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Robespierre, un brave type qui voterait aujourd'hui Bayrou...
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A la rue

Robespierre, un brave type qui voterait aujourd'hui Bayrou...

Une rue Robespierre à Paris ? C'est en tout cas le souhait du maire adjoint du 12e arrondissement de Paris, Alexis Corbière. Problème : Bertrand Delanoë ne veut pas en entendre parler. Pas si révolutionnaire que ça pourtant Maximilien Robespierre...

Christian Millau

Christian Millau

Grand reporter, critique littéraire notamment pour le journal Service Littéraire, satiriste, Christian Millau est aussi écrivain.

Parmi ses parutions les plus récentes : Au galop des hussards (Grand prix de l'Académie française de la biographie et prix Joseph-Kessel), Bons baisers du goulag et aux éditions du Rocher,  Le Petit Roman du vin, Journal impoli (prix du livre incorrect 2011), Journal d'un mauvais Français (21 avril 2012) et Dictionnaire d'un peu tout et n'importe quoi (Rocher, 2013)

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Alors que mon cœur bat plus du côté de la place du Trône que de la République, je m’étonne de moi-même. Une voie Robespierre à Paris, après tout, pourquoi pas ? Bertrand Delanoë dont on connaît pourtant, le goût affirmé pour la vertu, ne veut pas en entendre parler, au grand dam de son édile du 12e arrondissement, M.Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche. On me dira qu’il n’y a pas le feu au lac et que Max peut attendre tranquillement l’arrivée au pouvoir  de son descendant en droite ligne, Jean-Luc Mélenchon. Il n’empêche qu’une pareille petite fête, outre qu’elle  donnerait à Max Gallo l’occasion de nous sortir en vitesse un 480éme opus historique, ne me choquerait pas tant que cela .

A une triple condition :

1) On se débarrassera  de Fabre d’Eglantine qui a sa rue dans le  même arrondissement car le charmant auteur de « Il pleut bergère » fut en vérité une véritable ordure, au premier rang des responsables des Massacres de septembre 1792

2) On débaptisera  l’avenue Carnot, cette gloire nationale, magnifique soldat dont, toutefois, les mains ont dégouliné du sang des malheureux Vendéens ( rappelez vous la loi du 1er août 1793 : « La Vendée doit être un cimetière national"). Dans la foulée, on imposera à la ville de La Rochelle (quelle mouche l’avait donc piquée de mettre ces deux types à l’honneur ?) de jeter à la poubelle le souvenir de ces deux ignobles terreurs que furent Billaud-Varenne  et Bertrand Barére.

3) On sélectionnera une belle avenue ou une rue élégante dont on fait l’hommage à la reine Marie Antoinette .On prendra évidemment soin de ne pas la couper par la rue Robespierre.

Mais revenons à l’Incorruptible. L’admiration que lui portèrent Lénine et les bolcheviks n’a guère contribué à nous le rendre furieusement sympathique. Devenu la figure emblématique de la Révolution et de la Terreur, nombre d’entre nous hésiteraient à l’inviter à dîner ou même à un five o’clock tea. M. Alexis Corbiére nous la baille belle quand il nous raconte dans « Le Monde »  qu’après tout la Grande Terreur n’a pas duré plus de deux mois (10 juin - 27 juillet 1794) et que ces regrettables bavures (vous avez remarqué que les bavures sont toujours « regrettables « ) furent peau de balle comparées aux « massacres et tortures cautionnées par les rois de France » (pour dire vrai, je n’aimerais pas trop croiser à la tombée de la nuit M.Corbière en tenue de sans –culotte )

En revanche, là où il n’a pas tort, c’est que Robespierre, bien qu’un peu louche j’en conviens, ne fut pas le pire de la bande. Loin de là.

Ce furent plus tard les thermidoriens, trop heureux de s’en tirer à bon compte, qui lui taillèrent un costume de dictateur jacobin, vrai tigre assoiffé de sang. Son rôle au sein du Comité de Salut Public n’a pas été vraiment éclairci ; en tout cas, il n’en fut ni la vedette ni le metteur en scène. Dans le génocide vendéen, il ne joua aucun rôle et lors des noyades de Nantes ou des massacres de Lyon, il demanda le rappel des responsables.Napoléon dira plus tard que Robespierre avait voulu être « le modérateur de la Révolution et même l’arrêter »

Au fond, c’était peut-être tout simplement un type prudent, une sorte de centriste. Peut-être bien qu’aujourd’hui, il voterait Bayrou.

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