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Sommet Rio+20 : la gouvernance globale dessinée à Rio en 1992 est hors de notre portée en 2012 !
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Sommet Rio+20 : la gouvernance globale dessinée à Rio en 1992 est hors de notre portée en 2012 !

20 ans après le premier Sommet mondial de la Terre en 1992, si de nombreuses expériences de développement durable ont été réalisées dans les domaines de l’énergie, l’agriculture, l’aménagement urbain et la production et la consommation, bien des obstacles imprévus en 1992 ont surgi et généré des retards et des adaptations.

Michel Meyer

Michel Meyer

Michel meyer est ingénieur géologue et géophysicien.

Il a vécu et travaillé dans une dizaine de pays différents au cours de sa carrière professionnelle dans des groupes énergétiques internationaux, avec une prédilection pour l'Amérique latine (dont le Brésil de 2000 à 2003, Rio de Janeiro).

Il a publié en 2006 chez l'harmattan un ouvrage apprécié sur le changement de stratégie commerciale du Brésil impulsée par Lula et poursuivi par Dilma Roussef, présidente du BRESIL.

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Il n’est pas indifférent pour nous Français que l’ancienne capitale du Brésil accueille en ce mois de juin 2012 un nouveau Sommet de la Terre « RIO + 20 » pour célébrer le 20ième anniversaire du 1er Sommet du Développement Durable de la planète. Premier Sommet mondial de la Terre qui s’était tenu en 1992. Sommet fondateur, où les principes d’un paradigme plutôt novateur à l’époque se firent jour dans les consciences des organisateurs, des milliers de participants, des centaines d’ONG et de collectivités nationales et locales. Concept innovant qui alliait, pour la première fois, la prise en compte simultanée de la trilogie du Développement Durable : Environnement/Economie/Société.

« Le développement durable n’est pas seulement une option ! C’est le seul moyen de permettre que l’ensemble de l’humanité ait une existence normale en partageant cette planète, la seule que nous ayons. Rio+20 donne à notre génération l’occasion de choisir cette voie. »

                                                                                                       Sha Zukang, Secrétaire général de la Conférence Rio+20

Rappelons tout d’abord que c’est l’Assemblée Générale de l’ONU qui a décidé d’organiser dans la capitale carioca sa Conférence anniversaire « RIO + 20 » sur le Développement Durable. En 1992 – 20 ans déjà !!! – il s’agissait alors de poser les fondations, avec les plus hauts représentants politiques de 192 pays rassemblés en un lieu mythique, d’éléments de réponses aux défis globaux et nationaux. Relever des défis nouveaux, nés des conséquences de la libéralisation des échanges commerciaux à l’échelle du monde et de la montée en puissance à vitesse accélérée de pays émergents à fortes populations (Inde, Chine, Brésil, Afrique du Sud, Mexique, Turquie, Asie du SE). Et de plus, avec la concomitance de crises nombreuses, que connurent plusieurs pays industrialisés, y compris européens (Espagne, Grèce, Portugal, Italie, Islande).

« RIO 1992 » a pour feuille de route la définition d’un concept neuf, pour les 20 années à suivre – nous y sommes aujourd’hui! – en extrayant les leçons du passé, c’est-à-dire en conciliant du mieux possible les avantages du trio Environnement/Economie/Social, sans cumuler leurs handicaps respectifs).

Or, que pouvons-nous dire, 20 ans après, à notre modeste place d’observateur du « monde comme il va » et d’acteur français local ?

Au cours de ces vingt années écoulées, de nombreuses expériences de développement durable ont été réalisées dans les domaines de l’énergie, l’agriculture, l’aménagement urbain et la production et la consommation. Nous n’en citerons que deux exemples significatifs :

► Au Brésil, dans la mégapole de Sao Paulo (20 millions d’habitants) et dans le cadre du « mécanisme pour un développement propre », la municipalité a transformé les deux plus grandes décharges publiques en sites d’enfouissement de déchets totalement respectueux de l’environnement. De 2004 à 2011 inclus, ces deux sites d’enfouissement ont permis d’éviter le rejet de 352 000 tonnes de gaz méthane dans l’air urbain et permis la production simultanée d’un million de mégawatts d’électricité.
En France, ont été créé 90 000 emplois dans les secteurs de l’économie « verte » sur trois années (2006 à 2008) dans les domaines de l’économie d’énergie et des énergies renouvelables.                                 (source : ONU)

Mais bien des obstacles imprévus en l’an 1992 ont surgi et généré des retards et des adaptations. Des crises politiques, des accidents (nucléaires, tsunamis, inondations, famines, etc.), qui ont inexorablement ralenti la marche envisagée vers un futur idéal et sans drames. Le développement économique se fait de plus en plus sur un mode hyper industriel et a contaminé d’autres secteurs comme l’agriculture (intensive forcément) voire même la santé (industrie pharmaceutique, hôpitaux taxés de rentabilité comme la moindre entreprise.

La finance et le retour sur investissement sont les maîtres mots de l’Evangile économique qui régit le monde, de l’OMC au FMI et aux Etats. Force est de le constater avec lucidité :

La Gouvernance globale dessinée à RIO en 1992 est hors de notre portée en 2012 !

Car, des nationalismes forts se sont affirmés, au gré de crises régionales, sur plusieurs continents. Les souverainetés nationales se sont renforcées ici et là (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Soudan, Amérique Latine, etc.). Les extrémismes et fanatismes religieux sont à l’œuvre, y compris chez nous en Occident, et ils reçoivent des moyens venus du Moyen-orient notamment (Arabie Séoudite). Le terrorisme style « 9/11 » rôde et tue toujours, depuis la destruction des tours jumelles de New-York voici une décennie. La désespérance des laissés pour compte de la croissance augmente avec le chômage, la drogue, la perte de valeurs humaines,  dans le monde et jusque dans nos espaces périurbains de France, quasiment abandonnés par l’Etat.

Lors de RIO+20 :

► Le monde compte 7 milliards d’habitants ; en 2050 : 9 milliards.

► Une personne sur cinq vit avec 1 $/jour.

► Un milliard et demi de personnes n’ont pas accès à l’électricité. Deux milliards et demi n’ont pas de toilettes. Et un milliard souffre de faim.

► Les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter et plus d’un tiers des espèces connues pourraient disparaitre si le changement climatique n’est pas combattu.

► Si nous voulons laisser un monde vivable à nos petits-enfants, les défis de la pauvreté et de la destruction de l’environnement à l’échelle mondiale doivent être relevés immédiatement.

► Si nous ne faisons pas face maintenant à ces défis cruciaux, nous devrons supporter des coûts bien supérieurs — en termes de pauvreté et d’instabilité accrues et de dégradation de la planète.

► Rio+20 offre une occasion de penser à l’échelle mondiale, afin que nous puissions tous agir à l’échelle locale, pour assurer notre avenir commun et celui des générations futures.                                           (Source : ONU)

Dans ce contexte très dégradé, l’attente principale des peuples et des organisateurs de « RIO + 20 » est a minima une déclaration signée de tous les Chefs d’Etat présents, qui fixerait le cadre commun de la transition vers une société efficace sur les plans conjoints de l’Economie, de l’Equité Sociale et du Respect ainsi que de l’amélioration de notre Environnement qui sera légué aux Générations Futures.

Au delà de cet objectif général, seront lancées à RIO plusieurs initiatives nouvelles et surtout concrètes, dont un Conseil Mondial du Développement Durable (au sein de l’ONU) et une profonde réforme du Programme des nations Unies pour l’Environnement (PNUE), ainsi que la définition engageante de nouveaux objectifs réalistes : les nouveaux Objectifs du Millénaire. Par exemple, ceux concernant des accords à négocier et cosigner sur le développement concerté de la Haute Mer, les océans devenant enfin un thème porteur pour le 21ième siècle.

RIO + 20 doit être, n’en déplaise aux Cassandre des médias (français notamment) un aggiornamiento réel de la vision du développement économique mondialisé couplé à la reconnaissance pragmatique des problèmes du développement passé, en vue d’une redéfinition plus adéquate mais sans doute (pourquoi pas dans un premier temps) plus modeste des limites du développement Durable.

Pour se transformer, le monde a vraiment besoin d’inventivité, d’innovation (y compris sociale) et de foi forte et partagée dans le pouvoir de transformation.

Les habitants des villes et villages de France (et au premier rang : les élus, les associations, les responsables divers et les personnes-ressources) ont désormais à cœur d’inscrire dans leur action les principes réaffirmés, ou nouveaux, de RIO 92 et RIO+20. Une majorité nouvelle de citoyens français s’emploient, avec nos enfants, formés à cela dans nos écoles, à en intégrer la traduction à l’échelle locale, qui est celle de notre cadre de vie, assez privilégié au regard des blessures environnementales de nombreux autres pays.

Dans cet esprit et vers ce but, l’élaboration depuis 2000 environ, d’un demi-millier d’AGENDA 21 locaux en France, leur mise en œuvre par les habitants au sein de groupes de travail actifs et innovants sont dans la droite ligne de RIO 1992 et RIO + 20 et préparent l’avenir, au plus près des habitants. 

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