#StopKony2012 : énorme buzz sur les réseaux sociaux à la poursuite des criminels de guerre | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
#StopKony2012 : énorme buzz sur les réseaux sociaux à la poursuite des criminels de guerre
©

Bons samaritains 2.0

#StopKony2012 : énorme buzz sur les réseaux sociaux à la poursuite des criminels de guerre

Arrêtez Joseph Kony ! La campagne virale lancée sur les réseaux sociaux par l'ONG Invisible Children espère rendre célèbre l'horrible criminel africain. Objectif : le rendre aussi célèbre qu'Oussama Ben Laden pour rendre sa liberté inacceptable pour l'opinion publique. La théorie : si les citoyens connectés, Oprah Winfrey et les politiciens l'exigent, la Maison blanche sera bien obligée de s'exécuter !

Virginie Tarcy

Virginie Tarcy

Virginie Tarcy est directrice de projet chez Image et Stratégie, agence de conseil en communication.

Voir la bio »

Atlantico : Les internautes se mobilisent pour réclamer l’arrestation de Joseph Kony. Le criminel de guerre, recherché de longue date, semble soudain inquiéter l’opinion publique en Occident. Quels sont les outils utilisés dans cette campagne d’influence initiée via les réseaux sociaux ?

Virginie Tarcy :L’opération Stop Kony 2012 a démarré avec une vidéo lancée le 5 mars par l’ONG américaine Invisible Children. Ils proposent aux internautes de signer une pétition virtuelle et d’acheter tout un kit de communication, pour une trentaine de dollars, contenant t-shirts, bracelets et affiches. L’objectif est de réunir physiquement un maximum de personnes le 20 avril pour réclamer une action internationale contre le criminel de guerre Joseph Kony.

L’ONG mobilise beaucoup sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, appelant à des actions un peu partout dans le monde. Le buzz fonctionne déjà très bien aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. L’action est un peu plus faible en France et dans le reste de l’Europe.

La vidéo qui circule est un film d’une très grande qualité. Les éléments de communication sont très efficaces. Elle présente les possibilités offertes par les réseaux sociaux ainsi que Jason Russell, l’initiateur de ce mouvement. Dans la foulée, elle introduit son fils et un jeune Ougandais sauvé par l’association au travers d’une narration très pathos afin d’amener les Internautes à se sentir concernés. Le témoignage de l’enfant soldat, très poignant, sur fond de musique prenante, permet de convaincre et d’engager.

Les actions de Joseph Kony, illustrées par des photos d’enfants défigurés et de comparaisons avec de grands dictateurs comme Adolf Hitler est d’une efficacité radicale. Comment ne pas vouloir participer à la mobilisation pour aider Invisible Children à faire arrêter Joseph Kony afin qu'elle puisse tenir sa promesse envers l'ancien enfant soldat ?

Peut-on imaginer que la campagne parvienne à suffisamment mobiliser et à exercer une pression suffisamment forte sur le gouvernement américain afin de l’amener à multiplier les efforts contre Joseph Kony ?

Ils décrivent parfaitement leur stratégie dans la vidéo. Ils ont contacté vingt stars et douze personnalités politiques afin de donner encore plus d’élan à leur campagne. En termes d’influence, c’est remarquable : Puff Daddy, par exemple, a rejoint le mouvement via Twitter. Le soutien de George Clooney est un autre vecteur de visibilité conséquent. Après, est-ce que l’impact sur le terrain, en Afrique, sera là … c’est une autre question.

C’est d’ailleurs là qu’il faut prendre du recul sur cette campagne : le conflit en Ouganda est vieux de 20 ans. En 2003 déjà, Georges Bush rencontrait à plusieurs reprises le chef d’Etat ougandais, abordant avec lui des problèmes aussi diversifiés que le sida ou les bandes armées. Là aussi, la campagne d’Invisible Children interroge : elle se focalise sur l’Ouganda alors que Joseph Kony et ses miliciens, la Lord's Resistance Army (LRA), sont plutôt présents dans les pays voisins, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine.

Quelles sont les critiques qui sont formulées contre cette campagne d’influence ?

Sur le fond, on reproche surtout l’approximation des informations diffusées dans la vidéo. Le fait d’insister sur l’Ouganda alors que Joseph Kony ne s’y trouve plus soulève de nombreuses critiques. La Cour pénale internationale poursuit ces miliciens depuis 2005. Une autre ONG, Oxfam, appelait dès 2011 pour que des troupes soient envoyées à la poursuite de Kony … en République démocratique du Congo.

L’Ouganda est un territoire bien particulier. Riche en matières première, il attise les convoitises de nombreux pays. Des gisements de pétroles, notamment, autour de lac Albert, permettent la production de quelques 10 000 barils par jour. Les entreprises internationales qui exploitent ces ressources avaient d’ailleurs déjà réclamé une action américaine contre les milices armées de la région.

L’association, enfin, est sujette à controverse. La manière dont elle gère ses ressources financières pose des questions. Invisible Children a refusé à plusieurs reprises de faire auditer ses comptes. Selon le Better Business Bureau, sur les 8 millions de dollars de dons, seuls 32% auraient été alloués à des actions directes sur le terrain. Tant et si bien que le site Charity navigator, qui attribue des notes aux ONG, ne donne que 3/5 à Invisible Children pour ce qui est de la transparence.

Des campagnes d’une telle ampleur, à grand renfort de « storytelling » hollywoodien, avec des volets consacrés aux réseaux sociaux, vont-elles de devenir la norme pour les ONG ?

Un dispositif sur les réseaux sociaux, c’est certain. Ces outils deviennent de plus en plus indispensables. On peut d’ailleurs noter les ressemblances entre les méthodes mises en place par Invisible Children et les codes utilisés dans les campagnes électorales aux Etats-Unis.

Les nouvelles technologies sont devenues incontournables pour entraîner la mobilisation. C’est grâce à cet effet de masse virtuel que l’ONG obtient d’importantes retombées sur les plans politique et médiatique. Cela n’empêche pas, par ailleurs, de lancer d’importantes actions dans d’autres domaines d’influence : rapports, lobbying…

Je pense que c’est une bonne campagne : pour preuve, elle entraîne un vrai buzz sur la toile. Reste que pour nous autres, occidentaux, les problématiques africaines restent complexes et nous peinons, nous simples citoyens, à bien cerner les tenants et les aboutissants de ces sujets très politiques.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !