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Le nouveau gouvernement ne pourra pas gouverner avec la majorité relative à l'Assemblée nationale.
Le nouveau gouvernement ne pourra pas gouverner avec la majorité relative à l'Assemblée nationale.
©Ludovic MARIN / POOL / AFP

Atlantico Business

Un gouvernement paralysé offre aux entreprises deux stratégies possibles : la soumission ou la rébellion

Personne ne se fait d’illusion, le nouveau gouvernement ne pourra pas gouverner. Non seulement il n’a pas de majorité mais il n’a pas de personnalités assez fortes pour imposer des réformes structurelles.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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A priori, on attendait un gouvernement composé de personnalités fortes qui aurait pu obliger l’Assemblée nationale à former une majorité capable de générer des réformes courageuses. A priori, il n’en sera rien. La nouvelle équipe gouvernementale est sans couleur, ni saveur. Elle ne pourra gérer que l’immobilisme.  

Emmanuel Macron n’a pas réussi à attirer des personnalités fortes capables de répondre aux aspirations de l’opinion : un besoin d’ordre, de sécurité quotidienne et d’une administration efficace. Il a certes conforté le ministre de l’Intérieur, preuve qu’il craint des désordres. Il a également renforcé la position de Bruno Le Maire en le flanquant de quatre ministres ou secrétaires d’État dont on se demande bien ce qu’ils vont pouvoir faire de concret, puisqu’ils sont tous à contre-emploi. Ce gouvernement a aussi intégré 3 ou 4 économistes de réputation internationale, ce qui n’est pas inintéressant, mais il leur a donné des responsabilités en dehors de leur zone d’expertise. A quoi bon.

Cela dit, faute de majorité, ce gouvernement ne pourra pas gouverner et imposer des réformes structurelles qui s’imposent.

Si du côté politique, la situation est paralysée, du côté économique, la conjoncture est de plus en plus dégradée. Les chefs d’entreprises se sont mis aux abris. En public, ils ne bougent pas une oreille. En privé, ils n’ont pas de mots assez durs pour fustiger les erreurs de stratégie.

Les chefs d’entreprise ont le choix entre deux attitudes :  Soit une résignation au système qui confine à la soumission aux règles administratives, soit une rébellion pour saisir les opportunités que nous offrent l’imbroglio de l’État et la médiocrité de la classe politique.

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1) Le monde des affaires peut être tenté par la résignation. Quoi faire dans un pays qui consacre près de 60% de son PIB à des dépenses publiques, principalement des dépenses de fonctionnement qui, par définition, ne génèrent pas des créations de richesses ? Parce que ce poids de l’État décourage le gout du travail et alourdit les règlements et les contrôles qui freinent l’activité, annihilent la prise de responsabilité et par conséquent, les initiatives. A quoi bon travailler quand la chasse aux subventions et aux assistances rapporte plus ? A quoi bon prendre des risques quand tous les risques sont assurés par l’État ? Nous sommes désormais dans un pays socialiste où les entreprises peuvent être réduites à se soumettre aux règlements et aux administrations avec, pour seul objectif, de définir un lobbying d’enfer afin de trouver au gouvernement le bon guichet auquel on viendra toucher son chèque. Ce qui se prépare, avec la loi pouvoir d’achat, est une caricature de cette logique. On comprend d’ailleurs beaucoup mieux pourquoi on a mis quatre ministres à Bercy pour assister Bruno Le Maire, à moins que ce soit pour le contrôler.

2) Le monde des affaires peut être aussi tenté par les opportunités que la paralysie de cet État obèse va offrir. Parce qu’on sait bien que, quand l’Etat fait faillite ou sombre dans l’incapacité d’agir, le marché des consommateurs, des usagers et des clients se venge.  Un peu n’importe comment, mais il se venge. S’il a des besoins à satisfaire, il trouve les moyens de les satisfaire, y compris de façon illégale.

Malgré les budgets exorbitants, les services publics ne fonctionnent pas. Le résultat, c’est que quand c’est possible, le secteur privé offre une solution alternative. Dans le domaine de la santé, quand l’Etat s’avère incapable de répondre, on voit un secteur privé se développer. Des hôpitaux privés à Doctolib, les initiatives ne manquent pas. Et ce n’est pas terminé. Ce phénomène de migration des acteurs du modèle social vers le secteur privé ne fait que commencer. Puisqu’on est incapable de faire fonctionner la logique de solidarité, il faudra passer à la logique assurancielle. Tout est prêt dans les mutuelles et les sociétés d’assurance pour servir une prestation de meilleure qualité à un cout plus faible que les organismes publics qui sont en quasi faillite : l’assurance retraite, l’assurance santé, l’assurance chômage pourrait très bien fonctionner comme l’assurance automobile.

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Dans l’Education nationale, on assiste au même phénomène, si l’école publique avait su apporter un service minimum satisfaisant, on n’aurait pas assisté à l’explosion d’initiatives privées. Si le service des transports avait bien fonctionné, BlaBlaCar n’aurait jamais existé…

Quant aux enjeux de la mutation écologique, la grande majorité des entreprises ont pris en main les objectifs de RSE. Et pas seulement parce que les gouvernements sortent des normes et des décrets pour répondre à l’injonction idéologique des écologistes, mais aussi parce que leur mission est de répondre à leur marché et sécuriser leur avenir. Elles le font par intérêt et ça n’a rien de honteux.  

Les entreprises privées ont deux avantages pour la collectivité : d’abord, elles remplissent des créneaux d’activité qui n’intéressent pas le secteur public.  Ensuite, la concurrence entre le privé et le public est un facteur de progrès parce qu’elle oblige le public à sortir de ses habitudes léthargiques.

Le monde des affaires a soigneusement évité d’intervenir dans le débat politique et il a eu raison. En revanche, ce dont les entreprises ont besoin, c’est de visibilité, de stabilité et de contre-pouvoirs.

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