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Saviez-vous que si vous dites (ou écrivez) "égorgé", vous êtes de droite ?
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Eloge du couteau

Saviez-vous que si vous dites (ou écrivez) "égorgé", vous êtes de droite ?

Eh oui, il faut dire "tué" ou "assassiné". Sinon, bienvenue dans l'enfer de la fachosphère…

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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"L'égorgement est utilisé par les islamophobes pour cristalliser l'horreur". C'est dans Libération. On lit ça et la nausée nous envahit. On entend les discours des hommes politiques qui se livrent à de complexes contorsions sémantiques pour ne pas dire de quelle façon a été tué le père Jacques Hamel. Et on a honte. Dans nombre de médias – et en particulier sur le service public – le mot "égorgement" est proscrit : les plus audacieux s'autorisent un "tué à l'arme blanche". Et le dégoût nous gagne.

Il ne faut pour rien au monde laisser filtrer le moindre indice qui signerait religieusement, culturellement, ethniquement, le crime abject de Saint-Etienne-du-Rouvray. Quiconque s'affranchirait de cet interdit serait aussitôt voué à disparaître dans l'enfer où grouillent les "fachos", les "réacs" et les "islamophobes". Concernant Atlantico, le verdict est sans appel : l'expression "égorgement" figure à plusieurs reprises sur le site. Et moi-même, comment pourrais-je ne pas plaider coupable ?

Lisons encore Libération. "Cette méthode barbare (l'égorgement on suppose, bien que le terme ne soit pas utilisé par ce très pudique journal) est source d'extrapolations et de fantasmes". C’est-à-dire ? C'est dit plus bas. "L'extrême-droite s'en empare" pour évoquer le "tuer hallal".  Et voilà ! Les égorgeurs égorgent et ce sont les islamophobes qui en font commerce pour en tirer bénéfice ! Les nazis ont inventé les chambres à gaz pour tuer hommes, femmes et enfants, et ce sont les méchants naziphobes qui en profitent… C'est plus clair comme ça ?

Au point où nous en sommes de notre islamophobie, autant nommer les choses et les détailler. Oui, l'égorgement est en terre d'islam une pratique ancestrale (en Europe on tue aussi, mais autrement). Oui, le fanatisme islamique prône un retour strict aux sources avec la décapitation rituelle. Oui, sur toutes les vidéos de Daech, les têtes coupées sont les vedettes indiscutables de ces films préposés à l'éducation de la jeunesse. Oui, c'est le sabre qui est utilisé chez nos amis et alliés saoudiens pour les exécutions.

L'égorgement se doit d'être filmé. Il servira à faire peur mais aussi à recruter des adeptes que ce spectacle ravit et excite : les hyènes attirées par l'odeur et la vision du sang ne manquent pas, y compris chez nous. Vous vous souvenez de Daniel Pearl ? Ce journaliste fut capturé par des talibans pakistanais. On l'installa ligoté devant une caméra. On l'obligea à dire "je suis Juif, je suis Juif". Puis on l'égorgea lentement. La vidéo fit fureur sur les bazars de Karachi et d'Islamabad. Puis elle parvint dans nos banlieues où elle circula de portables en portables. Arrêtons-nous là. 

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