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Bruxelles souhaitait interdire l'utilisation des traditionnels récipients d'huile d'olive présents sur les tables de restaurants.
Bruxelles souhaitait interdire l'utilisation des traditionnels récipients d'huile d'olive présents sur les tables de restaurants.
©Reuters

Sauce européenne

Tempête sur une mer d’huile (d’olive) : le coup de force de Bruxelles à côté duquel nous sommes passés

Alors que la Commission européenne adoptait une nouvelle réglementation visant l'usage de l'huile d'olive dans les restaurants, celle-ci a dû finalement s'incliner sous la pression de ce que certains jugent être un texte "absurde". Pensé dans l'intérêt des consommateurs, le texte visait, une nouvelle fois, à favoriser les seuls acteurs extérieurs ayant leur mot à dire au sein de la Commission : les industriels.

Wolf  Richter

Wolf Richter

Wolf Richter a dirigé pendant une décennie un grand concessionnaire Ford et ses filiales, expérience qui lui a inspiré son roman Testosterone Pit, une fiction humoristique sur le monde des commerciaux et de leurs managers. Après 20 ans d'expérience dans la finance à des postes de direction, il a tout quitté pour faire le tour du monde. Il tient le blog Testosterone Pit.

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Comme de nombreuses débâcles au sein des instances européennes, celle-ci débuta avec la Commission européenne non élue. Les électeurs en sont exclus, à la différence des lobbyistes et des entreprises. Au prétexte de la "protection des consommateurs" ou de la "sécurité alimentaire",  ou d’autres expressions qui ne mangent pas de pain, les Européens se retrouvent ainsi avec des lois absurdes qui profitent aux entreprises. Mais la semaine dernière, une limite a été franchie, y compris pour les Européens – non qu’ils n’aient pas déjà suffisamment eu leur lot de crises. Une loi a ainsi été passée, qui interdit aux restaurateurs de servir de l’huile d’olive dans des récipients à usage répété, comme les flacons ou Ies bols.

Au 1er janvier 2014, leur utilisation sera considérée comme illégale. A leur place, l’huile d’olive devra être servie dans des bouteilles à usage unique, conformes aux standards européens de production, et munies d’un bec verseur  inaltérable "hygiénique". Un propriétaire de restaurant allemand, par exemple, qui achète son huile d’olive spéciale à un artisan-producteur du Sud de la France, n’aura pas de chance ; le petit producteur ne sera pas en mesure de satisfaire aux nouvelles normes. Le restaurateur devra ainsi s’adresser à un offreur industriel qui pourra lui fournir les bouteilles spéciales munies de becs verseurs inaltérables respectueuses des normes européennes. La mort du petit producteur.

La décision de la Commission a été prise selon une procédure qu’affectionnent les eurocrates, appelée "comitologie" – un terme que je n’ai pas inventé ! Elle permet à un texte de loi liant les 27 États membres de l’UE d’entrer automatiquement en vigueur sans même le soutien de la majorité des États membres.

Et oui ! Le mal que cette nouvelle loi se devait de combattre était la fraude à l’huile d’olive. Communément, cela constitue un gros problème en Europe, aux États-Unis, et ailleurs, alors que les plus grandes marques industrielles comme Bertolli, ont été prises la main dans le sac. Précisons que cette loi n’a pas été introduite après que ces fraudes à l’échelle industrielle aient été attestées. Elle le fut sous pression des producteurs industriels.

La loi visait les restaurateurs, cherchant à leur faire prendre leurs propres décisions au sujet de l’huile d’olive. De façon ostensible, elle cherchait à protéger les consommateurs et leurs papilles des flacons et bols remplis plusieurs fois avec une olive de mauvaise qualité, voire altérée… le genre peut-être pour lequel de grands noms comme Bertolli ont été poursuivis en justice pour leur vente en Californie. Mais lorsqu’on les interroge pour savoir s’ils ont déjà  vu une quelconque preuve d’huile frauduleuse sur les tables de restaurants, un officiel a répondu au  Daily Telegraph"Nous n’avons aucune preuve ; ceci relève de l’anecdote et c’est ainsi que cela est traité par le comité".

La décision illustre les incohérences de la gouvernance européenne. Mais cette loi pose d’autres problèmes. Elle générera un marasme bureaucratique, ainsi qu’une montagne de détritus supplémentaires, dont les petites bouteilles à usage unique avec leur bec verseur et autres boîtes visant à les transporter et à les stocker. A cela s’ajoute le fait que davantage d’huile sera gâchée, dans la mesure où les bouteilles – similaires à celles de Ketchup – auront été conçues pour rendre impossible l’extraction de l’huile.

Cette fois-ci, la Commission et sa procédure de comitologie ont été accueillies dans une explosion de haine et de moquerie. La critique est "unanime et provient des consommateurs et propriétaires de restaurants de tous les pays de l’UE", confiait un fonctionnaire européen au Telegraph. Des critiques formulées également par les plus hautes sphères. "C’est exactement le genre de sujet sur lequel l’Europe ne devrait pas se prononcer", expliquait le Premier ministre britannique David Cameron, davantage attentif aux vrais problèmes auxquels l’Europe doit vraiment faire face l’Europe. "Ceci n’aurait même pas dû figurer à l’agenda" a-t-il ajouté. Et au Premier ministre allemand, Mark Rutte, d’ajouter à l’adresse de son Parlement: "Je pense qu’il est absurde d’évoquer ce genre de proposition par les temps qui courent".

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, fils d’un petit producteur d’huile d’olive, serait apparemment intervenu, tandis que jeudi, le commissaire européen pour l’Agriculture, Dacian Ciolos, jetait l’éponge. La loi a engendré quelques "incompréhensions", alors qu’elle était "censée venir en aide aux consommateurs, les protéger et les informer" a-t-il dit. Alors qu’il apparait désormais "évident qu’elle ne séduit aucunement les consommateurs", le texte a été retiré.

Une décision qui n’a pas réjoui tout le monde. "Il est parfaitement ridicule que la Commission retire cette mesure sur pression politique", lançait Pekka Pesonen, Secrétaire général de COPA-COGECA, un groupe lobbyiste défendant les producteurs et l’un des principaux artisans de cette loi."Peut-être n’a-t-elle pas été suffisamment expliquée. Mais il était nécessaire d’interdire l’utilisation des bouteilles à usage répété que l’on trouvait d’ordinaire sur les tables de restaurants..."

Le texte n’est pas mort pour autant. Ciolos confessait  qu’il aurait une petite réunion avec des opposants et critiques de la loi afin de lui insuffler une seconde vie, d’une façon ou d’une autre. Cette loi concernant l’huile d’olive servie dans les restaurants s’est muée en un symbole de la gouvernance européenne par les eurocrates – et leurs efforts faits de bric et de broc afin de gérer au mieux l’économie européenne.

L’industrie des panneaux solaires, une fois gonflée par les subventions provenant des contribuables  et les faux espoirs, s’est avérée être une spirale mortelle. En Allemagne, le choc a été rude. Même les plus grandes compagnies pensent leurs plaies. Et pourtant, quand la Commission européenne essaya de protéger les industriels contre les importations chinoises à bas coût, l’impensable se produisit.

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