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2011 avait été étrangement calme sur le front vaticanesque, avant le Vatileaks de 2012.
2011 avait été étrangement calme sur le front vaticanesque, avant le Vatileaks de 2012.
©Reuters

Panique au Saint-Siège ?

VatiSchpountz : mais en quoi l'Eglise serait-elle aussi ébranlée que les médias le croient ?

2011 avait été étrangement calme sur le front vaticanesque, avant le Vatileaks de 2012. Le Vatican serait en proie à des joutes de pouvoirs. Mais qu'apprend-on vraiment de bien nouveau ?

 Koz

Koz

Koz est le pseudonyme d'Erwan Le Morhedec, avocat à la Cour. Il tient le blog koztoujours.fr depuis 2005, sur lequel il partage ses analyses sur l'actualité politique et religieuse

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Le geste se fait plus lent. Si le regard n’a rien perdu de son acuité, ni de la braise qui fait rosir les joues des jeunes filles et soupirer les femmes plus mûres, le réflexe est émoussé, je dois bien vous l’accorder. J’ai trop longtemps laissé ma cape bénie et mon blanc panty au placard. Après les semestrii horribilii de 2009 et 2010, 2011 avait été inhabituellement calme sur le front vaticanesque. Le jeté de cape a perdu de sa fluidité naturelle. Et pourtant, la flamme est là, le geste se précise. Sous les alertes mail « Vatican », des entrailles de mon repaire, fidèle Défenseur du Pape ®, dans un jaillissement de lumière, fringant et repassé de près, je tonitrue de nouveau : « Par Saint Georges et Saint Michel, par Sainte Jeanne et par Saint Dominique, à moi les légions du Pape !« .

On le dit atteint, l’Eglise déstabilisée. Son printemps serait difficile. Les temps seraient graves. Il y a une fuite.

Oh oui je sais, vous dîtes : "il minimise, l’irresponsable !" . Mais enfin, compagnons, l’Eglise est-elle donc en jeu ? L’autorité morale suprême est-elle ternie ? Si je consens à revêtir une fois encore ce costume immaculé mais terriblement serré, c’est bien parce qu’une télé italienne a voulu parler de larmes du Pape. Des larmes de mon Benoît ?! Enfin, selon une télé. Italienne.

Bien sûr, la Curie. Mais enfin, la Curie, quoi. Pas un spécialiste de l’Eglise qui ne vous conseille, d’un air mi-amusé, mi-scandalisé, mi-moi je suis informé (la troisième demie, oui) d’en rester prudemment éloigné.

Alors qu’apprendrait-on dans ce Vatileaks ? Que la Curie serait le lieu de joutes de pouvoirs. Qu’il y aurait des querelles intestines. Que certains reprochaient à celui-là de ne pas être à la hauteur. Qu’un autre aurait prophétisé la fin proche du pape. Bref, qu’à la Curie, ce ne sont pas des anges. Et si j’entends bien, avec le Père Bergeret, que "nous ne sommes pas censés être des anges, mais des saints", on se prend à craindre que même, des saints …

Mais l’Eglise est-elle ébranlée ? Vous me trouverez à cet égard sur une ligne très padreblogique (et d’un, et de deux) : l’Eglise est confiée à des pêcheurs, et ça n’est pas nouveau. Si Pierre est un prénom que j’affectionne tout particulièrement, c’est pour ce condensé d’hommerie et de sainteté qu’il représente. Dans l’Evangile, il est l’apôtre gauche, l’impulsif. Il est aussi celui qui proclame les plus grandes vérités. Il est celui qui dit « Vers qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ! » pour se prendre un « Passe derrière moi, Satan, (…) tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes » (sur une autre réplique, il est vrai). Il est cet être faible, pourtant instrument de l’Esprit. Il est celui qui tranche l’oreille du garde (celui de ses actes qui plaît le plus à mon fils, à mon grand désespoir), celui qui renie le Christ par trois fois. Et celui pourtant auquel Il remet les clés de l’Eglise. Alors, vous pensez s’il faut en avoir, de la confiance, et si l’Eglise en a vu des pires et des pas mûres depuis. Et cette confiance en l’homme malgré sa grande faiblesse, voire jusque dans sa faiblesse, cela aussi, c’est la grande beauté de la foi, et de l’Eglise.

Alors non, rassurez-vous : moi, ça va.

J’ajouterais que l’Eglise, pour moi, ça n’est pas ça. Ou pas que ça. L’Eglise, c’était surtout 25 000 jeunes à Lorient ce week-end de Pentecôte. L’Eglise, c’est surtout le Père Ceyrac, dont le rappel à Dieu sonne comme un clin d’oeil (et non, un saint prêtre n’est pas un prêtre mort). Plus près, c’est notre petit groupe de pères qui préparions le pèlerinage de dans un mois. Et c’est encore cet ami, la quarantaine, qui demande la confirmation, et m’a demandé d’être son parrain. Comme dirait l’autre : « nous sommes l’Eglise" . Et ça va.

Bien sûr, au-delà de tout ceci, il serait bon que ces tristes épisodes entraînent une prise de conscience. Faut-il que « tout change » (« pour que tout reste comme avant » ?) ? Il faut probablement que le Vatican se ré-organise au plus vite, pour adapter son organisation au monde, avec plus d’un demi-siècle de retard. Et pour que les affaires d’Etat ne deviennent pas des affaires d’Eglise.

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