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Le président français Nicolas Sarkozy, le 08 janvier 2008 à l'Elysée, lors de sa première conférence de presse depuis son élection en mai 2007.
Le président français Nicolas Sarkozy, le 08 janvier 2008 à l'Elysée, lors de sa première conférence de presse depuis son élection en mai 2007.
©ERIC FEFERBERG / AFP

Objectif 2022

SOS droite en perdition : ces précieuses leçons que LR pourrait tirer de la campagne Sarkozy 2007

Alors que le candidat des Républicains n’est toujours pas désigné officiellement pour le scrutin présidentiel de 2022, les représentants des LR sont en difficulté dans les sondages. La campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy, en 2007, pourrait-elle inspirer le parti pour l’élection présidentielle de 2022 ?

Guillaume Bernard

Guillaume Bernard

Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches en histoire des institutions et des idées politiques, est maître de conférences à l'ICES (Institut Catholique d'Études Supérieures).

Il enseigne ou a enseigné dans divers autres établissements comme Sciences-Po Paris. Il a rédigé ou codirigé un certain nombre d'ouvrages scientifiques parmi lesquels Dictionnaire de la politique et de l'administration (PUF, 2011) et Introduction à l'histoire du droit et des institutions (Studyrama, 2éd., 2011), ou destinés au grand public, dont L'instruction civique pour les nuls (First, 2e éd., 2015). Il est également l'auteur de La guerre à droite aura bien lieu, (Desclée de Brouwer, 2016).

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Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : La campagne des Républicains peine à décoller, leur candidat n’est toujours pas choisi et les différentes candidats restent en difficulté dans les sondages. La dernière campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy, en 2007, pourrait-elle inspirer le parti pour l’échéance de 2022 ? Sur quels points y aurait-il des leçons à tirer ?

Guillaume Bernard : Oui, le problème, ce sont ceux qui ont critiqué les campagnes de 2007 et de 2012 qui sont aujourd'hui les candidats potentiels. Ceux qui pouvaient assumer d'une certaine manière la ligne Buisson donc Laurent Wauquiez et dans une moindre mesure Bruno Retailleau se sont retirés de la compétition. Donc ça me paraît peu probable que les leçons de la victoire de 2007 soient retenues par ceux-là même qui ont critiqué Sarkozy en 2012 quand il a perdu. Il me semble compliqué que LR revienne à ces stratégies. Il y a plusieurs éléments saillants dans la stratégie Sarkozy.  Le premier point était de s'assumer de droite, ce qui en 2007 était assez novateur. Pompidou était gaulliste, Giscard d'Estaing libéral, Chirac entre gaullisme et social-démocratie. Le premier à s'assumer de droite véritablement c'est Sarkozy. Donc il a senti l'ère du temps, d’une droitisation globale de la société.

Or aujourd'hui, on voit des candidats attirés par le centre, tout en essayant de ne pas laisser trop d'espace politique sur leur droite. Vont-ils retenir la leçon de 2007 ? Je n’en suis pas sûr.

Deuxième point, c'est un point stratégique, Sarkozy a dans le fond proposé aux électeurs du FN, le même deal que ce que Mitterrand avait proposé aux électeurs du Parti communiste dans les années 70. C'est le fait de dire : toutes vos idées, je ne les incarne pas, mais j'en incarne une partie, donc soit vous voulez toutes vos idées et vous n'aurez jamais le pouvoir, soit, avec moi, vous aurez une partie de vos idées au pouvoir. Et il a siphonné l’électorat FN comme Mitterrand le PC.  

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En troisième point, tactique, c'est Sarkozy en 2011 qui propose le "ni-ni", on met fin au cordon sanitaire avec le FN, on met fin au front républicain, c'est le "ni-ni". En  2012, tout le monde a LR n'a pas voulu qu'il puisse continuer à le faire, on se souvient que Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse étaient les plus hostiles à ce que ce ni-ni se substitue au front républicain. Aujourd'hui, vont-ils arriver à se souvenir que 2007 a été une grande victoire, et qu'en 2012 ils ont perdu in extremis, probablement plus à cause de Sarkozy que de la campagne en elle-même ? Ils ont tourné la page, et pensent que la position centrale de Macron sur l'échiquier politique les oblige à attirer vers le centre.

Jean Petaux : La campagne de 2007 est, à maints égards, un modèle de réussite puisqu’elle a permis au candidat de l’UMP de faire d’une part la course en tête pendant toute la pré-campagne et la campagne officielle et, d’autre part, de l’emporter avec un écart substantiel sur sa rivale au second tour. Est-ce que cela signifie pour autant qu’il y aurait là un « modus operandi » qui garantirait la victoire à tous les coups dès lors qu’on l’appliquerait à la lettre ? Bien sûr que non et d’ailleurs le vainqueur de 2007 n’a pas été en mesure de « répliquer » sa campagne en 2012 tout comme Valéry Giscard d’Estaing, dont la campagne de 1974 qui le porta à l’Elysée fut un modèle du genre, a échoué en 1981 à se faire réélire pour un second mandat. Preuve s’il en est que la conquête du trophée politique n’est pas qu’une affaire de technique ou de « savoir-faire » mais une construction complexe qui répond de règles du jeux nombreuses et contraignantes (F.G Bayley) dont la majeur partie varient en fonction des circonstances et des contextes.

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La situation actuelle pour Les Républicains est presque l’image inversée de celle de 2007 pour l’UMP. Créé pour servir de rampe de lancement au candidat Alain Juppé, l’UMP, qui rassemble en 2002 le RPR et la quasi-totalité de l’UDF (moins la « sensibilité » Bayrou qui reste dans son pré-carré) est censée être une « machine  de guerre » au service du candidat considéré comme l’héritier de Jacques Chirac. Quand Alain Juppé est contraint, de par ses soucis judiciaires, d’abandonner toute ambition électorale présidentielle, en 2004, c’est, alors évidemment, le mieux placé, celui qui en avait le plus grand désir (qui « y pensait pas seulement en se rasant » (sic) qui emporte la mise sur la tapis vert : Nicolas Sarkozy. Un appareil politique, un candidat, un contexte favorable : les « planètes » selon la formule consacrée étaient parfaitement alignées pour le maire de Neuilly. Comme, fort de ces circonstances très favorables, l’homme n’a pas commis de faute, a su magnifiquement jouer avec les journalistes spécialisés et diffusé un enthousiasme exceptionnel, de l’avis de tous les observateurs qui « en avaient vu d’autres » avant lui : « tout s’est passé comme prévu » et, comme jadis en matière de football allemand : c’est Sarko qui a gagné ! La baraka était tellement de son côté qu’il parvint même, au milieu de tout ça, à traverser une très forte tempête personnelle puisque son couple, artificiellement  reconstitué, était déjà moribond.

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Cette année 2021, pour LR, tout fonctionne à l’inverse de ce modèle. Un parti moribond, divisé en écuries, des candidats qui ne sont, pour certains, même pas adhérents et qui vont se faire désigner par un congrès militant, une absence totale de charisme pour les uns et les autres, un programme inexistant qui ne présente rien de saillant ou même d’original et surtout aucune ligne politique. Pour couronner le tout, quelques uns des acteurs « se réservent » pour le coup suivant (2027) et ont comme priorité numéro une que le candidat ou la candidate LR cette année ne se « repointe pas » dans cinq ans…

Si LR, aujourd’hui, voulait se donner les moyens de l’emporter il lui faudrait faire émerger un candidat qui serait aussi un leader, laisser ce candidat imposer ses thèmes et son agenda politique au parti et donc aux éventuels électeurs, se mettre en ordre de marche derrière ce candidat et son équipe et, enfin, passer à l’action politique et militante. 

La ligne qu’a pu incarner Nicolas Sarkozy en 2007, autour par exemple des figures de Henri Guaino, Patrick Buisson et Emmanuelle Mignon, ouverte mais claire, pourrait-elle servir de modèle ?

Guillaume Bernard : Bien sûr, si vous voulez constituer une équipe, vous devez essayer de satisfaire tous les groupes, tout le problème est la dose. Résultat, trop de Kouchner, pas assez de Guaino, en 2012 c'est la défaite. Évidemment que la constitution d'une équipe de conseillers prend en compte les familles et les sous-familles de segments électoraux, mais tout le problème, c'est quelle est la dominante. L’émergence des forces politiques se fait lorsqu’il y a une dynamique, un positionnement, une figure qui favorise cette émergence. Dans le fond, il n'y en a pas énormément, De Gaulle et Mitterrand peuvent l'incarner, mais il y en a peu finalement.

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Jean Petaux : Ce que l’on retient de la campagne de 2007 ce sont deux thèmes qui se sont remarquablement bien complétés. Le premier appartenait au registre social : « Travailler plus pour gagner plus » qui a amené un électorat salarié à voter Sarkozy sur une thématique simple : « Tout travail mérite salaire et ceux qui travaillent plus que les autres gagneront plus que les autres ». Le second relevait du sociétal : la France a des racines chrétiennes et son identité doit être affirmée avec fierté. Les noms que vous citez dans votre question ont porté, pour ne pas dire « inventé » ces deux thématiques en faisant en sorte que « le petit Français de sang mêlé » (sic), Nicolas Sarkozy incarne ces axes forts. Cette ligne, à laquelle il faut ajouter l’ouverture pratiquée  par le nouveau Président à peine élu mais qui était en réalité une succession de « débauchages » individuels identiques à ceux qu’avait pratiqué (dans l’autre sens) « le Mitterrand » de 1988, peut toujours être reprise par Les Républicains d’aujourd’hui. Sauf que cela aura le même effet qu’un moteur de 2CV Citroën mis sous le capot d’une berline haut-de-gamme. Pour quelles raisons ? Tout simplement parce que le casting des candidats n’est pas bon et que le texte manquerait sérieusement de puissance et de nouveautés.

Il ne faut donc pas une trop grande ouverture ?

Guillaume Bernard : Oui pour ne pas devenir incohérents. Prenez par exemple la liste aux Européennes. Ils mettent François-Xavier Bellamy en tête, et ensuite il y a tout un ensemble de candidats qui ont tous objectivement des positions très divergentes, le résultat c'est que l'incohérence globale de la liste leur a valu un échec électoral, beaucoup moins dû à Bellamy qui a fait une bonne campagne, mais plus à l'ouverture lorsque cela devient l’auberge espagnole. L'électeur qui met de l'espoir peut être extrêmement déçu, et peut s'en détourner. La preuve, le Pen père en 2012, tombe à 10 %, Marine le Pen remonte à 17 % en 2017.

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Est-ce que Sarkozy avait une manière de faire campagne dont pourraient s’inspirer sa famille politique aujourd’hui ?

Guillaume Bernard : Je crois qu'il a un certain charisme, une personnalité, une aisance. Il a une manière directe de parler aux gens, et un style assez personnel, et il était incontestablement bien plus à l'aise que d'autres. Il avait une efficacité dans la rhétorique. La contrepartie c’est que si on fait attention aux discours qui sont tenus, on se rend compte qu’il essaie de capter différents types d'électorat, en captant leur vocabulaire et fait en sorte que  les électeurs projettent des choses sur ses propos. Il séduit en utilisant le verbe, sans trop s'engager. C’est à double tranchant, ça montre une habileté dans la rhétorique, mais montre une ambiguïté doctrinale.

Dans quels écueils évités par Sarkozy, LR ferait-il mieux de ne pas retomber ? 

Jean Petaux : Nicolas Sarkozy a maitrisé son agenda et tous les thèmes de la campagne. Son adversaire socialiste a été une piètre challenger, c’est aussi ce qui l’a aidé, mais elle n’a jamais eu la main sur l’agenda de campagne. Sarko a contrôlé le match dès le mois de novembre 2006. Nous y sommes dans un peu plus de 4 semaines. LR sortira tout juste d’un congrès qui risque d’être tout autant un mauvais spectacle où les militants vont s’affronter plus que de raison vu le nœud gordien qu’il va leur falloir trancher.

Si le parti Les Républicains parvient à ne pas tomber dans tous les pièges qu’il s’est forgé lui-même depuis 18 mois, alors sa candidate ou son candidat, même de second choix à défaut d’être de second rang, aura toutes les chances de son côté pour l’emporter en avril 2022. Parce que se remettre d’un tel état du parti comparable à une « machine à rendement dégressif » relèvera véritablement de l’exploit. Et autorisera les rêves et les ambitions les plus improbables à celle ou à celui qui aura réussi à se dépêtrer d’un tel capharnaüm partisan et pollitique.

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