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Le gouvernement a annoncé qu'il débloquera une enveloppe de 200 millions d'euros pour accompagner la réforme des rythmes scolaires.
Le gouvernement a annoncé qu'il débloquera une enveloppe de 200 millions d'euros pour accompagner la réforme des rythmes scolaires.
©Reuters

A votre bon cœur !

Rythmes scolaires, qui va payer ? Le gouvernement débloque 200 millions d’euros d'aides supplémentaires aux communes sans combler le gouffre de la facture réelle

Le ministre de l’Éducation Benoit Hamon a annoncé que l’aide de l’État aux communes les plus en difficulté pour appliquer les nouveaux rythmes scolaires serait prolongée d’un an, à hauteur de 200 millions d’euros.

Valérie Marty

Valérie Marty

Valérie Marty est présidente nationale de la Fédération des Parents d'Elèves de l'Enseignement Public (P.E.E.P).

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Atlantico : Quelques communes (comme Villeurbanne) ont déjà officialisé leur volonté de faire payer aux parents une partie des activités périscolaires qui accompagneront la réforme des rythmes scolaires. De nombreuses autres communes envisagent d'emboîter le pas quand elles mettront en place la réforme. Les parents vont-ils payer la réforme du gouvernement ? A quels montants faut-il s'attendre ?

Valérie Marty : Il est probable effectivement que les parents vont devoir payer. Peut-être pas forcément pour la première année, mais les communes vont imposer une participation. D'après les premières annonces et retours que nous avons, la somme qu'il faudra sans doute débourser sera de 20 euros par mois.  Dans la plupart des communes qui l'envisagent, on a rarement demandé l'avis des parents sur l'aménagement du temps scolaire issu de la réforme, dont ils n'étaient pas demandeurs.  De plus, dans les familles où les deux parents travaillent, il faut déjà payer la cantine, les heures d'étude après 16h30… des coûts cumulés qui représentent en moyenne entre 80 et 100 euros. Avec cette réforme, ce sera donc une nouvelle dépense qui va se rajouter

Le gouvernement a annoncé qu'il débloquera une enveloppe de 200 millions d'euros pour accompagner la réforme, ce qui ne semble pas suffisant aux yeux des communes. La réforme a-t-elle été décidée sans être financée, sur le dos des parents ?

Ce qui est en effet assez étonnant, c'est que la réforme a été décidée sans vraiment réfléchir à sa mise en œuvre. Le financement était la principale question soulevée, et le sujet n'a pas du tout été abordé. Je ne suis pas certaine que le gouvernement comptait dès le départ sur l'apport financier des parents, je pense plutôt que les dirigeants n'ont pas mesuré par des chiffres précis le coût de la réforme. Peut-être ont-ils également cru que les parents accepteraient de financer des activités périscolaires, pourtant le contexte économique est difficile et les activités proposées ne sont pas forcément de très grande qualité.

Les rares communes qui ont annoncé vouloir faire payer les parents avancent des chiffres très différents (de 50 à 400 euros l'année). Quelle nouvelle carte des inégalités le financement des rythmes scolaires est-il en train de dessiner ?

Il y avait déjà, avant cette réforme, de très grandes disparités sur les dépenses extra-scolaires, comme la cantine ou le transport par exemple. Maintenant, les disparités vont encore s'accroître entre les communes, et on peut s'attendre à une corrélation des coûts des activités issus de la réforme des rythmes scolaires qui suivra la tendance des autres dépenses pour l'extra-scolaire. Cela dépendra de la richesse de la commune, mais aussi des décisions politiques : dans certaines communes des quotients familiaux font payer les hauts revenus là où les revenus plus bas ne paient quasiment rien ; dans d'autres, le coût est peu élevé pour tout le monde mais avec des impôts locaux, qui eux, sont plus élevés. C'est la question classique entre faire payer l'usager ou faire payer la collectivité.

Faire reposer sur le portefeuille des parents une partie du financement pourrait-il, à terme, générer une opposition face à l'évolution des rythmes scolaires propre à empêcher la réforme d'aller jusqu'au bout ?

Quand le paiement généralisé va se mettre en place, il y aura le risque d'un rejet encore plus marqué d'une réforme auprès de parents qui comprenaient déjà mal son intérêt, ou qui n'adhéraient pas à ses objectifs. Il y aura donc beaucoup de grogne au mois de septembre, et un mouvement social de parents d'élèves n'est pas à exclure.

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