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Retour sur une semaine d’incohérences et de contradictions gouvernementales
©Reuters

Hay que dolor

Retour sur une semaine d’incohérences et de contradictions gouvernementales

La semaine passée a battu des records de contradictions et d’incohérences dans tous les domaines de la gouvernance. Sur Alstom, la BCE, le pacte de compétitivité, la SNCF, les intermittents. La gouvernance française a si peu d’autorité, de crédit, et surtout si peu de stratégie que le pouvoir comme les contre-pouvoirs en arrivent à dire tout et son contraire.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Que de gaspillage et de temps perdu ! Comment s’étonner dans ces conditions que l’opinion ne croit plus en la politique. La semaine passée nous a offert un florilège de contradictions et d’incohérence où la plupart des responsables politiques et même des experts ont pu dire tout et n’importe quoi. Ce qui ne débouche sur rien et nous éloigne un peu plus chaque jour d’une prise en compte responsable des réalités.

-Sur Alstom , le gouvernement nous a présenté un nouvel épisode de ce feuilleton où l’Etat s’est pourtant déjà assez discrédité. Pour tout le monde, le dossier devait se cloturer sur un deal qui permettait au groupe américain General Electric de mettre la main sur l’activité d'Alstom dans l’énergie et de constituer en France, une entreprise de taille internationale capable de concurrencer les plus grosses sur le marché mondial. Les deux groupes sont complémentaires au point où ils travaillent déjà ensemble. La logique industrielle combinée aux moyens financiers US auraient permis de boucler le dossier depuis un moment. Pour des raisons assez floues, tenant plus aux susceptibilités personnelles qu' aux intérêts politiques ou industrielles, le ministre de l’économie, Arnaud Montebourg s’était mis en tête de marier Alstom à Siemens. C’était un mariage forcé parce qu’on a compris très vite qu’aucun des deux conjoints ne voulait de cette union. Siemens a donc vaguement promis de présenter une offre au contrat de mariage, mais a eu beaucoup de mal a rédiger le contrat. A tel point qu’on se disait que tout était abandonné. Jusqu’à cette semaine ou Arnaud Montebourg a annoncé qu' il avait décidé le japonais Mitsubishi de racheter les actions Alstom qui étaient à vendre. On était loin d’un projet européen capable de protéger les intérêts européens … mais passons !!! Il fallait sans doute prouver que l’Etat était capable d’impulser une politique industrielle. Passons, car cet ultime projet parait tomber à l’eau. Le gouvernement a perdu son temps et il en a fait perdre aux chefs d’entreprise en hypothéquant l’image pour les investisseurs étrangers. Sauf ultime solution sortie de nulle part, Alstom rejoindra General Electric. Pour les salariés, les actionnaires et les dirigeants, c’est le scenario le plus logique et le plus légitime pour l’avenir. Si le gouvernement avait laissé faire la partie de Monopoly aurait été terminée depuis deux mois .

- Le départ d’Emmanuel Macron du cabinet du président et son remplacement par Laurence Boon est incompréhensible. Le départ annoncé d’un des conseillers de l’Elysée parmis les plus importants était attendu depuis longtemps par le monde des affaires qui va le regretter. Emmanuel Macron était en effet l’artisan du changement de discours présidentiel à la fin de l’année dernière. Comme Louis Gallois qui avait œuvré de l’extérieur, ou Jean Pierre Jouyet qui présidait la caisse des dépôts, Emmanuel Macron a travaillé pour que la politique du gouvernement tienne compte des réalités du marché financier et des entreprises. Son remplacement, lui un ancien de la banque Rothschild par Laurence Boon chef économiste de Bank of America n’est pas aberrant après tout. Un techno de la banque remplacé par une techno de la banque, le changement n’est pas flagrant.. Sauf que Laurence Boon s’est faite connaître par ses analyses très critiques de la politique économique du gouvernement allant jusqu’à dire publiquement qu’il n’y avait pas en France de stratégie  claire. Autrement dit François Hollande s’attache une conseillère qui s’est toujours opposée à ce qu’il prônait… Comprenne qui pourra ! Au parti socialiste on cherche encore la raison du pourquoi.

Le cas Cécile Duflot est encore plus bizarre. Elle a sans doute compris cette semaine que le premier ministre allait  détricoter la loi Alur. En tous les cas, Manuel Valls a écrit le premier épisode de la chronique d’une mort annoncée. Le bilan de Cécile Duflot, ministre du logement n’est pas brillant en termes de résultats. On avait besoin de 400 000 logements par an, on en construira moins de 200 000 cette année. Par ses initiatives législatives, ses discours et ses intentions Cécile Duflot a fini de décourager les investisseurs déjà épuisés par la crise. Alors qu’on essaie de redresser la situation c’est normal et Manuel Valls a évidemment raison, mais pourquoi ne pas l’avoir fait auparavant. le gouvernement va faire l’inverse de ce qu’il a fait l’an dernier et en prime il va se fâcher avec les écolos. Quand va-t-on rompre cette alliance pernicieuse avec les écologistes qui veulent protéger l’environnement en organisant la décroissance ?

 

La loi de finances rectificative n’en finit pas de générer des revendications corporatistes. C’est normale mais ce qui l’est moins c’est que le gouvernements cèdent a ces mouvements. Cette semaine, Bercy a encore a accorder des baisses d’impôts a 500 000 contribuables de plus. Tant mieux pour ceux qui vont en bénéficier mais quelle image sur la stabilité du système et la détermination de ceux qui gouvernent à garder un cap. le résultat de ces nouveaux compromis est qu'’il faudra une fois de plus passer le rabot sur les dépenses publiques, ce qu'on ne fera pas …"

 

Le sentiment de l’austérité budgétaire s’est installé dans l’opinion publique. On en parle beaucoup mais on ne la met pas en œuvre. Pour 2014, le total des dépenses publiques devraient baisser de 4 milliards d’euros maximum c’est à dire rien . l’équivalent d’une marge d’erreur. L’illustration caricaturale de ce phénomène se cache dans la reforme territoriale annoncée bizarrement par le président de la république. Le montant des économies générée par la suppression d’une dizaine de régions ne devrait entrainer aucune réductions de repenses. En tous les cas, personne au gouvernement n’est capable de préciser ce chiffre qui était pourtant le premier objectif annoncé. Quelle cacophonie. Et si la réforme ne contribue pas à l’effort d’économie, pourquoi fait-on cette réforme ? Les positions officielles sont tellement fluctuantes que tout le monde en arrive à dire n’importe quoi ..

Sur la BCE , la banque centrale européenne par exemple , on a peine pris le temps d’évaluer les décisions annoncée , baisse des taux , création de taux négatifs pour dissuader les mises en dépôt , et ouverture d’émissions non conventionnelle. Bref la BCE, pour conjurer le risque de déflation  a fait le maximum de ce que peut faire une banque centrale. Elle a annonce exactement ce que tous les experts qui la critique réclamaient haut et fort ... Et bien, la BCE a pris sur la tête un tombereau de critiques. Les plus complaisantes  revenant à dire que de toute façon ça ne servira à rien, les plus injustes expliquant sans rappeler ce qui avait été fait disaient que la BCE est toujours aussi inutile et néfaste. Très peu, ont souligné le manque de directives et de coordination politique ; Ce qui est à l’origine de tout. N’importe quoi !

Sur la Sncf ou les intermittents des spectacles, les commentateurs ne sont guère plus cohérents. Que les syndicats de la SNCF oublient de rappeler qu' il avaient approuvé la reforme . Sur les intermittents  que leur représentants avaient dès l’année dernière négocié une reforme  qu’ils refusent désormais au gouvernement le soin de  ratifier … Tout cela est invraisemblable … mais ce qui est plus cocasse c’est d’entendre  des medias comprendre la revendication des cheminots ou des intermittents. Parce que ca va forcément déplaire au gouvernement, le cheminot de la SNCF n’aurait pas de statut privilégié, l’intermittent du spectacle , tout bien réussi aurait raison de défendre ainsi la culture…

 

La vie politique et sociale est donc cette semaine une auberge espagnole … on y trouve de tout, comme à la samaritaine… on y trouve de tout, sauf de l’autorité, sauf de la légitimité pour donner des leçons, sauf du charisme qui sert à s’imposer…

Pour des raisons multiples, politiques, utopistes, corporatistes , on prend des décisions inadéquates , alors que la gouvernance devrait prendre des décisions qui délivrent un résultat. Si la priorité est la lutte contre le chômage, la création d’emploi, il faudrait mettre tout en, œuvre pour atteindre des objectifs raisonnable.

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