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Alors que l'armée américaine a réduit progressivement le nombre d’armes nucléaires qui équipent ses sous-marins, bombardiers et silos de missiles, l’armée russe en a ajouté récemment.
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THE DAILY BEAST

Sursaut nucléaire russe : Poutine se réarme fortement tandis qu’Obama diminue son arsenal

Faut-il être être inquiet que le Kremlin dépasse Washington de 429 têtes nucléaires ? Ce chiffre peut être trompeur mais la remise en cause d'autres traités par Poutine peut être inquiétante.

David Axe

David Axe

David Axe est journaliste pour The Daily Beast.

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Copyright The Daily Beast - David Axe

Depuis le 1er octobre, la Russie a déployé des centaines d'ogives nucléaires de plus que les États-Unis. Un chiffre étonnant : 429 ogives de plus selon le département d'Etat américain.

Ne paniquez pas pour autant. L'écart est probablement temporaire. Mais cela ne signifie pas que tout va bien en ce qui concerne ces armes qui pourraient provoquer la fin du monde

La raison de cette disparité est simple. Alors que l'armée américaine a réduit progressivement le nombre d’armes nucléaires qui équipent ses sous-marins, bombardiers et silos de missiles, l’armée russe en a ajouté récemment.

Apparemment plus inquiétant pour les Etats-Unis, les 1 796 ogives déployées en Russie dépassent de 246, le nombre maximum de 1 550 armes nucléaires qui peuvent être déployées par Moscou et Washington selon le traité de réduction des armes stratégiques (Strategic Arms Reduction Treaty, START) de 2011.

>>>> A lire aussi : "La Troisième Guerre mondiale a commencé"... Comment (et quand) ce qui n’est encore qu’une déclaration des médias russes pourrait finir par se produire

Les États-Unis, quant à eux, sont déjà bien en dessous du plafond fixé par START. Les missiles sous-marins, bombardiers lourds à capacité nucléaire, et missiles balistiques intercontinentaux terrestres sont équipés de 1 367 ogives nucléaires, selon le département d'Etat.

Le rapport entre ce trop-plein d’armes nucléaires de la Russie et le total inférieur de l'Amérique pourrait évoluer au cours des 17 prochains mois. Washington et Moscou ont convenu que le 5 février 2018, est la date limite pour la mise en œuvre du traité START. Jusque-là, les arsenaux nucléaires respectifs de ces deux pays pouvaient fluctuer en taille et souvent.

"Il faut garder à l'esprit que les chiffres montent et descendent d’un jour à l’autre, donc, se fixer sur un jour particulier peut induire en erreur sur les tendances de fonds" a dit au Daily Beast, Jeffrey Lewis, un expert nucléaire qui blogue sur le site Arms Control Wonk.

Les États-Unis et la Russie ont annoncé leur intention de se conformer aux termes du nouveau traité START, ce qui signifie que la Russie va probablement commencer à supprimer de vieilles ogives nucléaires assez vite, en les remplaçant par un plus petit nombre de munitions nucléaires plus récentes pour finalement, supprimer la disparité qui existe actuellement. "Aucun d'entre eux n’est en position de violation de l'accord'' souligne Jeffrey Lewis.

Le nouveau traité START est en fait l'une des rares raisons d'être optimiste dans la course aux armements stratégiques qui oppose les Etats-Unis et la Russie. Pour commencer, ce traité ne couvre que les armes nucléaires en état d'alerte à bord des sous-marins, à bord des avions et dans les silos terrestres.

Le traité ne limite pas le nombre d'armes nucléaires en état de marche que les États-Unis et la Russie peuvent maintenir en stock. Dans de nombreux cas, ces ogives peuvent passer du statut de "stockées" à "déployées" en quelques heures seulement.

Le Département d'Etat a déclaré au Daily Beast que les États-Unis possèdent 4 717 armes nucléaires '' déployées et non déployées''. Hans Kristensen, directeur du Nuclear Information Project de la Federation of American Scientists, estime que le stock de la Russie est d’environ 4 500 ogives. Ni Washington ni Moscou ne divulguent le nombre exact de leurs armes nucléaires qui sont totalement inactives et en attente de démantèlement.

Le président démocrate Obama a appelé à de nouvelles réductions d’armement - mais, en fait, son administration a réduit l'arsenal nucléaire de l'Amérique au rythme le plus lent qu’on ait connu en une génération. Le Sénat à majorité républicaine, qui doit approuver tout traité, a résisté à tout projet de réduction plus importantes de l'arsenal américain. Les États-Unis comme la Russie prévoient de dépenser des centaines de milliards de dollars dans les prochaines décennies pour la modernisation de leurs arsenaux nucléaires avec de nouvelles têtes, et en améliorant aussi les fusées, bombardiers et sous -marins qui les transportent.

"Bien que ces programmes ne constituent pas une augmentation de l'arsenal nucléaire global, ils sont très complets et réaffirment la détermination à la fois de la Russie et des États-Unis de conserver d'importants arsenaux nucléaires offensifs à des niveaux élevés de préparation opérationnelle" écrit Hans Kristensen, sur son blog.

Alors que le nouveau traité START semble bien parti, un autre traité de désarmement, qui prévoit les dispositions prises par les États-Unis et la Russie pour disposer des matières fissiles en excès, vient de tomber à l'eau : le Plutonium Management and Disposition Agreement, signé en 2000, couvrait 34 tonnes de surplus de plutonium de qualité militaire, dans chaque pays.

Selon les termes de l'accord, la Russie et les États-Unis devaient rendre le plutonium inutilisable à des fins non militaires pour diminuer les tensions nucléaires entre les deux puissances, mais aussi pour s’assurer que le plutonium excédentaire ne se retrouve pas, d’une manière ou d’une autre, entre les mains des terroristes.

Citant un "environnement radicalement différent'' le président russe Vladimir Poutine a annoncé le 3 octobre que la Russie n’appliquerait pas l’accord. Néanmoins, Moscou a officieusement promis de ne pas utiliser l'ancien plutonium dans des armes, qu’il y ait un accord ou pas.

" La décision prise par les Russes de se retirer unilatéralement de cet accord est décevante", a déclaré Josh Earnest, le responsable du service de presse de la Maison Blanche. "Cette annonce concernant le Plutonium Management and Disposition Agreement, fait partie des décisions qui n'ont fait qu'accroitre l'isolement de la Russie au sein de la communauté internationale."

Pendant ce temps-là, les États-Unis insistent depuis au moins trois ans sur le fait que la Russie viole le traité Intermediate Range Nuclear Forces de 1987, qui interdit plusieurs types d'armes nucléaires à courte portée.

Les responsables américains n’ont pas précisé jusqu’à quel point la Russie aurait violé le traité, mais la supposée violation peut impliquer le missile balistique mobile sur route, le SS-25. 

Josh Earnest conserve un optimisme prudent en estimant que, malgré tout, la Russie est toujours engagée dans une réduction du risque de guerre atomique. Il souligne la coopération de la Russie avec les Etats-Unis dans la négociation de l'accord pour mettre fin au programme d'armement nucléaire de l’Iran. "Je pense que c'est un signe que la non–prolifération reste une priorité pour la Russie" dit Josh Earnest.

Mais la Russie et l'Amérique sont tous les deux déterminés à maintenir et à moderniser leurs arsenaux nucléaires, malgré les accords visant à limiter le nombre de têtes nucléaires déployées, et cela montre une méfiance atomique sous-jacente qui persiste un quart de siècle après la fin de la Guerre Froide.

"Comment les deux pays peuvent-ils justifier un arsenal aussi important ? Cela reste  un mystère" souligne Hans Kristensen "mais il semble que chacun se détermine principalement en fonction de la taille de l'arsenal détenu par l’autre."

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