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Si Steve Jobs avait été narcissique, Apple n’aurait jamais eu le même succès (et c'est la science qui le dit)
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Ô miroir, mon beau miroir

Si Steve Jobs avait été narcissique, Apple n’aurait jamais eu le même succès (et c'est la science qui le dit)

Deux chercheurs américains viennent de publier une étude qui analyse le rapport entre le narcissisme des PDG et les résultats de l’entreprise. Conclusion : plus un dirigeant est imbus de lui-même, plus sa société risque de faire des pertes.

Les PDG narcissiques ont des tendances destructrices et ils peuvent ruiner leur entreprise. C’est la conclusion d’une étude américaine menée par Donald Hambrick et Arijit Chatterjee de la Pennsylvania State University, qui confirme des premiers résultats obtenus par ces mêmes chercheurs en 2007.

Pour Donald Hambrick, une personne narcissique se définit comme ayant "des sentiments de supériorité, de pouvoir faire la loi, et éprouve un besoin constant d’affection et d’admiration". Il est bien sûr compliqué de mener une enquête sur le narcissisme d’un chef d’entreprise en lui faisant remplir un questionnaire pour savoir dans quelle mesure il est imbus de lui-même. Du coup, les chercheurs ont arrêté quatre critères pour leurs études : la proéminence de la photo du PDG dans le rapport annuel de l’entreprise ; sa proéminence dans les communiqués de presse de l’entreprise ; l’utilisation de la première personne du singulier par le PDG dans ses interviews et enfin l’écart entre le niveau de sa paye et celle du deuxième dirigeant le mieux payé.  Pour l'étude de 2007, ces critères ont été utilisés pour analyser la personnalité de cent onze PDG d’entreprises de nouvelles technologies et ils ont été comparés aux résultats de ces entreprises entre 1992 et 2004.

Première conclusion : le PDG imbus de lui-même n’est pas un cadeau pour son entreprise. Ainsi, la première étude conclue que ce profil de dirigeant ne peut pas se satisfaire d’obtenir le succès de son entreprise sur un projet de long-terme, mais au contraire, qu'il a besoin de la confronter régulièrement à de nouveaux challenges, lesquels doivent avoir une forte visibilité auprès d’une audience respectable et respectée."Il a besoin d‘applaudissements à des intervalles réguliers", résument les chercheurs.

En conséquence, les PDG narcissiques font des choix bien différents de ceux qui ne sont pas -ou peu- imbus de leur personne. Notamment parce qu’ils sont plus à même de prendre des risques, et d’engager par exemple leur société dans des fusions et acquisitions. Les performances de leur entreprise sont donc plus volatiles. Par ailleurs, selon l’étude, plus un PDG est narcissique, plus il entraîne son entreprise dans des dépenses de publicités et de recherches et développement, et ce, même si le contexte économique n’est pas bon ou que la santé de leur entreprise n’incite pas forcément à engager ce type d’investissements. Des conclusions à relier au livre à succès de Jim Collins, Good To Great (2001), dans lequel il se penchait sur les entreprises dont les résultats étaient passés de "bons à excellents", et dont une grande partie étaient dirigés par des personnes que leurs employés qualifiaient avec des adjectifs tels que "doux", "compréhensif", "modeste", "réservé", etc.

Steve Jobs partageait beaucoup avec ses collègues 

Deux mois après sa mort, difficile de ne pas penser à Steve Jobs en lisant ces conclusions. Dans un article publié sur  le site du magazine américain Forbes, l’analyste Eric Jackson rapporte la personnalité de Jobs à ces conclusions, en se basant sur sa biographie publiée par Walter Isasscson quelques jours après sa mort. Jobs y est souvent présenté comme quelqu’un de brutal et cynique. Mais, en se référant aux critères des deux chercheurs, l’emblématique inventeur de l’iPhone et de l’iPad n’avait rien de cela, selon Jackson. Ainsi, certes, Jobs assurait lui-même la présentation des nouveaux objets d’Apple lors des célèbres keynotes. Mais il mettait en avant le nom de ses collègues dans les communiqués de presse. Il ne manquait pas de s’entourer de personnes susceptibles de la contredire, et qui le faisaient effectivement. En outre, Jobs utilisait bien plus fréquemment le pronom "nous" que le "je". Alors qu'il avait élaboré un plan de succession détaillé pour Tim Cook, et envisageait donc qu’il y ait un Apple après lui, sans lui.

La seconde étude, qui vient d’être publiée, se concentre, elle, sur les décisions d’investissement que peut prendre un PDG narcissique, et sur les raisons qui le poussent à agir. Selon Donald Hambrick et Arijit Chatterjee, les PDG narcissiques seraient bien moins préoccupés par des chiffres mesurant de façon objective la performance de leur entreprise que d’autres dirigeants, estimant que même si l’entreprise va mal, la direction qu’ils lui impriment est la bonne. Ils continueront ainsi d’investir là où des dirigeants moins centrés sur eux-mêmes infléchiront leur politique. Par ailleurs, l’étude conclue également que les narcissiques sont plus sensibles aux "louanges sociales", c’est-à-dire aux bonnes critiques, aux classements flatteurs et autres récompenses décernées par les médias. Ce qui aurait également pour conséquence d’influer leur propension à investir, quand bien même le contexte ne s’y prête pas.  

Faut-il donc être une personne effacée pour faire réussir son entreprise ? Pas pour autant. Ces études amènent plutôt à penser qu’il s’agit de savoir distinguer l’optimisme et la confiance en soi de la mégalomanie et de l’arrogance, ainsi que le souligne Eric Jackson.  Les conclusions de Donald Hambrick et Arijit Chatterjee sont en tout cas à méditer, dans des temps où, par exemple, faire prendre des risques à son entreprise en dépit de mauvais indicateurs peut s’avérer particulièrement dangereux. 

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