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Hans Werner Sinn affirme que les pays du sud devraient sortir de la zone euro
Hans Werner Sinn affirme que les pays du sud devraient sortir de la zone euro
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Dehors !

Quand l'un des économistes allemands les plus influents affirme qu’il serait temps de sortir les pays du sud de la zone euro

Celui que certains médias d'outre-Rhin présentent comme l'économiste le plus influent d'Allemagne s'est récemment prononcé en faveur d'une sortie des pays du sud de la zone euro. Ce qu'il admet en creux, c'est l'échec de la politique du "tout austérité" prônée par son pays pour les sortir de la crise.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Hans Werner Sinn est un économiste allemand, et pas n’importe lequel. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung, plus grand quotidien outre Rhin le désignait encore en 2013 comme le plus important et le plus influent économiste du pays. Sinn est l’incarnation de la ligne dure, fervent partisan de l’ordolibéralisme, théorie économique d’après-guerre et désignée comme étant la principale source du miracle économique allemand.

Hans Werner Sinn vient de frapper un grand coup, dans un article publié par le "Project Syndicate", il vient de proposer de faire sortir les pays du sud de la zone euro.

"Les membres de l’euro zone, dont le processus de retour à la compétitivité est en cours par la voie de la réduction des prix et des salaires est trop long et trop douloureux, et dont les sociétés risquent de se déchirer par la nécessaire imposition de l’austérité, doivent sortir temporairement de l’union monétaire". Nous y sommes. 2014 commence fort en Allemagne.

Mais la sympathique proposition de l’économiste n’est rien d’autre qu’un aveu de défaite. Après 5 années de crise, les solutions apportées par le "tout austérité" n’ont été synonymes que de désillusions. Plutôt que d’abandonner le dogme ordolibéral, et de se confronter aux catastrophes économiques grecques et espagnoles, il semble être préférable, pour l’économiste, de glisser la misère sous le tapis en évacuant les pays les plus faibles de la zone euro. Plutôt que de changer de politique, mieux vaut exclure.

Pourtant, dès 2010, ces théories de l’austérité avaient permis de projeter un avenir à la Grèce. Selon ces projections, le pays devait subir une contraction de 2.6 % de son PIB pour cette seule année avant de revenir à la croissance dès 2011. Le programme se devait d’être un miracle grec. Le bilan est convaincant ; l’économie grecque s’est contractée de plus de 25 % depuis cette date, c’est bien un quart de la richesse nationale grecque qui a disparu sous les coups de boutoirs de cette théorie. Ce bilan n’en est pas un, c’est une débâcle. Mais Hans Werner Sinn théorise encore.

"Bien que la Banque centrale européenne ait gratuitement offert une assurance  aux acheteurs de dette souveraine, ce qui a permis de calmer les marchés financiers, les travailleurs ordinaires qui paniquent à propos de leur emploi regardent le futur avec anxiété. En Grèce et en Espagne, la moitié des jeunes qui n’étudient pas sont sans emploi, comme le sont 25 % de la population active adulte."

En effet, les 19.5 millions de chômeurs européens regardent avec anxiété l’incroyable spectacle d’une Europe qui persiste à appliquer des recettes qui ne marchent pas, d’une Europe qui s’éloigne jour après jour de toute réalité économique.

Mais à travers cette phrase, il est aisé de comprendre que pour Hans Werner Sinn, la Banque centrale européenne serait en position de laxisme extrême, une véritable situation de débauche. Le problème est que cette vision est totalement viciée par une approche obsolète de la monnaie, aveugle qu’elle est en ne se focalisant que sur les seuls chiffres de l’inflation et de la peur panique qu’ils suscitent, en lieu et place de la croissance nominale (c’est-à-dire de la somme de la croissance et de l’inflation). C’est en effet ce que Hans Werner Sinn ne veut pas voir ; l’Allemagne a pu se réformer grâce au soutien de la BCE au cœur des années 2000. A cette période, la croissance nominale européenne atteignait les 4 %, et ce de façon stable. Les réformes Schröder ont ainsi pu être réalisées sans trop de souffrances pour la population allemande. Ce que le budgétaire prenait d’une main était redistribué par la main monétaire.  

A l’inverse, ce que la Grèce et l’Espagne endurent aujourd’hui est un processus de destruction économique. La croissance nominale européenne est proche de 0 depuis 5 années, les coupes budgétaires entreprises sont donc sèches. Aucun soutien ne leur est apporté et chaque effort est vain. Et après 5 ans de ce régime sans espoir, le couperet tombe. Sortez !

Pour en savoir plus sur ce sujet, lisez le nouveau livre de Nicolas Goetzmann : Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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