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Une étude montre que la préférence des femmes pour des emplois près de chez elles pèse dans l’écart résiduel des salaires entre hommes et femmes
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Travail

Une étude montre que la préférence des femmes pour des emplois près de chez elles pèse dans l’écart résiduel des salaires entre hommes et femmes

Thomas Le Barbanchon, Roland Rathelot et Alexandra Roulet ont mis en évidence le fait que les femmes sont moins prêtes à faire du trajet pour un nouvel emploi. Quel impact cela représente-t-il sur l’écart de salaire entre les hommes et les femmes ?

Thomas Le Barbanchon

Thomas Le Barbanchon

Thomas Le Barbanchon est Professeur associé à  l'Université Bocconi.

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Alexandra Roulet

Alexandra Roulet

Alexandra Roulet est professeure d'économie à l'INSEAD. Elle est rattachée à la chaire dans le cadre notamment d'un projet sur la mobilité sociale en France. Ancienne élève de l'École normale supérieure, elle a ensuite réalisé son doctorat d'économie à l'université d'Harvard.

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Roland Rathelot

Roland Rathelot

Roland Rathelot est professeur d’économie à l’Université de Warwick.

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Dans votre article pour The Quarterly Journal of Economics : Gender Differences in Job Search: Trading off Commute Against Wage, vous mettez en évidence le fait que les femmes sont moins prêtes à faire du trajet pour un nouvel emploi et que c’est l’une des raisons qui peut expliquer la différence de salaire entre hommes et femmes. Sur quoi s’appuie la corrélation de ces données ? Quel impact cela représente-t-il exactement sur l’écart de salaire ?

Thomas Le Barbanchon, Roland Rathelot et Alexandra Roulet : Nos données proviennent à la fois de Pôle Emploi et de l’INSEE (données DADS). Nous nous sommes intéressés aux différences entre les femmes et les hommes dans les critères de recherche d’emploi, dans le type d’emplois auxquels ils candidatent et dans le type d’emplois qu’ils acceptent, que ce soit lors de transition emploi-emploi ou en passant par le chômage. Les femmes cherchent des emplois situés plus près de leur domicile que les hommes. Ceci n'est pas spécifique à la France, c'est aussi vrai aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne par exemple. Nous comparons des femmes et des hommes exerçant le même métier, ayant la même expérience et même le même salaire lors de leur dernier emploi. Lorsque l'on tient compte de tous ces facteurs, l’écart femmes-hommes dans le trajet recherché est de 14%, l’écart dans le trajet de l’emploi retrouvé est de 12% tandis que l’écart de salaire est de l’ordre de 4%. Si l'on compare les femmes et les hommes ayant le même métier, la même expérience, mais pas nécessairement le même salaire passé, on obtient des écarts plus grands: 24% sur le trajet domicile-travail et 8% sur le salaire dans l'emploi retrouvé. Mais le plus intéressant, c’est la manière dont les femmes et les hommes valorisent le fait qu’un emploi ait un trajet plus court. Notre étude montre que les femmes sont prêtes à renoncer à environ 20% de salaire de plus qu’un homme pour obtenir un temps de trajet plus court. Nous montrons également que dans les comportements de candidature, pour un emploi donné, si la distance domicile-lieu de travail réduit toujours la probabilité de candidater, cet effet est plus fort pour les femmes que pour les hommes, avec une différence également de l’ordre de 20%.

Quelle place prend ce facteur dans l’équation permettant de comprendre l’écart salarial entre homme et femme ? Pourquoi cette donnée n’est pas plus souvent évoquée, contrairement à d’autres explications comme la peine de maternité (child penalty”) que vous évoquez ?

Nous estimons que le fait que hommes et femmes ne valorisent pas le trajet domicile-travail de la même manière explique entre 10 et 15% de l'écart de salaire résiduel (celui qui reste une fois que l'on tient compte de l'âge, des diplômes, du métier...), c’est-à-dire entre 10% et 15% des écarts de salaire de 4 ou 8% mentionnés ci-dessus. C'est donc un facteur non-négligeable, mais ce n'est pas non plus le principal : c’est une explication parmi d’autres. Nous ne souhaitons d'ailleurs pas opposer ce facteur à l’effet de la maternité. Il est possible que le mécanisme que nous mettons en évidence soit l'une des sources de l’effet de la maternité : on peut imaginer que lorsqu'elles ont des enfants, les femmes valorisent encore plus la proximité de leur lieu de travail et soient davantage prêtes à accepter des emplois moins bien payés mais plus proches de chez elles.

Peut-on expliquer pourquoi les femmes sont moins prêtes à faire ces trajets, au détriment de leur salaire ?

Notre travail ne nous permet malheureusement pas de nous prononcer sur cet aspect. Nous supposons qu'une partie de l'effet est lié à la répartition des tâches au sein des ménages, qui aboutit fréquemment au fait que les femmes s'occupent de tâches qui nécessitent d'être plus proches de leur domicile, par exemple pour aller chercher les enfants à la crèche ou à l’école. Il peut y avoir également d'autres raisons. En milieu rural, tous les ménages ne possèdent pas forcément deux véhicules. En milieu urbain, les transports en commun peuvent être considérés comme moins sûrs pour les femmes. D'autres travaux seront nécessaires pour trancher sur les causes expliquant notre résultat.

Au vue de vos conclusions, si le télétravail était amené à se généraliser, cela pourrait-il permettre de réduire les écarts de salaire liés aux réticences à faire des trajets ?

Si une part plus importante des emplois offraient la possibilité de télétravailler quelques jours par semaine, il est possible que les femmes acceptent des emplois avec des trajets domicile-travail plus longs, ce qui irait dans le sens de réduire l'écart de salaire. Néanmoins, les hommes accepteraient peut-être également d'aller travailler encore plus loin et il est difficile de quantifier l'effet total sur les écarts de salaires. Mais nous envisageons justement de travailler sur ce sujet !

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