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Des militaires ukrainiens en première ligne près du village de Novognativka, dans la région de Donetsk, examinent un missile guidé antichar portable qui a été transféré dans le cadre de l'assistance technique militaire de la Grande-Bretagne.
Des militaires ukrainiens en première ligne près du village de Novognativka, dans la région de Donetsk, examinent un missile guidé antichar portable qui a été transféré dans le cadre de l'assistance technique militaire de la Grande-Bretagne.
©Anatolii STEPANOV / AFP

Soutien à Kiev

Ukraine : plus que la frilosité française à livrer des armes, l’incapacité de le faire

La France a envoyé à l'Ukraine des équipements militaires pour une valeur totale 162,12 millions d’euros entre le début de la guerre en février et le 7 juin, selon le Kiel Institute for the World Economy. Des pays comme la Lettonie (218,8 millions), l’Estonie (240 millions), le Royaume-Uni (998,63 millions) ou bien encore les Etats-Unis (1,97 milliard) ont livré beaucoup plus d’armes et d’équipements militaires à Kiev. Comment expliquer cette difficulté opérationnelle ? Les armées françaises seraient-elles en difficulté en cas de conflit majeur ?

Jérôme Pellistrandi

Jérôme Pellistrandi

Le Général Jérôme Pellistrandi est Rédacteur en chef de la Revue Défense nationale.

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Atlantico : Selon les données du Kiel Institute for the World Economy, entre le début de la guerre et le 7 juin, la France a envoyé à l'Ukraine des équipements militaires pour une valeur totale 162,12 millions d’euros, soit moins que des petits pays comme la Lettonie (218,8 millions), l’Estonie (240 millions), mais aussi le Royaume-Uni (998,63 millions), ou encore les Etats-Unis (1,97 milliard). Dans quelle mesure est-ce dû à une incapacité opérationnelle plus qu’à une forme de réticence

Jérôme Pellistrandi : Il faut noter que les livraisons restent relativement importantes avec des missiles MILAN, Mistral, et surtout 18 canons Caesar qui représentent 24% du parc de l’Armée de Terre. On peut également ajouter à cela un nombre conséquent de Véhicules de l’Avant Blindé, mais aussi des équipements de vision nocturne, de télécommunications … 

Les armées françaises sont engagées sur plusieurs opérations, notamment Barkhane au Sahel. Elles ne peuvent donc pas donner les équipements dont elles ont besoin pour maintenir leur capacité opérationnelle. Nous avons également des engagements auprès d’autres alliés en termes de livraisons d’armement. 

Nous sommes confrontés à de nombreuses difficultés et c’est la raison pour laquelle Emmanuel Macron a demandé au ministre des Armées, Sébastien Lecornu, de discuter avec les industriels afin d’augmenter nos capacités de production dans les mois à venir. Nous devons passer d’une situation classique à une situation liée à un État de guerre à l’Est de l’Europe. À ce titre, le budget de la Défense augmentera de 3 milliards en 2023. Il est indispensable que les politiques et la nouvelle Assemblée prennent conscience de ces enjeux de défense, qui concernent la France mais aussi l’Europe. 

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En 2019, le Général Lecointre, alors Chef d’État Major des Armées, alertait sur le faible de stocks de munitions dont disposaient les armées françaises, affirmant qu’elles ne seraient pas en mesure de soutenir un engagement majeur en 2022. A quel point le stock de munitions est-il faible ? La situation a-t-elle évolué depuis ?

Le sujet est très complexe. Certains missiles, comme les MdCN, tirés à partir des sous-marins nucléaires d’attaque, coûtent très cher. C’est aussi le cas pour certaines munitions d’artillerie. Samedi 2 juillet, Sébastien Lecornu s’est rendu dans une usine de fabrication d’obus du nord de la France pour voir comment augmenter la production. 

Lors des restructurations de 2008, avec le RGPP et la réorganisation du dispositif militaire, il a fallu faire des économies. Souvent, le stock de munitions a été taillé au plus juste en se basant sur les hypothèses d’emploi de l’époque. Face à ce constat, le Général Lecointre avait souligné qu’il fallait augmenter nos stocks de munitions. C’est aussi le cas du chef d’État Major de la Marine, l’Amiral Pierre Vandier, qui a souligné l’importance de tirer régulièrement des munitions complexes pour que le personnel puisse s’entraîner. 

Cet élément a été pris en compte via la loi de programmation militaire 2019-2025. Il y a une volonté d’agir en augmentant nos stocks dans le but de définir de nombreux objectifs, tout en tirant les leçons de la guerre en Ukraine. 

La doctrine des armées françaises, basée sur le « modèle d’armée complet » permet de maintenir des capacités sur quasiment l'ensemble du spectre opérationnel en sacrifiant le volume, la masse. Cette doctrine est-elle la bonne ? Nous fait-elle défaut aujourd’hui ? 

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Cette volonté, réaffirmée par tous les chefs militaires depuis plusieurs années, vise à conserver l’ensemble du spectre des capacités opérationnelles. Il n’était pas question d’abandonner des compétences, quitte à accepter des réductions temporaires de capacité, en privilégiant la qualité. Je pense que c’est essentiel. Cependant, la remontée des moyens décidée par la loi de programmation militaire commence à porter ses fruits et on peut voir l’augmentation du budget alloué à la défense avec l’arrivée de nouveaux équipements. 

À l'heure actuelle, dans quelle mesure les armées françaises seraient-elles en difficulté en cas de conflit majeur ?

Il est clair qu’en cas d’engagement majeur, il faudrait bien plus de munitions. À ce titre, il faut poursuivre les efforts entrepris depuis plusieurs années afin d’augmenter nos capacités, acquérir certains équipements tels que des patrouilleurs de haute-mer ou encore des frégates de surveillance. Cependant, les armées françaises sont solides et capables de faire face aux menaces auxquelles elles sont confrontées. Elles ont le plus d’expérience opérationnelle en Europe et je tiens à saluer l’engagement de nos soldats, marins et aviateurs.

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