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Terrorisme : Jan Jambon, le ministre qui murmurait à l’oreille du peuple belge
©Reuters

Une voix de plus en plus entendue

Terrorisme : Jan Jambon, le ministre qui murmurait à l’oreille du peuple belge

Jan Jambon, ministre de l'Intérieur belge, est connu pour ses nombreuses déclarations sur le terrorisme et la communauté musulmane du royaume de Belgique. Ses propos défrayent la chronique, sont souvent jugés choquants par l'opposition, mais correspondent de plus en plus à ce que le peuple belge cherche.

Dominique Dumont

Dominique Dumont

Dominique Dumont est une journaliste belge.

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Accusé de toutes parts, le ministre belge de l’Intérieur ne cesse de défrayer la chronique pour ses prises de position qui, au lendemain des attentats, interrogent brutalement la loyauté d’une partie de la population immigrée. Cette attitude qui nuit à l’esprit de concorde que les partis traditionnels s’évertuent à instaurer l’a amené à devoir s’expliquer devant le Parlement pour répondre aux critiques de l’opposition, mais aussi à celles venues des rangs de la majorité, preuve s’il en est que la Belgique fédérale est un état sous tension sinon en voie de disparition.

Outrage en quatre actes et indignation à répétition

Le cas Jambon  démarre au lendemain des attentats de Paris lorsqu’en tant que ministre de l’Intérieur il promet de nettoyer Molenbeek. Outrage et indignation de la bourgmestre libérale (MR), Françoise Schepmans, qui voit ainsi remises en cause les vingt dernières années de son action politique. La presse s’est enflammée, la gauche aussi mais tout le monde imaginait que le Premier ministre, Charles Michel issu du MR, après cet affront à sa formation, recadrerait sévèrement le tonitruant ministre. Il n’en fut rien.

A l’issue des attentats de Bruxelles, la polémique est immédiatement relancée par le Président turc Erdogan qui médiatise les dysfonctionnements dans le cadre de l’expulsion d’El Bakraoui. Dans une Belgique qui garde encore le douloureux souvenir des ratés de la police et de la justice depuis l’affaire Dutroux, l’onde de choc a poussé Jan Jambon et son collègue Koen Geens de la Justice à remettre leur poste en jeu. Sans surprise, Charles Michel refuse leur démission. Pourtant l'opposition n'avait pas ménagé ses efforts pour déstabiliser un gouvernement fragilisé par la gravité de la situation. L’occasion était trop tentante pour des socialistes et des écologistes qui s’efforcent désespérément de revenir sur le devant de la scène pour reprendre la maîtrise d’un processus qui risque à terme de mettre en cause (devant les tribunaux) leur condescendance et même leur clientélisme face à l’extrémisme musulman.

Il y a une quinzaine de jours, en comparant la cavale d’Abdelslam et consorts à celle de la famille d’Anne Frank, Jambon a récidivé en prouvant qu’il ne maîtrisait pas les fonctions avancées du Point Godwin. La formulation a raté sa cible. La presse s’est mise vent debout en emboîtant le pas à l’opposition. A moins que ce ne soit l’inverse. Néanmoins, depuis lors, en Belgique, on ne compte plus ceux qui ont fait semblant de ne pas comprendre que l’idée était de dénoncer l’efficacité des réseaux de soutien et d’"illustrer la mécanique de solidarité" dont les terroristes ont pu bénéficier au sein de leur communauté et non d’insulter la communauté juive.

Cette semaine, l’homme fort du gouvernement (puisqu’il gère l’un des plus gros portefeuilles ministériels pour le compte du plus grand parti-la NVA-de la Région la peuplée du pays- la Flandre-) s’est autorisé à encore aggraver son cas en déclarant à la presse qu’une portion "significative" de la population immigrée s’était réjouie au lendemain des attentats et qu’il fallait y voir un échec cuisant de la politique d’intégration. Tollé général. 

L’opposition, et des parlementaires de la majorité politiquement plus proches de celle-ci que de la NVA, ont sommé le ministre de l’Intérieur d’étayer ses accusations. Certains attendaient entre autres d’apprendre à quelle série d’attentats, ceux de Paris ou ceux de Bruxelles, il se référait, comme si ils n’étaient en rien liés ! Forcé de s’expliquer mercredi devant le Parlement sur les scènes de liesse au sein de la population musulmane qu’il avait évoquées, Jambon n’a pas reculé comme d’aucuns l’auraient souhaité. Au contraire il a maintenu ses propos. Il a rappelé son inquiétude face à l’hostilité de certains habitants citant les jets de pierres essuyés à Molenbeek par la police lors de l’arrestation d’Abdelslam. On lui a aussi demandé d’évaluer le nombre de ces dérapages. Sans se laisser enfermer dans un piège facile, il a insisté sur la nature qualitative et non quantitative qui anime la question de la loyauté de la communauté immigrée vis à vis de la Belgique. Depuis lors, dans presse comme dans la classe politique, tous se disent outrés et ne retiennent qu’une seule phrase: "des musulmans ont dansé". 

Au lendemain de ces échanges face au Parlement, la RTBF persiste dans la diffusion des déclarations indignées d’un Claude Askolovitch et glose abondamment sur les titres de la presse papier qui comparent notre homme à Donald Trump. Il n’est pas sûr pourtant que les propos décomplexés de Jan Jambon déplaisent au peuple belge de plus en plus gagné par la lassitude que lui inspire une classe politique sclérosée et incarnée par des dynasties qu’il a élue de père en fils, faute de mieux. C’est peut-être dans ce sens qu’il faut interpréter l’étrange popularité croissante de ministres NVA comme Theo Francken ou Jan Jambon au sein d’un électorat francophone qui finit par se détourner, au point parfois de les exécrer, de figures comme Philippe Moureaux, Laurette Onkelinx, Elio Di Rupo ou Joëlle Milquet (qui vient tout juste de remettre sa démission). Le grand paradoxe de la NVA, c’est d’incarner la rupture tout en étant la force gravitationnelle autour de laquelle se structure désormais le pays.

Les très incorrectes affirmations de M. Jambon

Les faits donnent-ils tort à Jan Jambon ? Si l’on met bout à bout les incidents qui témoignent d’un soutien à l’islam radical, la liste est tout de même suffisamment significative pour que la question trouve toute sa pertinence. En prison comme en rue, les actes peu équivoques se sont multipliés. On peut raisonnablement imaginer que des procès verbaux n’ont pas été établis de façon systématique. En effet, mises sous pression par le démantèlement des cellules djihadistes, les forces de l’ordre étaient occupées à tout autre chose. Et au delà, comment se faire une idée de l’étendue réelle de la sympathie manifestée pour les terroristes dans la sphère privée ?

La chaîne flamande VTM vient de mettre au jour l’existence de salles de prières clandestines dans les caves de l’aéroport de Zaventem en marge des espaces officiels aménagés pour le culte musulman. Dans la foulée, VTM indique que Lachraoui, un des kamikazes aurait travaillé dans ce même aéroport durant cinq ans sous contrat d’intérim. Ici on apprend qu’un returnee s’était répandu sur la toile en appelant au pogrom avant son départ en Syrie. , ce sont des ouvriers qui sont menacés d’égorgement par des admirateurs de l ‘EI.

Quand la parole se libère à ce point, il devient difficile de ne pas voir en l’islam radical un mode de vie, de pensée et d’action à haut potentiel addictif. Voilà réunis des éléments essentiels à la constitution d’un endogroupe hermétique à l’intérieur duquel peuvent s’exprimer de fortes relations de coopération. Face à cela, le déni serait irresponsable d’autant qu’il devient insupportable pour une part grandissante de la population qui se met à prêter une oreille attentive aux paroles du ministre Jambon.

De son côté, après un exil quiberonnais qui lui a permis de fuir le hurlement des sirènes et le survol incessant des hélicoptères d’une capitale en niveau d'alerte 4, le Roi prend conseil auprès d'Olivier Roy pour tenter de comprendre le mal qui ronge ce pays qui est encore le sien. Son oncle, le défunt Baudouin, avait fait pire en livrant les clés de la grande mosquée du Cinquantenaire à son homologue saoudien d’obédience wahhabite. Cela tombe bien, la NVA vient de dévoiler cette semaine son programme de réformes pour la monarchie et la famille royale.

Dans des fonctions strictement protocolaires, Philippe Ier et ses parents au premier degré pourraient tenir compagnie aux bonnets rouges, cette fois avec la bénédiction du peuple belge… ou ce qu’il en reste car à l’image des étoiles dont la lumière nous parvient alors qu’elles ont en réalité disparu depuis un temps infini à notre échelle, la Belgique sous sa forme actuelle s’est déjà évanouie. Sa classe politique avait perdu pied dans les querelles linguistiques. Le communautarisme musulman vient de l’aspirer par le fond. Que l’opposition fasse tomber ce gouvernement ou qu’il aille jusqu’à son terme en 2019, le sort des Flamands et celui des francophones se sont irrémédiablement disjoints. Les uns ont beaucoup à gagner et les autres presque tout à perdre. Subsistera peut-être un seul héritage commun : le terrorisme.

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