Tombouctou-sur-Seine : et si on tranchait les mains des dessinateurs de Charlie Hebdo ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Les locaux de l'hebdomadaire "Charlie Hebdo" ont déjà été incendiés.
Les locaux de l'hebdomadaire "Charlie Hebdo" ont déjà été incendiés.
©Reuters / Atlantico

Le coupe-coupe et la banane

Tombouctou-sur-Seine : et si on tranchait les mains des dessinateurs de Charlie Hebdo ?

Le rap de "La marche" réclame un autodafé pour le magazine iconoclaste. Mais un des rappeurs à une solution plus radicale.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

Voir la bio »

Vous connaissez le nom de la petite fille idiote qui a agité une banane sur le passage de Mme.Taubira ? Non. Vous lisez Minute, ce torchon (dixit Marine Le Pen) en soins palliatifs par manque de lecteurs, qui a caricaturé la Garde des Sceaux en singe ? Sans doute non. Savez-vous comment s’appelle l'obscure militante du FN qui, sur sa page Facebook, s’est inspirée du torchon cité précédemment ? Non.

Mais  vous en avez entendu parler. Même que pendant quelques jours on a parlé que de ça. Déclarations de ministres, appels d’intellectuels, indignations du PS, mobilisations anti-raciste. Beaucoup, beaucoup de bruit ! Alors qu’un peu de bruit aurait certainement suffit à dénoncer les attaques parfaitement abjectes dont a été victime Mme.Taubira. Et vous connaissez Disiz, un des rappeurs révolté par les blasphématoires caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo ? Non. Et vous en avez entendu parler ? Non. Et pourtant, là un peu de bruit eut été nécessaire...

M.Disiz, donc, est rappeur. Et aussi écrivain (c’est ainsi qu’il est présenté sur Wikipédia) : mais ce n’est manifestement pas cette dernière qualité qui lui vaut son succès... Ses CD se vendent à des dizaines de milliers d’exemplaires. Et en banlieue ses fans se comptent par centaines de milliers. De loin beaucoup plus nombreux que ceux de Minute. Et son nom est célèbre, bien plus célèbre que ceux de la petite fille à la banane et de l’allumée fronstiste.

M.Disiz est un ardent défenseur de l’Islam bafoué en France. Il en connaît aussi certaines pratiques. C’est pourquoi dans un nouveau texte il a trouvé le moyen de "faire taire" les dessinateurs de Charlie Hebdo : "leur couper les mains" ! C’est une méthode qui a, le temps du règne djihadiste, fait ses preuves à Tombouctou. Qui est une pratique courante en Arabie Saoudite, dans les zones tribales du Pakistan et dans les régions afghanes tenues par les Talibans, etc. Et vous en avez entendu parler ? Vous avez entendu le chœur indigné des défenseurs de la liberté de la presse ? Non.

Et pourquoi ? On pourrait avancer l’hypothèse, sympathique et charitable, qu’on a pris en compte la très grande mansuétude de M.Disiz, qui se contente de vouloir couper des mains alors que le verdict habituel pour le blasphème, c’est la mort. Mais il y a surtout autre chose. Les rappeurs sont intouchables. Caressés. Protégés. Il ne leur sera pas tenu rigueur de leur aspiration à enc... la France et les femmes de flics. On ne les stigmatisera pas, même si ils appellent à brûler et à tuer. C’est que - avec quelques excès, concédera-t-on - ils expriment, paraît-il, de façon parfois un peu fruste les souffrances des cités.  La frustration sexuelle des mâles qui y résident. Et la mémoire jamais éteinte des affres de la colonisation.

Mais il y a rappeur et rappeur. Et ils ne sont pas jugés de la même manière. En 2008 l’un d’entre eux, Orelsan, fit scandale. Il était célèbre. Et le fut encore plus après un rap qui faisait l'apologie brutale et vulgaire du viol. Ça hurla comme jamais. La presse y alla de ses éditoriaux dégoutés. Les défenseures (sic) des droits de la femme montèrent sur les barricades. Ségolène Royal fit le nécessaire pour qu’il soit décommandé des Francofolies de la Rochelle. Orelsan est né à Caen. Il est Normand. Et à voir ses photos on comprend bien qu’il y a eu à charge contre lui un délit de faciès. Ce qui n’est absolument pas le cas pour M.Disiz.

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !