le rôle des acheteurs chinois est souvent pointé du doigt dans l’emballement des prix des grands crus. Est-ce exagéré ?

Au salon Vinexpo (organisé à Bordeaux du 19 au 23 juin, NDLR), j’ai observé la présence de beaucoup d’acheteurs chinois, et asiatiques en général. Le vin représente encore un produit de luxe pour les Chinois aujourd’hui, et en particulier le vin français. Il y a une forte attractivité de ce côté-là, d’autant qu’ils sont devenus très professionnels dans le domaine du vin. Ils savent ce qu’ils achètent, ils savent ce qu’ils consomment, ils savent ce qu’ils revendent. Cela nous garantit dans la durée de merveilleux débouchés pour nos produits.

Au niveau mondial, il ne faut pas oublier que les autres pays comme l’Espagne et le Chili et l’Argentine produisent des vins de qualité presque équivalente. Il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers. Il faut continuer à se développer.

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