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Quel choix de société pour 2012
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Rêve d'avenir

Quel choix de société pour 2012 face au tsunami de pessimisme ambiant ?

Que souhaitent les Français ? Quelles orientations souhaitent-ils pour le prochain quinquennat ? Découvrez les tendances sociologiques des Français : leurs "prospectives de vie" préférentielles, mesurées par l'Observatoire du CCA, dans le livre "2012-2017 : ce que veulent les Français". (Extraits).

Mike  Burke, Sandrine Cathelat, Bernard Cathelat, Robert Ebguy et Denis Quénard

Mike Burke, Sandrine Cathelat, Bernard Cathelat, Robert Ebguy et Denis Quénard

Mike Burke, Sandrine Cathelat, Bernard Cathelat, Robert Ebguy et Denis Quénard sont sociologues, spécialistes des études de styles de vie et tendances sociales.

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Une des causes principales de ce tsunami de morosité, puis de pessimisme et aujourd’hui d’une certaine désespérance, est labsence de scénario davenir. C’est un facteur de dépression fondamental, même s’il est largement inconscient dans l’opinion publique, les citoyens étant plus focalisés sur des préoccupations matérielles immédiates de survie (emploi, pouvoir d’achat, équité économique).

Mais l’absence de scénario de société à léguer à nos enfants, et l’absence même de débat sont ressenties comme une absence davenir collectif. Lorsque nous faisons imaginer des scénarios prospectifs à des citoyens lambda dans nos études qualitatives de longue durée, on entend évoquer "un troupeau aveugle marchant dans le brouillard […] sans boussole et sans guide […] sur des sables mouvants, […] pour aller à tâtons, on ne sait où, sans fin… "1.

À la croisée des chemin 

Enjeux  2012-2020 : à l’entrée dans un nouveau quinquennat présidentiel, est en question un choix de société, de système de valeur, de règles de fonctionnement : un choix socioculturel.

Le scénario ultralibéral

Il avait été validé en 2007. En votant pour ce Président, 53 % des Français avaient implicitement accepté de faire évoluer notre pays dans cette nouvelle direction. Car le fait nouveau induit par la présidence Sarkozy se traduit bien en une rupture : même rebaptisé réformes, son programme veut réadapter la législation et les habitudes acquises, donc les modes de vie des Français, au libéralisme dérégulé, au nom d’une inévitable adaptation pragmatique à l’économie mondialisée, d’inspiration américaine.

Même si le discours présidentiel s’est infléchi à partir de 2009, dans le sens d’une nécessaire régulation des États face aux folies du monde financier, l’opinion publique perçoit avant tout, derrière les discours, une persévérance des réformes dans la même direction. […]

Une prospective démotivante

Le Président Sarkozy a payé cher cette identification personnelle à ce modèle social de rupture et son volontarisme à le promouvoir. Non seulement sa popularité, mais sa crédibilité se sont effondrées de 2007 à 2011. En juin 2011 sa popularité était au plus bas ; les sondages d’intention de vote le situaient à 19 %, presque à égalité avec la candidate de l’extrême droite. Il serait imprudent de projeter ces chiffres comme une prédiction électorale : rien nest joué et les opinions d’un jour sur le Président ne présument pas l’attractivité du candidat un an plus tard (précision valable pour toutes mesures d’opinion citées dans ce livre), d’autant que la pugnacité électorale de Nicolas Sarkozy est légendaire : rappelons qu’il obtint 31 % au premier tour de l’élection de 2007.

Mais ces chiffres doivent être pris au sérieux comme un signal sociologique : ni le programme d’américanisation ultralibéral de la France, ni la gouvernance à la hussarde de Nicolas Sarkozy n’ont reçu de soutien ni même d’acceptabilité populaire majoritaire. Car il y a bien divorce radical entre ce modèle socioculturel dune France-concurrence et la majorité des Français (7 sur 10, et parfois plus sur certains thèmes particuliers, selon les données du CCA). Des valeurs clés de cette culture, comme la compétition, la prise de risque, l’ambition, le challenge, la rentabilité comme excuse à l’austérité et la flexibilité dans le travail, la sanction à la performance en individualisme concurrentiel… sont mises au pilori. 

Le scénario infralibéral

Ce système de valeurs individualistes est ressenti comme une inversion du progrès, un retour à la jungle où le choix se limite à vivre en proie ou prédateur. On voit cette conception compétitive de la société céder le pas à des principes renaissants de tolérance, partage, interdépendance et la réciprocité solidaire, plus attractifs et mobilisateurs.

 

Principes directeurs de ce scénario

Le principal est le rejet viscéral du modèle de gestion dérégulée, du chacun pour soi, et un besoin redécouvert d’État plus présent et régulateur. Les Français s’étaient installés dans le confort d’un État-providence généreux en protections et prestations sociales, services publics. Ils y voyaient un système social dont on pouvait être fier. Ils voient fondre ce modèle social au soleil du libéralisme. Ils souhaitent, pour remettre au pas un monde capitaliste perçu fou, le retour de cet État contrôleur, régulateur, interventionniste, surveillant répressif des spéculateurs prédateurs sauvages. Le modèle ultralibéral est ressenti par la plupart comme une déliquescence des liens sociaux, des règles de fair-play relationnel, des identités, ce à quoi répond un réveil de concepts coopératifs et mutualistes.

L’individualisme absolu ne semble pas viable, trop inquiétant pour une population en recherche de lien collectif pour rebâtir une niche de sécurité :

  • le communautarisme rassure dans un premier temps, par l’étiquetage et l’éloignement des étrangers, mais ensuite il effraie par ses perspectives de ghettos, de conflits ;
  • le réveil d’une identité nationale est un sujet trop polémique, trop marqué idéologiquement pour devenir consensuel, avec le risque d’aboutir à une identité définie par le négativisme défensif xénodéfiant et antimondialiste… 

Cette incapacité à projeter une identité collective positive rend difficile une mobilisation unanime du pays. On a évoqué plus haut cette tendance de nos concitoyens, déçus de l’individualisme solitaire, à se replier vers des microcosmes, à la recherche à la fois d’identité partagée et de solutions de vie plus solidaires.

Chez les jeunes générations, ce sont les réseaux sociaux (97 % des 15-25 ans y sont inscrits1) qui servent de microcosme. À la gouvernance jacobine de masse, ultra-centralisée, s’oppose ce nouveau vecteur de pouvoir de micro-self-gouvernance en microréseaux.

1. Source : netexplorateur : www.netexplorateur.org.

La balle au centre

Voilà la réalité socioculturelle de cette année 2011, telle qu’elle est diagnostiquée et mesurée dans nos études et sondages (sociaux ou commerciaux et médiatiques) au CCA, et confirmée par d’autres sources. Pour mobiliser les Français et les faire adhérer à un projet commun politique, est-ce autour de ces valeurs montantes que les candidats devraient s’engager ?

Pour lire plus d'extraits du même livre, c'est ici

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Extraits de 2012-2017 : ce que veulent les Français : Styles de vie. Entreprise, démondialisation, parité, famille, gouvernance, travail, communautés, internet, santé, école, médias, multinationale, médiateurs... Eyrolles (novembre 2011).

 

 

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