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Un quart du déficit de l'assurance chômage à lui seul : qui osera s'attaquer au régime des intermittents ?
©Reuters

Les entrepreneurs parlent aux Français

Un quart du déficit de l'assurance chômage à lui seul : qui osera s'attaquer au régime des intermittents ?

Le Medef a mis sur la table un projet de réforme drastique de l’assurance chômage, notamment la suppression du régime spécial dont bénéficient les intermittents du spectacle, responsables à eux seuls du quart du déficit du régime chômage. Décryptage comme chaque semaine dans votre rubrique "Les entrepreneurs parlent aux Français".

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Chaque semaine, un nouveau nanti sort du confort dans lequel son privilège le tient bien au chaud, pour se frotter, un instant au moins, au froid de la crise et crier son envie désespérée de rester au chaud et de laisser aux autres le soin de regonfler le moral de la solidarité.

Ils manifestent un attachement sans faille au modèle républicain, se font les champions de la démocratie, se parent d’une vertu à col roulé adapté aux grands froids et se lamentent de l’augmentation de la pauvreté dans les rues, de la guerre qui devrait cesser en Syrie, du seuil de pauvreté qui baisse avec la température, et parfois parviennent avec l’aide d’un peu d’oignon à verser une larme sur le drame de cette si vertueuse famille de Leonarda. Nos bobos ne sont pas à l’abri d’une vertu, qu’ils collectionnent comme une couronne d’aïl contre les vampires de la richesse, qui parfois viennent leur rappeler qu’ils font partie de ces privilégiés qu’ils ont tellement hâte de livrer en pâture à la presse, comme victime expiatoire de leurs propres miasmes (morbides, aurait ajouté Baudelaire).

Cette semaine, c’était les intermittents du spectacle. Ceux dont la solidarité est aussi intermittente que leur activité. Ceux qui sont responsables pour 100 000 « privilégiés » d’une de ces niches dont la France a le secret, du quart, et oui tenez-vous bien, du QUART du déficit du régime chômage. Le café qu’ils sirotent aux abords du Flore chaque semaine nous coûte, entre leurs périodes d’activité, 1 milliard d’euros.

Pierre Gattaz, en pleine forme, après avoir longuement hésité à taper dans cette fourmilière emplie de grenades dégoupillées, a lancé le pavé dans la marre aux artistes, sur la piste aux étoiles. L’impudent ! Oser rappeler aux privilégiés qu’ils le sont. Il est vrai qu’on pourrait le soupçonner de viser là une clientèle plutôt acquise au pouvoir en place, afin qu’on cesse de lui rappeler qu’il représente les « nantis » du CAC40, ces horribles entreprises qui permettent à la France de maintenir sa place dans le monde. Mais quelque soit le calcul politique, c’est le moment pour le faire. Il faut que ces gens si prompt à verser une larme, face à l’écran de préférence, sur les misères du monde, n’oublient pas de transformer leur émotion en action quand le moment est venu pour tous de se serrer la ceinture afin d’adapter la dépense à nos capacités. C’est Dukan pour tout le monde et il faut remplacer les graisses et les engraissés par des protéïnés !

Mais voilà que les syndicalistes, qui cherchent à s’accrocher aux quelques branches corporatives dont ils défendent les privilèges, sans état d’âme pour l’accroc que cela suppose à leur attachement à l’égalistarisme, (mais l’idéologie doit surement s’adapter aux besoins de survie), sont déjà vent debout devant cette provocation du patronat ! Car selon eux, détruire les riches est normal. Ils doivent être saignés afin de s’assurer que tout le monde soit pauvre et heureux. Mais toucher aux nantis bobos, jamais ! Il faut défendre les ArtisTocrates, ces nobles souvent de gauche j’imagine, sinon qui va voter pour eux demain ?

Suis-je contre les artistes ? NON !! J’adore ces gens qui veulent vivre de leur passion. Ils ont avec les entrepreneurs une fibre commune. La passion, l’envie d’aller au bout de leur rêve, la capacité de tout y laisser pour y parvenir. C’est remarquable, cette passion qu’ils nous transmettent sur les écrans. Ils nous font vibrer, rire, pleurer avec talent et restent un antidépresseur absolu, surtout en ce moment. Mais comme tous les médicaments, aussi impactants soient-ils, ils doivent être remboursés selon les règles qui s’imposent aux autres. Il n’y a pas de maladies plus importantes que d’autres. Elles méritent toutes d’être guéries. Dans les mêmes conditions.

Il faut donc faire la clarté sur ce système qui touche les intermittents dans lequel nombre de profiteurs se glissent, des sociétés de production abusent, des montants indécents se cachent etc... Une fois la clarté faite, il faut faire en sorte que le chômeur de PSA n’ait pas à se poser la question de savoir si sa pauvreté est moins considérée parce qu’il ne passe pas derrière le petit ou grand écran tous les jours. La pauvreté cachée mériterait moins que celle des projecteurs ??

La France ne doit pas faire l’économie de cette mise à plat, sinon elle le sera définitivement. Et vite. On ne doit pas, sur ces sujets, faire de politique. Il ne doit pas y avoir de tabous, n’en déplaise à notre ministre de la Culture. Une France gouvernée par la gauche ne doit pas ruiner sa réputation sociale en protégeant sans raison une catégorie par rapport à une autre. Les artistes doivent être protégés, chéris, il faut tenir compte des caractéristiques de leur métier. C’est indéniable. Derrière les quelques artistes qui gagnent plusieurs centaines de milliers d’euros, et qui osent profiter de ce système, se cachent des obscurs, et pourtant très bons artistes, qui doivent pouvoir tenter de percer sans sombrer dans la misère.

Mais 25% du déficit du régime d’indemnisation, 1md d’euros, mérite un peu de ménage et de remise à plat du système pour en éviter les abus et l’adapter à la rudesse des temps. Une France solidaire, c’est une France qui se serre les coudes, et non une corporation qui tire la couverture à soi et laisse le froid tuer son voisin. Nous avons tous à y gagner.

Moins de déficit, c’est autant d’argent que nous pourrons libérer pour l’économie, les entreprises dynamiques, créées par nos enfants, et dont la réussite permettra de s’offrir le luxe de « sponsoriser » ceux qui nous ferons rêver sur les écrans demain. Mais un écran sur lequel tous les Français seront acteurs et récompensés.

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