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UMP : à quoi pourrait ressembler une alternative politique qui conjuguerait aspirations des électeurs de droite et rapports de force au sein du parti ?
©Reuters

Opposition frémissante

UMP : à quoi pourrait ressembler une alternative politique qui conjuguerait aspirations des électeurs de droite et rapports de force au sein du parti ?

La majorité est en pleine crise, mais jusqu'à présent l'opposition n'est guère plus vaillante, et peine à proposer un vrai programme alternatif. Nicolas Sarkozy s'exrpime d'ailleurs sur les ondes pour laisser entrevoir la position de l'UMP dans le contexte actuel.

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est Directeur en charge des études d'opinion de l'Institut CSA.
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Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Atlantico : Quelles sont aujourd'hui les attentes des électeurs de droite, telles que l'on a pu les mesurer, et qui correspondent à ce qui peut servir de base à une vraie proposition de programme de la droite française dans le contexte actuel ?

Yves-Marie Cann : Nous nous sommes penchés sur la question en recensant toutes les études faites à ce sujet ces derniers mois. Il en ressort que les sympathisants de droite, quel que soit leur parti, partage une communauté de point de vue.

Le premier est l'inquiétude par rapport à un sentiment de déclin. C'est quelque chose de très présent chez les sympathisants de l'UMP (86% d'entre eux déclarent partager cette inquiétude) et du FN (94%). C'est un point central.

Derrière cette idée de déclin, les sympathisants de droite sont perméables aux enjeux d'identité française qu'ils sentent menacés. Cela a bien sûr pris de l'ampleur depuis quelques semaines (79% des sympathisants UMP, 93% de ceux du FN).

On retrouve également à droite des thèmes toujours forts d'indignation très partagée comme la fraude aux aides sociales, à l'assistanat (77% des sympathisants UMP et 72% au FN) et les incivilités. La plupart d'entre eux se retrouvent dans ces sujets de colère fédérateur, là encore quel que soit le parti de droite auquel ils appartiennent.  

Ces éléments sont ceux qui rassemblent le plus, avec une vraie attente des composantes de l'électorat de droite, très fortes parfois, pour constituer la base d'une alternative.

Il existe pourtant des éléments de différenciation qui reste fort à l'intérieur de la droite. Par exemple, si je reprends là encore les sympathisants de l'UMP et du FN, on a un rapport très différent à la démocratie et au gouvernement représentatif. Seul 38% des sympathisants FN ont une évocation positive de la démocratie, alors que l'on est à 62% à l'UMP…

La droite est vaste de sa partie modérée à sa partie la plus "dure". Parmi les attentes, lesquelles sont suffisamment fédératrices pour pouvoir servir de dénominateur commun à toutes les composantes sans raviver de tensions ?

Yves-Marie Cann : Effectivement, il vaut mieux parler "des droites" que de "la droite". Cette distinction existe encore sur de nombreux points, notamment sur la question européenne ou sur les thèmes économiques et le degré d'interventionnisme de l'Etat. Mais sur les sujets qui relèvent d'avantage des valeurs – par rapport à des mesures sur ce qu'il faut mettre en œuvre économiquement – les sympathisants des différentes droites se retrouvent de façon assez consensuelle. Et ce sont inévitablement les demandes que je vous ai cité. Il y a une vraie crainte d'un déclin du pays, d'une identité menacé, et d'un niveau de fraude sociale extrêmement fort qui nuirait à l'égalité à laquelle sont attachés beaucoup de Français. Proposer de manière réaliste et rapide un programme qui pourrait fédérer tous ces sympathisants l'axerait autour de ces propositions. Clairement, ce qui est demandé aujourd'hui a trait aux valeurs, aux symboles. C'est là que se situent les attentes des différentes familles de droite.

Roland Hureaux: Depuis la Révolution française la droite associe le conservatisme et le libéralisme. Depuis quelques temps, une certaine la droite  semble avoir  perdu de vue  la dimension conservatrice. On le voit par la fascination de certains membres des partis de droite   pour la réforme territoriale ou la loi Macron, qui sont en fait   des lois de destruction : destruction des cadres territoriaux,  des institutions, des professions réglementées, et, en fait,   des classes moyennes. La droite n'a pas pris conscience que ce processus de   destruction institutionnelle est extrêmement anxiogène pour la majorité des Français, et qu'il  est l'une des principales explications de la montée du Front National, plus à mon sens  que l'islamisme ou l’augmentation de la délinquance.

La droite aurait du combattre bien plus la réforme territoriale, d'autant que cette réforme coûtera en réalité, plus cher aux Français que l'organisation précédente.
Les Français, et les électeurs de droite en ont assez  du changement  perpétuel, dont ils ont l'impression qu'il ne fait qu'aggraver les choses,  et   la droite doit absolument revenir à des valeurs de stabilité. On a entendu des élus  de l'UMP dire qu'ils s'opposaient  à la loi Macron car elle n'allait pas assez loin dans les réformes: c'est absolument le contraire de ce qu'attend aujourd'hui l'opinion. 
Aujourd'hui seul le Front National donne l'image , fallacieuse d'ailleurs, de défendre la France telle qu'elle est. Mais la droite classique est aujourd'hui dans une déficience idéologique telle qu' elle se trouve incapable de contrer  sur ce terrain  la propagande de la gauche.

A quoi pourrait donc concrètement ressembler les grandes lignes du programme de cette alternative ?

Roland Hureaux: La droite doit être le parti du réel contre toutes les idéologies.Toutes les réformes de la gauche sont idéologiques et déconnectées du réel. On est dans une société de l'image, xxx dans une "société du spectacle" pour reprendre l'expression de Guy Debord.  Si   la droite joue le même jeu absurde ,  alors il n'y a plus d'espoir. Si l'on veut garder l'espoir, il faut  qu'un discours réaliste émerge, un discours attaché à la réalité et non à l'idéologie.Il faut, par exemple  revenir sur les projets de  libéralisation de l'organisation  pharmaceutique : pourquoi déstabiliser cette profession quand on sait que la toxicomanie actuelle se tourne de  plus, en plus vers les produits pharmaceutiques ?  Enfin il faut s'attacher aux vraies souffrances du peuple et les comprendre.Il n'est pas , dans ce contexte,  excessif de  proposer de revenir sur toutes les réformes de la gauche, car elles sont toutes dictées par une idéologie détachée de la réalité.

Parmi la masse des ambitions, qui aujourd'hui représente le plus ces attentes ? Sur qui peut reposer de manière la plus limpide une alternative qui correspond aux attentes ?

Yves-Marie Cann : Aujourd'hui on ne le sait pas précisément car les études n'ont pas encore formalisé clairement la question. Mais si on se base sur le plan de la popularité, on voit bien qu'à droite deux personnalités émergent pour faire un début de consensus : Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Mais ils n'ont pas la même structure de popularité dans le rapport de force à droite. Alain Juppé est populaire chez les militants UMP et à l'UDI mais très peu au FN. Nicolas Sarkozy, lui, faut encore le plein des voix à l'UMP mais ceux de l'UDI reste réticent…

Cependant, si on se base sur les préférences exprimées par les sympathisants UMP, et sur la personnalité et les valeurs, on a quand même un rapport plus important en faveur de Nicolas Sarkozy. Il est le mieux à même de représenter les enjeux qui semblent prioritaires, là où Alain Juppé apparaît moins marqué et ferme sur ces questions (du moins en apparence). Et l'UMP reste en terme de sympathie partisane le mouvement qui attire sur son nom le plus de Français se définissant "de droite".

Roland Hureaux: Quant au discours, aujourd’hui personne n'incarne cette alternative. Même les chefs ont prouvé leur vulnérabilité à la fascination idéologique de la gauche "social-libérale".Celui dont la posture représente le plus la stabilité serait François Fillon, même si  sa doctrine semble de plus en plus imprégnée du  libéralisme  ambiant.Nicolas Sarkozy doit comprendre  que les Français sont fatigués  du mouvement permanent. Si l'UMP  poursuit  dans cette voie, elle poussera ses électeurs vers le Front National.Alain Juppé en est resté au logiciel de l'après-guerre où on ne remettait pas en cause les réformes de la gauche, mais à l'époque,  ces réformes étaient souvent raisonnables  et utiles. Aujourd'hui la plupart sont idéologiques et donc , quelque part, folles.

Pourquoi est-il si complexe de voir cette alternative s'enclencher si elle est finalement si clairement définie ?

Yves-Marie Cann : Effectivement, les sondages et le positionnement de Nicolas Sarkozy semble en faire naturellement celui qui peut représenter cette alternative. Mais la difficulté, c'est la concurrence du Front national, qui incarne une nouvelle alternative avec la personnalité de Marine Le Pen. Il y a une vraie dynamique que l'on mesurera sans doute fortement au cours des départementales où le FN sera présent dans 95% des cantons départementaux. Nicolas Sarkozy pâtit de cette concurrence, Marine Le Pen étant aussi très présente sur le déclin de la France, la perte d'identité et 'l'assistanat. La difficulté pour une personnalité comme Nicolas Sarkozy, c'est que comme il a déjà été en responsabilité, il doit également faire avec le jugement que l'on porte sur son bilan. N'ayant pas répondu lors de son quinquennat aux attentes sur les attentes de l'électorat de droite, il peut y avoir une envie de "tester" le FN sur ces sujets qui sont pourtant censés être la base du projet alternatif de la droite. 

Roland Hureaux: Le monde occidental,  au sens large du terme,  est aujourd'hui dominé par un courant culturel de gauche libéral et libertaire. L'opinion publique subit une très forte pression de ce mouvement qui a les faveurs des médias. De ce fait,  peu d'hommes politiques ont l'armature  intellectuelle pour pouvoir s'y opposer clairement, simplement et de façon convaincante.

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