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Les hommes pensent avoir atteint l’âge idéal à la quarantaine.
Les hommes pensent avoir atteint l’âge idéal à la quarantaine.
©Reuters

Tu seras un homme, mon fils

Une si longue adulescence : ce n'est qu'à 54 ans que les hommes se sentiraient vraiment installés dans la vie

Un récent sondage britannique indique que les hommes se sentent à l'aise avec leur virilité seulement la cinquantaine atteinte. Un âge en recul qui illustre les évolutions du modèle masculin.

Christine Castelain-Meunier

Christine Castelain-Meunier

Christine Castelain-Meunier est sociologue au CNRS (CADIS/EHESS) et spécialiste des transformations du masculin et du féminin, ainsi que du rapport à l’enfant. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Les métamorphoses du masculin (PUF, 2005) et Le ménage, la fée, la sorcière et l'homme nouveau, paru en septembre 2013 aux éditions Stock.

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Atlantico: Généralement les hommes pensent avoir atteint l’âge idéal à la quarantaine. Mais un récent sondage britannique, orchestré par un centre clinique à Manchester,  assure que ceux-ci laissent derrière eux leurs préoccupations juvéniles à l’âge de 54 ans, pour se sentir enfin maîtres de leur vie et devenir en soi "des hommes". Faut-il comprendre que les hommes deviennent adultes de plus en plus tard ? Plus globalement, peut-on dire que la perception de l'âge idéal masculin a évolué ? Pour quelles raisons ?

Christine Castelain-Meunier: Je ne pense pas que l’homme devienne adulte plus tard aujourd’hui. Hommes et femmes vivent dans une société complexe, caractérisée par l’allongement de la vie, par des difficultés à rentrer sur le marché de l’emploi, sachant que les études s’allongent. Par ailleurs les hommes et les femmes restent plus longtemps dans leur famille en raison des problèmes de logement. Face à ces données, les critères pour évaluer la maturité ont simplement changé. Ces critères peuvent être décrits comme les capacités à s’affirmer, à construire sa subjectivité dans un contexte très complexe et très contradictoire.

Avec l’allongement de la vie, la perception de l’âge idéal masculin a forcément évolué. De plus, il y a un apprentissage d’une certaine maturité qui se fait beaucoup plus jeune. Avec le développement de la sexualité autorisée, l’âge s’est réduit, les premières relations sexuelles ont lieu plus tôt.Très tôt, les jeunes filles ou jeunes hommes doivent choisir leurs orientations rapidement, de faire des études courtes ou longues, de faire du sport au non… Ce sont des processus de maturation « accélérés », qui participent à l’évolution de l’âge idéal masculin. Mais cela reste quelque chose de très personnel.

Par ailleurs, l’une des autres évolutions réside dans le rôle de père. Pour avoir un enfant, il y a une sollicitation pour que l’homme devienne un père relationnel et non institutionnel, il construit un rôle par le lien avec l’enfant. L’humanisation de l’homme est l’une des nouvelles évolutions, qui constitue l’un des processus pour devenir "un homme".

Les résultats de l’étude montrent que les hommes se perçoivent comme accomplis à partir du moment où ils ont une stabilité financière évidente. Mais quelles sont donc les raisons et les étapes qui établissent l’identité masculine ?

On disait communément auparavant que l’âge d’homme était lié à celui du service militaire. Mais c’est un paradoxe, si hier ce qui décrétait qu'un individu était responsable et mature était la capacité à se défendre, à faire la guerre, à tuer, aujourd’hui c’est tout l’inverse. C’est plus l’apprentissage de la vie qui établit l’identité masculine, à l’inverse de l’agressivité, du conflit mortel. L’établissement de cette identité se fait sur le long terme, sans étapes clés. Il y a une complexité des modes de vie, qui diffère des uns des autres. Si nous avons pu déterminer l’entrée en profession comme l’une des étapes identitaires, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il n’existe plus réellement de mono-carrière, de carrière à vie, elle est désormais faite de périodes d’interruption, de CDD, de CDI… Aujourd’hui ce sont des mises à l’épreuve perpétuelles en fonction de la complexité du marché de l’emploi qui fonde l’identité masculine.

Aujourd’hui, qu’est-ce qu’être un homme accompli ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire être à l’aise avec sa virilité, avec ses choix de vie, sa capacité à diriger sa vie, à être un homme qui entre en relation par différence avec une femme, qui assume des responsabilités partagées, qui sait communiquer, avoir accès a sa sensibilité, qui sait être dans la compréhension d’autrui et pas uniquement dans l’affirmation de la compétition. L'homme d’aujourd’hui s'affirme de manière virile en minimisant l’aspect agressif associé à la virilité autrefois.

C’est un changement qui correspond à celui de la société. Nous sommes désormais dans une société de communication, d’image, de répartition, et libérale. Dans cette société la majorité des femmes travaillent, la collaboration est devenue primordiale, le partage des tâches domestiques, le regard sur l’éducation a changé, et le rôle de l’homme avec. J’ai d’ailleurs étudié ces ménages dans mon dernier ouvrage. Le ménage, cet espace familial, domestique, éducatif, est l’un des derniers bastions qui incombait à la femme. Mais aujourd’hui les modes de vie des jeunes gens se transforment.Il y a une volonté d’être dans la démocratie de l’intimité. On observe ce changement depuis les années 1970, la femme a pu s’affirmer comme femme ayant des droits civiques et sociaux, puis il y a eu la transformation de la puissance paternelle en autorité paternelle, en 1975 le divorce par consentement mutuel, le principe de coparentalité en 1993, tout cela a modifié d’un point de vue juridique les institutions et a accompagné la transformation des mœurs, et à terme celle de l’identité masculine.

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