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Trump invité au 14 juillet : coup de com ou conversion d’Emmanuel Macron à la realpolitik?
©AFP

Défilé

Trump invité au 14 juillet : coup de com ou conversion d’Emmanuel Macron à la realpolitik?

Entre notre Président et celui des Etats-Unis, les relations sont plus complexes que ce qu'on en fait généralement dans les journaux. Si Emmanuel Macron a pu vouloir donner l'impression d'être indépendant face à Trump, il semble qu'il ait désormais besoin de lui.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Il y a quelques jours Emmanuel Macron défiait, à deux reprises, le président américain: par une poignée de main musclée puis en invitant les chercheurs américains travaillant sur le réchauffement climatique à venir s'installer en France. Et puis voici qu'aujourd'hui la France s'aligne sur les Etats-Unis qui disent anticiper sur une nouvelle attaque chimique en Syrie. Au passage, le président français fait savoir qu'il a réitéré une invitation déjà adressée à Donald Trump à venir assister au défilé du 14 juillet, pour le centième anniversaire de l'intervention des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale.

Que se passe-t-il? Y a-t-il, sinon une cohérence, du moins une possibilité de rendre compte de cet enchaînement de positions qui apparaissent à première vue contradictoires à quelques semaines d'écart? Contrairement à ce que croit la postérité, rares sont les hommes politiques qui anticipent, encore plus rares ceux qui maîtrisent les événements - ou du moins réussissent à préserver la ligne qu'ils se sont fixée. Personne ne mettra en cause l'intelligence ni l'énergie du nouveau président français; mais la meilleure façon de "le suivre", c'est d'observer une succession d'événements.

Le président français rentre d'un sommet européen où il est loin d'avoir obtenu ce qu'il voulait. Ou plutôt, il s'est vu renvoyer, par ses collègues européens, la monnaie de sa pièce (franco-allemande). Macron veut-il un budget européen et un gouvernement de la zone euro? Le président de la Bundesbank fait savoir qu'il n'y a aucun cadeau à attendre pour le nouveau chef de l'Etat français: traduisez, "que la France remette son budget à l'équilibre et l'on verra après". Peut-être le président français s'est-il réjoui de savoir que le patronat allemand, lui, souhaite sa réussite - mais il n'a pas entraîné le Conseil européen vers une ligne de protection commerciale vis-à-vis de la Chine, ce qui aurait déplu au même patronat allemand. Quant à Angela Merkel, elle s'est réjoui de pouvoir dire que toutes les positions énoncées lors du sommet par l'Allemagne et la France avaient été concertées - traduisez: "aucune initiative française!".

La dure loi des relations franco-allemandes dans l'Europe de la monnaie unique s'impose au nouveau président français comme à ,ses prédécesseurs. Mitterrand, le premier, avait oublié la maxime du Cardinal de Richelieu: "Les rois doivent bien prendre garde aux traités qu'ils font; mais une fois signés, ils les doivent observer avec religion", c'est-à-dire respecter la parole donnée. Mitterrand avait très mal négocié Maastricht et ses successeurs ont eu les mains liées. Jacques Chirac pensait pouvoir s'asseoir sur les principes du pacte monétaire européen; Hollande voulait défier "la finance". Mais, pour parodier une célèbre formule angaise sur "le football, sport qui se joue à 22 et où à la fin c'est l'Allemagne qui gagne", "l'Europe, c'est une entité qui se construit à 26 mais où à la fin c'est toujours l'Allemagne qui impose les règles". Macron et tout son volontarisme font l'expérience vécue naguère par Nicolas Sarkozy.

Il semble bien qu'Emmanuel Macron se soit dit qu'il fallait regagner ailleurs la marge de manoeuvre perdue au sein de l'Union Européenne (avait-elle jamais été gagnée, d'ailleurs?). Vers qui se tourner? Vers la Chine que l'on vient de froisser en prônant du protectionnisme européen à son égard? Vers la Russie à propos de qui on n'a pas su exploiter l'extraordinaire main tendue par Poutine à Versailles? Non. Emmanuel Macron reste, pour l'instant, un homme qui déploie son action dans des coordonnées occidentales. Si le "petit timonier" berlinois noue coince, tournons-nous vers le "grand timonier", à Washington. Quoi, vers Donald Trump? Le nouveau président français verserait-il dans la "realpolitik"? Ou bien n'est-ce qu'un nouveau coup de com? En tout cas, il se dit qu'il a une chance de desserrer l'embrassade allemande, en se tournant vers les Etats-Unis.

Mais qu'obtiendra Emmanuel Macron? Le président américain viendra-t-il à Paris? A-t-il des raisons de faire plaisir à un responsable politique qui s'est adressé directement à des citoyens américains en critiquant une décision de leur président, au mépris de toutes les règles diplomatiques - qui plus est entre aliiés. Ou alors, s'il vient, ce sera pour voler la vedette à son homologue français. Ajoutons qu'il ne semble pas que le président français puisse faire autre chose, pour l'instant, que de s'aligner sur la ligne américaine et épouser les querelles de Donald Trump: tolérer Assad tout en le menaçant de frappes aériennes; se rapprocher de l'Arabie saoudite aux dépens du compromis avec l'Iran qu'avait construit Obama.

Le président français est-il condamné à alterner entre l'alignement sur l'Allemagne et l'alignement sur les Etats-Unis en espérant se préserver, grâce à cela un petit espace? A quand une vraie realpolitik permettant l'établissement d'une marge de manoeuvre - la reconquête de l'indépendance est encore très éloignée?

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