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Ce que l'affaire Vatileaks nous apprend sur un retour possible
des intégristes dans l'Eglise
dans les prochaines semaines
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Dans le secret des dieux

Ce que l'affaire Vatileaks nous apprend sur un retour possible des intégristes dans l'Eglise dans les prochaines semaines

Parmi les sujets qui nourrissent la polémique récente sur les "Vatileaks", les négociations entre le pape et les lefebvristes pour leur réintégration au sein de l'Eglise catholique. Leurs chefs seraient en plein désaccord, risquant une explosion de la fameuse Fraternité Saint-Pie X.

Gérard Leclerc

Gérard Leclerc

Gérard Leclerc est un philosophe, journaliste et essayiste catholique. 

Il est éditorialiste de France catholique et de Radio Notre-Dame.

Il est l'auteur de l'Abécédaire du temps présent (chroniques de la modernité ambiante), (L'œuvre éditions, 2011). 

 

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Atlantico : 24 ans après l'excommunication de Mgr Lefebvre et la séparation entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, où en sont les négociations pour leur rassemblement ?

Gérard Leclerc : Nous sommes dans l’attente d’une réponse de Rome. Le pape a fait savoir qu’il désirait une discussion de fond sur la doctrine de la foi avec les représentants de la fraternité Saint-Pie X afin d’aller au bout des désaccords. Il s’agit de faire le point sur les points de mésententes entre ces différentes visions. Au terme de ces discussions, un document a été remis à la fraternité Saint-Pie X, spécifiant ce que Rome exige pour un retour de ces derniers dans la pleine communion de l’Eglise.

La fraternité Saint-Pie X, dans un premier temps, a refusé de signer. Elle a réclamé des explications. Aux dernières nouvelles, il semble malgré tout qu’il y ait eu un pas en avant extrêmement important de franchit vers une solution. Ce serait un progrès tout à fait décisif. Mais pour qu’il soit reconnu, il faut que la Congrégation de la doctrine de la foi, à Rome, se soit réunie pour valider un accord. Une décision qui se fait de plus en plus imminente.

Un autre problème se greffe là-dessus : les désaccords au sein de la fraternité elle-même. Monseigneur Fellay est en désaccord avec les trois autres évêques qui la dirigent et qui restent fermement opposés à cet accord, comme le révèlent des lettres internes qui ont récemment fuité sur le site Riposte catholique. Ils craignent que cela implique en réalité un alignement total sur ce qu’ils appellent l’Eglise conciliaire.

On peut s’interroger sur un éventuel ralliement de monseigneur Fellay à Rome. Dans ce cas, ses troupes le suivraient-elles dans cette direction ? Ce pourrait être une rupture au sein même de la fraternité. Dans cette hypothèse, il est très difficile de dire dans quelle proportion il parviendrait à mobiliser des personnes qui pourraient écouter les autres évêques responsables, qui restent très influents. Les propos tenus à ce sujet par plusieurs responsables français ont montré qu’il y avait de fortes résistances dans les places fortes du lefebvrisme.

Mgr de Galarreta, Tissier de Mallerais et Williamson seraient donc les trois évêques très réservés sur cet accord et opposés à la position de Mgr Fellay. Ont-ils les moyens de faire échouer l’accord ?

Dans l’immédiat, il semble que monseigneur Fellay est très déterminé à signer un accord. J’ai le sentiment que même si les trois autres évêques s’y opposent, cela ne l’arrêtera pas. Il est par contre possible, comme je l’ai dit, que la fraternité éclate.

A-t-on des éléments sur le Préambule doctrinal, présenté en septembre 2011 par le Vatican pour exprimer ses exigences ? Sait-on sur quels points il porte ?

Le secret continue de régner sur ce document, de part et d’autre. Il devrait tomber très bientôt. Il est vraisemblable que monseigneur Fellay manifeste sa bonne volonté en reconnaissant toute l’autorité du magistère, aussi bien dans son expression conciliaire que dans son expression papale. C’est tout l’enjeu du désaccord avec la fraternité qui continue de publier des textes dans lesquels elle sous-entend que le magistère a été suspendu depuis le Concile Vatican 2. Le Pape s’est pourtant exprimé depuis sur des textes importants.

Pourquoi Benoît XVI s’investit-il à ce point en faveur d’une réconciliation ?

La première raison, c’est que pour un pape, il n’est pas possible d’admettre une telle division. Le départ d’une partie, aussi restreinte soit-elle, de la communauté catholique, est une forte perte. Le pape doit mettre toute ses forces pour empêcher une scission définitive.

La seconde raison, c’est que le pape considère que la discussion avec les traditionalistes est un moyen pour l’Eglise de faire son miel. C’est-à-dire que ces derniers posent de vraies questions, même s’ils n’y apportent pas les bonnes réponses. Exemple : la liturgie. La réforme liturgique telle qu’elle a été amorcée par Vatican II pose problème sur un certain nombre de plans. Plusieurs personnes réclament d’ailleurs une réforme de la réforme. Les résultats effectifs et concrets de cette réforme ne sont pas aboutis. La discussion avec les traditionalistes permet de revenir sur le fond sur de telles questions.

En sait-on plus sur ce que révèle le fameux Vatileaks au sujet des tractations entre le pape et les intégristes ?

Je présume que les efforts du pape envers les lefebvristes ne font pas l’unanimité au sein de la Curie. Certains doivent considérer que l’on va trop loin. D’autres, d’ailleurs, doivent estimer que cela ne va pas assez vite. Il y a des dysfonctionnements au sein de l’administration du Vatican. C’est ce qu’a révélé la levée des excommunications : le responsable de la négociation à l’époque n’avait pas dit la vérité au pape. Il avait caché le négationnisme de Williamson. C’était une grave faute qui montre que certains cadres du Vatican n’assument pas leurs fonctions et ne transmettent pas toute la vérité au pape. Cela a de fait un effet négatif sur l’autorité du pape.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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