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Le débat sur la théorie du genre fait aussi réagir les générations issues de l'immigration.
Le débat sur la théorie du genre fait aussi réagir les générations issues de l'immigration.
©Reuters

Effet boomerang

Théorie du genre et loi sur l'égalité des sexes : la stratégie Terra Nova de la gauche est-elle en train de se retourner contre elle ?

Contrairement à ce qu'une partie de la gauche pense, les populations issues de l'immigration ne sont pas moins conservatrices. En témoigne la rumeur sur l'enseignement de la théorie du genre à l'école.

Michèle Tribalat

Michèle Tribalat

Michèle Tribalat est démographe, spécialisée dans le domaine de l'immigration. Elle a notamment écrit Assimilation : la fin du modèle français aux éditions du Toucan (2013). Son dernier ouvrage Statistiques ethniques, une querelle bien française vient d'être publié (éditions de l'Artilleur). Son site : www.micheletribalat.fr

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  1. Atlantico : La gauche en général et le Parti socialiste (PS) en particulier estime que les personnes issues de l'immigration lui sont favorables. Une campagne baptisée "Journée de retrait de l'école" a appelé à ne pas mettre les enfants à l'école un jour par mois pour manifester contre un supposé enseignement de la théorie du genre. A la tête de ce mouvement se trouve Farida Belghoul, figure de la "deuxième génération" de l’immigration dans les années 1980. Les personnes issues de l'immigration sont-elles beaucoup plus conservatrices que ne le pense la gauche française ?

Michèle Tribalat : Il est difficile de parler pour l’ensemble des personnes d’origine étrangère. Si vous avez en tête les personnes de culture ou de confession musulmane, elles sont certainement plutôt conservatrices en matière de mœurs et sur tout ce qui touche à la famille.

La gauche a un discours positif sur l’immigration et plutôt multiculturaliste qui fait l’éloge de la diversité et prône la lutte contre les discriminations. Cette partie-là du discours convient parfaitement à l’électorat musulman qui a voté massivement pour François Hollande lors de la dernière élection présidentielle. Les réformes sociétales sont moins bien perçues.

Est-ce que la stratégie voulue par Terra Nova avec un discours ciblé pour les populations issues de l'immigration ne montre pas ainsi ses limites ? La stratégie Terra Nova de la gauche est-elle en train de se retourner contre elle ?

La stratégie de Terra Nova est celle de l’addition de clientèles censées correspondre aux valeurs de la gauche. Les ouvriers en ont été éliminés car plus suffisamment en phase avec ces valeurs. Dans une note de la Fondation Jean-Jaurès, Jean-Philippe Huelyn considère que ces nouvelles clientèles ressemblent à une liste de courses. C’est pas faux. Les ouvriers sont restés collés à un agenda social qui n’est plus celui de la gauche alors que cette dernière mise sur l’ouverture au changement, sur la modernité. Et comme le changement social n’est plus d’actualité, le progressisme s’est déplacé vers le sociétal. C’est là où la gauche peut espérer retrouver un clivage avec la droite.

Terra Nova suppose que les nouvelles clientèles de la gauche sont plus modernes, disposées au changement, à l’ouverture, à la tolérance. Les minorités sont supposées disposer de toutes ces qualités. Et c’est là où le bât blesse. Le retour au religieux constaté dans la jeunesse élevée dans une famille de culture ou de religion musulmane qui touche tous les milieux sociaux n’est guère annonciateur d’une disposition à accepter les réformes sociétales défendues par la gauche. C’est sur ce terrain-là que la gauche va se trouver en porte-à-faux.

Les réformes sociétales du gouvernement comme la loi sur l'égalité homme-femme nuisent-elles à cette vision prônée par Terra Nova ?

Le pari est sans doute que la bonne disposition de la gauche à l’égard des minorités  et de leurs revendications l’emporte forcément sur l’irritation face aux réformes comme celles du mariage gay. Les rapports sur l’intégration rendus au Premier ministre en décembre dernier illustraient cette bonne disposition en promouvant une politique multiculturaliste ne demandant aucune adaptation à la société française tout en déclarant une lutte acharnée contre les discriminations (y compris celles qui sont légales, la loi sur les signes religieux à l’école ou sur la burqa par exemple).

La gauche française se dirige-t-elle vers une situation semblable à celle connue par les Pays-Bas ou l'Angleterre où les populations issues de l'immigration se sont révélées très traditionnelles et conservatrices et ont fini par se reporter sur la droite ? 

C’est peu probable à court terme. Il reste sans doute encore payant de faire un bout de chemin avec la gauche, toujours prête à se porter au secours des minorités et qui développe un discours plutôt favorable à l’immigration. Certes, cela suppose d’avaler des réformes sociétales contraires à des vues plus conservatrices sur la famille, mais laisse espérer des arrangements culturels au nom de la diversité.

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