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Briser les chaînes du temps
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A la recherche du temps perdu

Briser les chaînes du temps

Le Chronos est le concept grec du temps qui s'écoule. Il s'accompagne du Kairos, qui est la notion grecque de temps opportun, qui ne se caractérise pas part sa linéarité, mais par le ressenti subjectif qu'un individu lui accorde. La modification de la perception du temps induite par l'interconnectivité devrait nous pousser à revoir le temps du point de vue du Kairos. Extrait de "Eloge de la vitesse" de Rafik Smati.

Rafik Smati

Rafik Smati

Rafik Smati est Président du parti politique Objectif France. Entrepreneur, Il a publié  « French Paradise » (juin 2014), « Révolution Y : la génération qui va redessiner l'Europe » (2013),  « Eloge de la vitesse : la revanche de la génération texto » (2011),  « Vers un capitalisme féminin » (2010).

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Depuis notre naissance, nous avons évolué dans un espace temporel uniquement défini par le chronos, sans percevoir la dimension offerte par le kairos. Ce chronos, nous sommes liés à lui depuis la nuit des  temps. C’est lui qui est le maître des saisons, des jours et de la nuit. C’est lui qui nous oblige à porter une montre et à tenir un agenda.

L’accélération qui s’impose à nous depuis plusieurs décennies relève encore du chronos. Il y a aussi autre chose : nous vivons dans une époque où le silence et l’immobilité sont devenus suspects, une époque où chacun doit en permanence être en action afin de pouvoir prouver son efficacité. Il y a quarante ans, un chef d’entreprise pouvait rester des heures dans son bureau à penser. Aujourd’hui, une telle attitude pourrait être interprétée comme de l’ennui ou du désintérêt. Il en est de même en politique : un gouvernant doit se montrer en permanence sur tous les fronts, être présents, réagir au moindre événement. Une absence de la scène médiatique pendant quelques semaines laisserait libre cours aux rumeurs les plus folles ou ferait l’objet de vives contestations. Cette dictature du mouvement, c’est le chronos, encore lui, qui nous la dicte.

Il nous faut donc briser les chaînes que le chronos nous impose, et tenter de découvrir l’espace temporel dans une autre dimension, celle du kairos. C’est cette nouvelle dimension qui nous permettra de mettre à jour un nouveau champ du possible. Tout cela me fait penser à l’allégorie de la caverne, écrite par Platon dans le livre VII de La République. Cette fable décrit des personnages enchaînés dans une grotte. Leur quotidien se résume à observer des ombres projetées sur la paroi du mur qui leur fait face. Ayant toujours vécu dans cet espace sans pouvoir en sortir, ces ombres correspondent donc pour ces individus à une réalité, à leur réalité. Un jour, l’un d’entre eux parvient à rompre les chaînes qui le tenaient immobile, et parvient à sortir de la caverne. Et là, il découvre une toute autre réalité, une réalité plus complexe dont les ombres observées jusqu’alors n’étaient qu’une évocation ultrasimplifiée. Chacun a les moyens de briser les chaînes du chronos, de défier la tyrannie de l’accélération et la dictature du mouvement. Encore faut-il s’en donner les moyens. Parmi ces moyens, il y a la nécessité absolue de prendre son temps, au sens chronos du terme. L’on comprend alors mieux des expressions telles que « Il faut donner du temps au temps », ou « Chaque chose en son temps », ou encore « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». En prenant du temps, c’est-à-dire en acceptant l’idée d’en perdre de façon apparente, nous nous rendons davantage disponibles pour explorer la nouvelle dimension du temps, celles du kairos, et de saisir les opportunités qu’elle offre dans la profondeur du temps.

Le temps du kairos est donc bien plus en phase avec nos aspirations actuelles que celui du chronos. Il ne s’agit en effet plus de subir le temps qui passe, le chronos, mais d’essayer plutôt de capter les instants qui relèvent du kairos. Ce n’est plus ce temps qui se décrit de façon linéaire par un passé, un présent et un futur. Il se définit par sa profondeur, et se traduit par la capacité que nous pourrions développer, individuellement et collectivement, à agir au moment opportun.

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Extrait de "Eloge de la vitesse" de Rafik Smati, Eyrolles mars 2011

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