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Retour sur un moment de grâce : la Panenka de Zidane en finale de la Coupe du monde 2006
©Reuters

Bonnes feuilles

Retour sur un moment de grâce : la Panenka de Zidane en finale de la Coupe du monde 2006

Dans son livre "Mes seuls buts dans la vie", Pierre-Louis Basse décrit les 11 buts qui ont fait lui un fou du foot. Ainsi, alors que la Coupe du monde au Brésil arrive à grand pas, ce livre est un superbe autoportrait en forme de ballon rond. Extraits (1/2).

Pierre-Louis Basse

Pierre-Louis Basse

Pierre-Louis Basse est journaliste et écrivain. Grande figure du journalisme sportif (Europe 1, Canal +) passionné d'histoire et de football, il a également collaboré à Marianne et au Figaro. Il est l'auteur d'une dizaine de livres dont Éric Cantona, un rêve modeste et fou (Robert Laffont, 1993), Séville 82 France-Allemagne : le match du siècle (Stock, 2005) et Gagner à en mourir (Robert Laffont, 2012).

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Le geste le plus beau du monde. La Panenka. Sa folie est sérieuse. Si le geste est réussi, il est sublime ; mais s’il échoue, il est grotesque. Quelle prise de risque ! Sa réussite n’existe que dans son éclat et sa fragilité. Dedans, et c’est la classe olympienne. Dehors, et c’est la commedia dell’arte.

Dans la boue, col relevé, Cantona voulut la tenter sous les couleurs de Bordeaux 1989. Le ballon s’effondra dans la glaise. Le gardien de but bloqua la balle. Le joueur revêtit brusquement l’allure d’un albatros aux « ailes de géant » engluées dans le goudron. Une Panenka est un geste insolent accepté par tous, y compris par le gardien humilié. Antonín Panenka savait fort bien ce qu’il risquait en inventant ce geste pour le compte de la Tchécoslovaquie face à la RFA, en 1976. Un seul coup de patte et un seul verdict : héros ou honni.

Une farce que Zidane remet en jeu ce jour-là, au moment le plus intense de sa carrière. Dans ce face-à-face avec Gianluigi Buffon, le foot est ailleurs. C’est le quartier nord qui s’invite chez les riches. La douceur contre la vitesse. Le sourire en coin. Les deux hommes se connaissent par cœur. Le gardien et l’attaquant. Ils ont joué et gagné ensemble avec la Juventus de Turin. Buffon sait bien que Zidane tire presque systématiquement sur la droite du gardien. À gauche donc. Petit filet. Souvent à mi-hauteur. Jamais plus de deux pas d’élan.

On pourrait tourner les pages du livre de Peter Handke, L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty : « Si le gardien de but connaît l’avant-centre, il sait quel coin il choisit en général. Mais l’avant-centre, lui, peut très bien prévoir le raisonnement du gardien de but. Le gardien de but continue donc à chercher et se dit que cette fois le ballon ne va pas venir dans le même coin. Oui, mais si l’avant-centre suit toujours le raisonnement du gardien de but et se prépare à shooter vers le coin habituel ? et ainsi de suite et ainsi de suite. »

Au moment du penalty, Zidane n’est pas un homme de couloir. Le voilà à la fois sérieux et léger. Et ils sont tous debout maintenant, dans le studio, face à ces écrans qui font comme une galerie des glaces. Des miroirs où se reflète le nouveau spectacle du monde. et dans le stade aussi, comme à l’infini, les deux écrans géants magnifient le joueur. On dirait un reportage sous-marin. C’est très beau. un grand silence emplit le stade. On se passe très bien de commentaires dans ces cas-là.

Et alors, comme Zizou ne se déplace même pas – ou à peine – vers le ballon, on pense qu’il exécute un petit pas de danse et pas davantage. Le corps incliné légèrement en arrière – très légèrement – afin que le ballon s’élève en douceur à l’impact. Et cette lenteur. Comme un ralenti improvisé. Et Buffon qui est parti sur sa droite, comme prévu, a le luxe d’assister à sa propre défaite. Un rien et il plongeait de l’autre côté. S’il avait su !

Et dans tout ce silence des écrans, on se croit un instant propulsé dans un autre monde, au temps du cinéma muet. Je pense à ces projections en famille avec le grand drap blanc tendu contre le mur. On arrêterait le film. On reviendrait en arrière. La maman serait si belle à jouer comme ça sur la plage. Et toi qui plongerais. 

Le ballon a frappé la barre transversale juste avant de retomber de l’autre côté de la ligne de but. Nous, on a beau être debout, on hésite un peu. Il est dedans, oui ou non ? Et puis on est rassurés de voir Zizou, le visage grave, lever le bras et repartir, heureux d’avoir réalisé son coup.

Extraits de "Mes seuls buts dans la vie" de Pierre-Louis Basse publié aux Editions du Nil

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