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Elections : la Suisse en proie à une fièvre populiste
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Nationalisme helvète

Elections : la Suisse en proie à une fièvre populiste

En Suisse, dimanche, l’UDC -droite nationaliste- devrait recueillir 30% des votes aux élections fédérales tandis que les autres partis gouvernementaux perdront des voix, selon le baromètre électoral de la SSR. L’UDC devrait récupérer un second siège au Conseil fédéral et lancer de nouveaux référendums concernant l'immigration qui est le premier sujet d'intérêt des Suisses.

Michel  Jeanneret

Michel Jeanneret

Michel Jeanneret est le rédacteur en chef de l’hebdomadaire suisse L'Illustré.

 

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Atlantico : Selon les derniers sondages, l’UDC, la droite nationale suisse, est annoncée ce dimanche à un score inédit de 30% aux élections législative. A quoi est dû, selon vous, ce succès aux élections législatives ?

Michel Jeanneret : C’est une tendance que l’on retrouve dans d’autres pays européens. Elle est née de la conjonction de plusieurs facteurs. La Suisse est un pays qui a relativement peu de problème. On a un taux de chômage de 3,9% -ce qui ne paraît pas énorme par rapport à nos voisins. Mais certains indicateurs disent pourtant qu’il y a un changement. Un récent Baromètre nous disait que la Suisse n’était plus un pays plus sûr que les autres. Nous avons un nouveau problème de sécurité chez nous.
Face à cela, vous avez une gauche - le Parti socialiste - qui depuis longtemps sous-estime le ras-le-bol de la population. Le centre-droit, de son côté, n’a pas vraiment de programme ni de foie politique. Les Verts libéraux ne convainquent pas avec leur programme de niche.
Pour eux, c’est un désastre annoncé dimanche. Les seuls à s’en sortir seront les nationalistes qui devraient être en légère hausse - soit environ 30%.


A quoi attribuez-vous ce succès ?

L’UDC est un parti qui polarise grâce à des thèses assez extrêmes telles que, par exemple, le renvoi des étrangers criminels. L’UDC tient un discours simplificateur - et perçu comme tel par une partie de la population. Mais cela veut tout de même dire qu’un Suisse sur trois adhère aux thèses de l’UDC ! En France, on n’en est pas là ! Le Front national est beaucoup moins implanté en France... Pourtant on est sur des thèses tout aussi extrêmes, d’ailleurs le FN a cité plusieurs fois l’UDC en exemple ; notamment dans leur votation gagnée pour interdire la construction de minarets en Suisse.


Justement que reste-t-il du dernier coup d’éclat de l’UDC avec ce référendum contre la construction de minarets ?

Dans les faits rien ne s’est passé. Et c’est justement tout le problème. Il y avait un seul permis de construire en Suisse concerné par cette loi pour laquelle on a fait voter des millions de Suisses... C’était du marketting politique pour faire connaître leur thèse et pour répandre cette peur sur laquelle  l’UDC surfe extrêmement bien et atteint ici des sommets !
Dans le “Baromètre des préoccupations”, 25% des Suisses sont préoccupés par le phénomène migratoire ! Les autres préoccupations viennent loin derrière : 13% sont inquiets par les questions de l’énergie, 12% par la récession et 7% par le chômage. Ainsi, ce phénomène migratoire, cette violence avérée liée à la migration, aux centres de détention, aux requérants d’asile qui créent un certain nombre de problèmes, est sous-estimé par les adversaires de l’UDC qui ne font que la renforcer...


Les Suisses sont inquiets par la violence, le sont-ils aussi aussi face aux scores de l’UDC ?

On note trois sortes de Suisses. Les premiers - à gauche comme à droite - trouvent simplement inadmissibles les propos de l’UDC et estiment qu’ils ne sont pas fondés sur des réalités. Un second groupe est acquis à ces thèses. Enfin, une troisième partie est acquise au vote protestataire. J’ai le sentiment que c’est justement sur cette dernière partie que l’UDC a gagné parce que, malgré les victoires des années précédentes et malgré le fait que l’UDC soit le parti majoritaire, les choses n’ont pas vraiment changé. Et je pense que cela ne fait que les renforcer. Au bout d’un moment, pour montrer son ras-le-bol, on va voter UDC. Il est vrai que quand est contestataire en Suisse, on ne peut pas voter à gauche ou pour les libéraux, le Centre droit ou les Verts ! Quand on a peur de l’immigration, comme un Suisse sur quatre : on vote UDC. Son discours est très bien passé. Ce vote protestataire prend de plus en plus de place...


Quelles seront les conséquences dans l’hypothèse annoncée que l’UDC dépasse les 30%, elle atteindra un score jamais atteint depuis des décennies...

La première conséquence touchera évidemment notre gouvernement. Notre gouvernement suisse est très consensuel. Tous les partis majoritaires y sont représentés. On n’a pas d’alternance comme en France. Les choses avancent un petit peu moins vites. L’avantage étant que, lors d’un changement de majorité en Allemagne ou en France, vous avez tendance à défaire ce que les autres ont fait et inversement... Notre système est sans doute plus stable mais il évolue plus lentement. Si les 30% de l’UDC sont confirmés, on imagine difficilement comment l’UDC pourrait ne pas récupérer un deuxième siège.
Le seconde conséquence se jouera autour du “droit d’initiative” (les référendums, NDLR) très fort en Suisse. L’un des derniers exemples de “droit d’initiative populaire” fut, justement, le vote sur l’interdiction des minarets, lancé par une petite formation d’extrême-droite reprise par l’UDC.
J’ai le sentiment que le système suisse est si consensuel, que l’impulsion politique des organes -que sont le parlement et le gouvernement- ne va pas évoluer et ira trop lentement. Et l’UDC forte de son succès électoral va probablement lancer beaucoup d’initiatives populaires pour restreindre -notamment- le droit d’asile. on peut prévoir une radicalisation politique assez forte et qui se sentira légitimée par le vote populaire. Elle sera capable de lancer en 2012 des droits d’initiative qui pourraient bien receuillir l’approbation des Suisses ! Elle pourrait faire voter le peuple sur les restriction du droit d’asile, estimant que sa première initiative a été mise en place de manière un petit peu trop molle par les instances législatives.

 

Note du lundi 24 octobre : Contrairement à toute attente, l'UDC n'a pas dépassé les 30% des voix, obtenant seulement 25,9% contre 28,9% il y a quatre ans.

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