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L'Édito : Sephora, énième victime de la connerie administrative ordinaire
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L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

L'Édito : Sephora, énième victime de la connerie administrative ordinaire

La parfumeur Sephora, filiale du groupe LVMH le n°1 mondial de l’industrie du luxe, a donc été condamné à fermer son magasin des Champs-Élysées à 21 heures tous les soirs. La décision est tombée de la Cour d’appel à l’issue d’une procédure qui durait depuis des années.

Sephora est une victime de plus de la connerie ordinaire de notre système judicieux-administratif. La boutique restait ouvert jusqu’à minuit en semaine, 1h du matin le vendredi et le samedi. Sephora, première enseigne pour la vente des parfums et des produits de luxe, faisait 20% de son chiffre d’affaires entre 21h et minuit. Le commerce de nuit était assuré par près de 58 salariés, tous volontaires et payés plus que dans la journée. Le magasin emploie au total 200 personnes. Sephora sur les Champs-Élysées, c’est le navire amiral de toute l’industrie du luxe. Le magasin attire les couche-tard bien sûr, mais surtout les touristes qui logent dans les hôtels et les palaces voisins. Ne pas ouvrir le soir c’est une erreur, une faute professionnelle. Ne pas ouvrir la nuit c’est se moquer de cette clientèle riche qui fréquente les Champs-Élysées. Dans toutes les capitales du monde, le commerce reste ouvert tard dans la nuit sinon, comme à New-York, toute la nuit.

La procédure a été initiée par la CGT qui se bat aux quatre coins de la France contre l’ouverture des magasins le dimanche et le soir. La CGT prétend que le code du travail est ainsi fait. La justice lui a donné raison. Pourtant, il n’y a pas de décision plus stupide, plus bête et plus pernicieuse que celle-ci. Voudrait-on tuer le travail, empêcher ceux qui veulent gagner un peu plus ou même de décourager les touristes pour qu'ils aillent directement à Londres ou à New-York dépenser leur argent, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Les salariés de Sephora n’ont rien demandé. Au contraire, ils se préparent à manifester contre la CGT (un comble) pour faire annuler cette décision. A deux pas, ceux qui travaillaient chez Virgin auraient bien voulu bosser tard le soir et le dimanche. Qu'a-t-on fait pour protéger leur liberté ? Rien.

Donc dans la série des interdits, il faudra aussi fermer la FNAC à 18h, Monoprix, tous les restaurants et pourquoi pas le LIDO ! On fera danser les filles l’après-midi. Bref, c’est n’importe quoi. Tous les autres commerces de la capitale qui avaient des projets semblables regardent cet épisode avec attention : les Galeries Lafayette, Printemps, BHV, Abercrombie ou Marionnaud.

Pour la loi française, le recours au travail nocturne entre 21H00 et 06H00 est en principe exceptionnel et doit être justifié par la nécessité d’assurer la continuité de l’activité économique ou des services d’utilité sociale. Une autre période de travail de nuit, dit la loi, peut toutefois être prévue par un accord de branche ou d’entreprise. Pour les juges et les syndicats LVMH viole donc la loi. Mais ce dernier ira en cassation pour faire changer l’interprétation de la loi. Paris serait donc la seule ville au monde où ses magasins ne peuvent pas ouvrir la nuit. Paris serait la seule capitale économique où les textes administratifs empêcheraient la liberté de travailler. Les textes administratifs ne sont quand même pas coulés dans le bronze. Ceux qui les appliquent ne sont pas complètement aveugles.

Cette histoire est surréaliste. Il n y a qu'en France que l'on voit des choses pareilles. Jean Gabin et sa gouaille nous manquent quand il s’agit de parler de l’administration française. Dans les Tontons Flingueurs, Michel Audiard faisait dire à l’un de ses protagonistes :
- « Quelle est la différence entre un fou et un con ? »
- « Et bien, il arrive que le fou se fatigue, lui… »

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