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"Vengeance pour Théo" : l'étrange schizophrénie des jeunes Français
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La haine

"Vengeance pour Théo" : l'étrange schizophrénie des jeunes Français

La jeunesse aujourd'hui en France peut être caractérisée par ses radicalités. Le 23 février, de nombreux lycées étaient bloqués pour soutenir le jeune Théo. Demain, une grande partie de la jeunesse va voter pour le Front national. Les jeunes n'ont jamais été autant divisés et à la recherche de radicalités.

Olivier Galland

Olivier Galland

Olivier Galland est sociologue et directeur de recherche au CNRS. Il est spécialiste des questions sur la jeunesse.

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Atlantico : Alors qu’une partie de la jeunesse est en ce moment en train de bloquer des lycées, d’autres font le choix de voter pour le Front national. Comment expliquer la polarisation de cette jeunesse française ?

Olivier Galland : De nos jours la jeunesse est profondément divisée et le clivage entre ces jeunes qui expriment différentes radicalités se caractérise souvent par le niveau d’études. En France, l’insertion professionnelle est beaucoup plus difficile que dans d’autres pays voisins : la jeunesse connaît donc parfois une insertion qui peut être précaire. Cependant une immense majorité arrive à se stabiliser dans l’emploi, ils n’ont pas tant d’angoisse que ça à avoir pour leur avenir professionnel et ils le savent. Il existe une autre jeunesse qui n’est pas ou très peu diplômée ; elle rencontre de très grandes difficultés qui s’accroissent. Différentes enquêtes montrent un écart important dans l’insertion entre la jeunesse avec et sans diplômes.

Les jeunes se radicalisent en même temps que la société, ils ne sont pas les seuls à voter Front national. En ce qui concerne la violence, elle ne gagne pas l’ensemble des jeunes mais une minorité visible. Les jeunes des lycées généraux ne sont pas gagnés par une culture de la violence, par contre une partie des jeunes de milieux moins favorisés adhèrent à cette culture de la violence. C’est une minorité qui agit et qui est particulièrement politisée. Cependant, une grande partie des jeunes adhèrent à l’idée qu’il est acceptable de bloquer des lycées. C’est quelque chose qui désormais est presque considéré comme normal contrairement à ce que la jeunesse pensait il y a 30 ans. C’est une forme de radicalité car on bloque ceux qui souhaitent d’aller en cours. Ils ne perçoivent souvent pas cela comme de la violence mais comme une façon de se faire entendre. La démocratie est le concept d’accepter les opinion majoritaires même si nous ne faisons pas partie de cette majorité. Cette idée est de moins en moins acceptée et il faut mettre cela en perspective avec l’individualisation de la société. Les jeunes refusent de se faire imposer des choses qui vont à l’encontre de leurs choix personnels.

Pouvons nous définir des déterminants socio-économiques à cette radicalité de plus en plus présente chez les jeunes ?

Nous pouvons voir monter cette radicalité comme une forme de résistance infra-politique. Nous l’avons constaté à partir des émeutes de 2005 nées dans les banlieues qui exprimaient une volonté de révolte d’une jeunesse qui se sentait reléguée et non-reconnue. Les causes de la radicalisation des jeunes est toujours la même aujourd’hui, rien n’a changé. Avec mec collègues, nous avons réalisé une étude il y a quelques années à Aulnay-sous-Bois et plusieurs choses sont constantes : d’abord la tension permanente entre les jeunes et la police. Ces jeunes ont un ressentiment voire une haine pour la police. Il y a dans ces banlieues un contexte de concentration ethnique très fort, il y a une importante prédominance de jeunes d’origines immigrées qui viennent de milieux économiquement difficiles et qui ont souvent des problèmes scolaires. Souvent les professeurs comme les policiers sont jeunes et peu expérimentés à la réalité du terrain, ce qui rend les rapports très compliqués avec certains jeunes. Il y a de tous les côtés un problème de violence et ce problème n’a jamais été résolu. Il y a aussi une culture de la délinquance chez ces jeunes. Pour eux, le trafic est quelque chose de normal et d'acceptable. Le contexte est donc explosif. Si nous ajoutons à cela que notre système éducatif échoue à faire réussir les jeunes en difficultés, l’embrasement des quartiers sensibles est donc tout à fait possible. 

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