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Sécurité routière : derrière les radars, une certaine impuissance de l'Etat?
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L'arbre qui cache la forêt

Sécurité routière : derrière les radars, une certaine impuissance de l'Etat?

Quelle est la véritable utilité des radars automatiques ? Denis Boulard affirme que la sécurité routière demeure l’un des derniers leviers d’action des politiques, plus démunis que jamais face à l’évolution du monde. Extraits de "Radar Business, à qui profitent les radars" (2/2).

Denis Boulard

Denis Boulard

Denis Boulard est journaliste et auteur. Il a publié l'enquête intitulée Radar Business aux Editions First.

Il a travaillé dans les rédactions du Journal du Dimanche, du Nouvel Observateur et du Parisien entre autres. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels Prière de Pardonner et Opération Elysée (en collaboration avec Hélène Fontanaud).

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 Il se fait appeler Cap Man. Depuis qu’il s’est fait flasher à 58 km/h au lieu de 50 sur le pont Legay à Belfort, le 13 septembre 2010, il est devenu une star. Une étoile filante de la Toile. Près de 1,2 million d’internautes ont regardé la vidéo où on le voit, cape rouge au vent, déclencher un flash en roulant à tombeau ouvert sur son vélo ! De source policière, on préfère en sourire. Et confier qu’aucune enquête n’a été diligentée pour retrouver ce délinquant de la route masqué.

C’est en 2002 que Jacques Chirac – à l’orée de son second mandat présidentiel – lance le plan Cancer. Et le CSA*. Souvenons-nous : il y a eu les attentats du World Trade Center, en septembre 2001, et le dirigeant politique paraît plus désarmé que jamais face à l’avancée du monde. A-t-il encore prise sur l’économie qui dépasse les frontières ? Que peut-il faire, si ce n’est tenter de réduire les déficits publics en réduisant le nombre de fonctionnaires pour se conformer aux directives de l’Union européenne ? Union qui est présente au sein de la politique nationale avec les « mises en conformité ». C’est-à-dire l’adaptation de la loi française aux directives de Bruxelles.

Citons, entre autres, le passage des phares jaunes aux phares blancs. L’idée n’est pas de tenir ici un discours « europhobe ». Mais de constater que la politique française ne se fait plus seulement à Paris. Et que les politiques nationaux sont loin d’avoir la main. Tant sur l’économie que sur la politique. Pour autant, il leur faut exister. Et montrer que leurs décisions ont un réel impact sur le quotidien de leurs concitoyens. Pour ce faire, il leur faut se démarquer. Par la fermeté. Et les exigences. Peu importe que leur discours soit populaire. Il est la marque de l’autorité protectrice. La preuve du courage politique. Élucubration journalistique ? Donnons la parole à ceux qui étudient l’opinion. Prennent son pouls. Mesurent ses attentes. Et connaissent, mieux que d’autres, ce qui conduit les politiques à prendre des décisions. Ne serait-ce que parce qu’ils sont dans le secret de celles-ci. Et qu’ils en mesurent leur perception dans l’opinion, à l’aide de baromètres, sondages « qualitatifs » ou « quantitatifs », confidentiels ou publiés.

« Il faut des résultats qui se voient »

Comme Cap Man, l’homme politique aime se prendre pour Zorro. Mais si Cap Man poursuit plutôt le côté léger du héros bien connu, le politique aurait tendance à nourrir plus d’ambition. Par exemple, celle d’être ce justicier qui règle d’un coup d’épée les problèmes du quotidien. Nous sommes, là, au coeur du problème du CSA. « Toutes les études le prouvent : les gens attendent des politiques qu’ils résolvent leurs problèmes du quotidien. Il leur faut des résultats qui se voient. Et vite ! Ils attendent une action suivie de résultats », explique Bruno Jeambart, directeur d’études politiques au sein de l’Institut OpinionWay 74. Et quel domaine mieux que la sécurité routière peut répondre à ce double impératif de décision forte aux résultats rapides ? Perceptible par tous. D’un point de vue médiatique, c’est efficace.

En dix ans, les journalistes « traditionnels » du secteur témoignent que les conférences de presse sont passées d’une demi-douzaine de médias présents à près de cent. D’un point de vue budgétaire, c’est moins cher que financer l’adaptation des systèmes de santé ou d’éducation. Et en plus, ce qui est l’idéal en ces périodes de disette budgétaire, ça ne coûte rien. C’est autofinancé. Tout du moins dans le discours, nous l’avons vu. Cela peut même rapporter assez pour réduire l’endettement public. Sans compter que le discours de légitimation est facile : réduire le nombre de morts sur les routes. C’est respectueux de la vie des citoyens. Et le politique peut s’appuyer sur les associations « vertueuses » pour montrer qu’il est aux côtés des plus faibles.

 *Contrôle sanction automatisé

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Extrait de "Radar Business, à qui profitent les radars" First Editions (7 juin 2012)

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