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Traumatismes d'enfance, fidélité géographique et familiale... Pourquoi certaines personnes sont tout bonnement incapables de déménager
©LOIC VENANCE / AFP

Bonnes feuilles

Traumatismes d'enfance, fidélité géographique et familiale... Pourquoi certaines personnes sont tout bonnement incapables de déménager

Pourquoi évitons-nous certains lieux, tandis que d’autres nous attirent ? Pourquoi est-il si difficile pour certaines personnes de s’investir quelque part, et impossible pour d’autres de déménager ? Pourquoi achète-t-on telle maison plutôt qu’une autre ? Pourquoi éprouve-t-on parfois le besoin irrépressible de revenir sur les lieux de son passé ? Dans ce grand jeu de pistes auquel nous invitent les lieux, à nous de trouver des fils conducteurs, des perspectives insoupçonnées et de nouvelles impulsions. Extrait de "Psychogénéalogie des lieux de vie", de Christine Ulivucci, aux Editions Payot & Rivages (1/2).

Christine Ulivucci

Christine Ulivucci

Christine Ulivucci est psychothérapeute. De formation universitaire, elle exerce la psychothérapie analytique et transgénérationnelle à Paris. Elle a fondé en 2004 l’Atelier de recherche sur le transgénérationnel. Son approche l’amène par ailleurs à utiliser la photographie comme outil thérapeutique et à travailler sur les processus de création artistique.

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La fixité géographique, c’est aussi ce qui oblige à rester sur place, ce qui empêche de déménager d’un appartement, de quitter une ville. Déménager renvoie au premier déménagement, celui où l’on quitte la maison familiale, celui qui inscrit la possibilité d’une autonomie. Il sera donc intéressant de considérer les circonstances de ce premier départ, l’acceptation ou le refus des parents, les conditions du changement de lieu, les conséquences de ce désir d’indépendance.

La fidélité à la famille s’exprime bien évidemment dans tous les cas de figure où l’on ne peut pas déménager d’un lieu lié à l’histoire familiale, que ce soit le lieu d’origine, un lieu hérité ou un lieu acheté avec l’argent des parents. Certaines personnes aimeraient déménager et n’y arrivent pas. Ainsi cette femme qui, à cinquante ans, vit toujours dans l’appartement que lui ont acheté ses parents, jeune fille, sans s’autoriser à déménager et à changer de région.

Dans d’autres cas, le lieu qu’il est impossible de quitter est en lien avec un lieu d’origine dont on ne peut se séparer par fidélité à un vécu familial. Ainsi pour Pierre dont la fidélité au lieu reflète une mémoire d’abandon. Son père est arrivé enfant en France, à Paris, avec une mère qui suivait son employeur et venait y travailler, puis il y a poursuivi sa vie, seul, coupé de sa famille, sa mère ayant décidé de repartir dans son pays d’origine. La mère de Pierre, quant à elle, a été abandonnée quelques semaines après sa naissance dans cette même ville par une mère domiciliée à l’étranger. Les parents de Pierre se retrouvent donc chacun seul dans ce nouveau pays avec comme seul point d’ancrage, seul point de référence, Paris, le lieu de leur arrivée qui les relie à leur origine. Ils se rencontreront à travers cette mémoire de déplacement subi et d’abandon. Pour Pierre, il sera aussi difficile de quitter un lieu que de s’y investir. Présent et absent à Paris, le lieu où les parents pourraient revenir chercher leur enfant, Pierre a par ailleurs la phobie de l’avion, seul moyen de transport rapide pour se relier physiquement aux pays de ses ancêtres. Cette phobie lui permet de rester fidèle à la mémoire de ses parents, de valider leur implantation en France et de poursuivre l’occultation sur l’origine et les conditions de l’arrivée.

Dans d’autres histoires, l’impossibilité de déménager est à mettre en lien avec un déplacement traumatique lié à un danger de mort. Les mémoires liées à la déportation se transmettent ainsi fréquemment dans un rapport particulier au lieu et au déplacement. Catherine vit depuis vingt ans dans un appartement acheté par sécurité qu’elle ne peut pas quitter. À la fois gardienne et prisonnière de la mémoire familiale, elle répare un danger lié au déplacement. Ses grands-parents, juifs, vivaient cachés dans leur appartement durant l’Occupation.

Un jour, sa grand-mère décide de sortir pour faire une course, elle sera arrêtée et déportée. La mémoire familiale se transmet pour elle par une nécessité à rester dans son appartement, à ne pas le quitter. On est chez soi en sécurité, sortir exposerait à un danger de mort. Viviane, dont le père résistant est arrêté lors d’un déplacement et déporté, éprouvera également des difficultés à déménager et à partir en voyage. Chez elle se mêlent le sentiment d’être immobilisée, de faire un mauvais choix en partant, et le danger lors de voyages d’être coincée sur place et de ne pas pouvoir revenir.

L’impossibilité à déménager peut donc provenir de mémoires anciennes et il est souvent utile d’aller rechercher dans l’arbre familial tout ce qui entrave à l’idée de changer de lieu.

Extrait de "Psychogénéalogie des lieux de vie", de Christine Ulivucci aux Editions Payot & Rivages

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