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Des étudiants universitaires du diplôme "multiculturalisme, laïcité et religion".
Des étudiants universitaires du diplôme "multiculturalisme, laïcité et religion".
©Reuters

Aveuglement

Sid Ahmed Ghlam, étudiant et djihadiste : combien de temps nous faudra-t-il encore pour comprendre que la misère et l’oppression n’expliquent pas les dérives terroristes ?

En sa qualité d'étudiant en informatique, l'homme arrêté dimanche 19 avril n'avait rien d'une personne issue des couches les plus modestes de la société, sans éducation. Un profil très "classe moyenne", que l'opinion publique a du mal à appréhender.

Bernard Godard

Bernard Godard

Bernard Godard a été fonctionnaire jusqu'en 2008 au ministère de l'intérieur : d'abord officier de police aux RGX jusqu'en 1997, puis chargé de mission en cabinet ministériel (1997-2002) puis au Bureau central des cultes en charge des relations avec le culte musulman.
 
Il est l'auteur de La question musulmane parue en février 2015 chez Fayard, mais également co-auteur du Dictionnaire géopolitique de  l'islamisme (Bayard 2009) sous la  direction d'Antoine Sfeir et de Les musulmans en France (Robert Laffont, 2007 réédition Hachette pluriel  2009) avec Sylvie Taussig.
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Atlantico : Pourquoi l'opinion publique française envisage-t-elle encore largement la dérive djihadiste comme étant un problème de nature socio-économique alors que la plupart des jeunes djihadistes français sont issus a minima de la classe moyenne, quand ils ne sont pas étudiants dans de bonnes écoles ?

Bernard Godard : Nous mélangeons les genres en France. Il y a une idée générale selon laquelle certains quartiers dans notre pays souffrent d'un phénomène de "relégation", et que c'est dans ces zones que sont générés tous les problèmes, avec des personnalités qui passeraient assez facilement du trafic de stupéfiants à l'islamisme radical. Or, on découvre qu'il y a des classes moyennes qui sont concernées par le djihad ou l'action terroriste. C'est une réalité qui contredit la pensée commune, qui n'imagine les djihadistes que comme étant issus de ces quartiers en relégation. 

Problème : à cause de cette réalité qui va à l'encontre de l'idée commune, vous avez du mal à trouver des médiateurs sociaux ou des sociologues qui vont vous expliquer les raisons profondes de ce débordement hors des zones de relégation. On en reste donc à l'idée que le djihadisme peut fonctionner comme une sorte d'idéologie, mais l'explication reste un peu légère à mon sens.  

Lire également : Dans la tête des djihadistes : mais que veulent-ils de nous ?

Quel type d'événement pourrait amener à casser cette croyance profonde ? A quel niveau l'opinion publique française pourrait-elle se retourner et aborder le djihadisme sous un autre angle ? 

La France a beaucoup de mal à concevoir l'existence de crimes commis pour des raisons idéologiques. Or, là, nous sommes face à une idéologie construite dans laquelle les gens plongent, ce qui les amène à commettre des attentats. Et même si ce n'est pas définitif comme vision, c'est quelque chose de très ancré. Et nous comprenons mal la radicalisation car nous ne concevons pas que quelqu'un puisse "s'éveiller" à une idéologie nouvelle comme l'islamisme radical. Ce malgré les témoignages qui montrent comment le processus s'effectue, au moins en prison.

A côté de quelles solutions passons-nous ? 

Il est complexe d'imaginer qu'un déclic puisse rapidement se faire. Les médiateurs sociaux qui ont produit des travaux pratiques savent que l'approfondissement des textes sacrés éloigne en général du djihadisme. Toute connaissance, y compris salafiste, est en soi une avancée. Mais il est là difficile de dépasser les blocages sur cette solution. Il faut en tout cas se départir de la pensé selon laquelle toutes ces dérives ont des raisons purement rationnelles. Nous n'avons pas la clef du mécanisme du basculement vers la violence intégrale. La criminologie classique n'a qu'une explication partielle du problème. 

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