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Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer lors d'une visite dans une école primaire de Melun, le 26 avril 2021, à l'occasion de la réouverture des écoles après trois semaines de fermeture.
Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer lors d'une visite dans une école primaire de Melun, le 26 avril 2021, à l'occasion de la réouverture des écoles après trois semaines de fermeture.
©Thibault Camus / POOL / AFP

Reprise des cours à haut risque ?

Rentrée scolaire : un protocole sanitaire susceptible de faire capoter tous les efforts de l’été ?

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a dévoilé, dans les colonnes du JDD, le protocole qui s'appliquera en septembre dans les établissements scolaires. Le passe sanitaire ne va pas être requis à l'école. Les cours seront en présentiel. Le port du masque est obligatoire. Le brassage des élèves va être limité. Les classes vont être fermées en primaire dès le premier cas de Covid-19. Au collège et au lycée, les cas contacts vaccinés pourront rester en classe, les autres devront s'isoler pendant sept jours. Ces mesures seront-elles efficaces face à la progression du variant Delta ?

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a dévoilé dimanche dans le JDD le protocole sanitaire qui sera mis en oeuvre à la rentrée. Celui-ci sera de niveau 2 sur 4 et reprendra des mesures connues comme les gestes barrières, le nettoyage des locaux, la stratégie "tester, alerter, protéger". Vous semble-t-il suffisant pour assurer une rentrée sans risque ?

Antoine Flahault : Cette rentrée est à haut risque dans toute l’Europe. La France est en train de réussir les deux premières phases de son pari avec le passe sanitaire : l’augmentation substantielle de sa couverture vaccinale à un taux qui la rapproche d’Israël, et la reprise de contrôle sur la 4ème vague. Des pays voisins comme la Suisse, l’Allemagne mais aussi le Royaume-Uni ou les pays nordiques se débattent aujourd’hui avec un rebond qu’ils n’arrivent pas encore à contrôler. La troisième phase du pari français avec le passe sanitaire serait de ne pas avoir besoin de ré-instaurer de mesures fortes de confinement cet automne et cet hiver. Je crains que le trou dans la raquette française soit sa négligence du risque de transmission chez l’enfant et l’adolescent dans les écoles et les cantines. Les mesures annoncées par le ministre de l’éducation nationale aujourd’hui ne sont pas rassurantes sur ce plan et pourrait faire capoter le pari le plus intéressant que représentait l’usage étendu du passe sanitaire pour éviter des reconfinements avec fermeture d’écoles cet automne et cet hiver, à quelques mois des élections présidentielles.

Jean-Michel Blanquer note qu'aux mesures mises en place l'an dernier s'ajoute désormais la vaccination dès l'âge de 12 ans. Cette arme est-elle suffisante pour faire comme si la situation épidémique n'avait pas changé avec l'arrivée du variant Delta ?

La moitié des mineurs de plus de 12 ans est vaccinée en France aujourd’hui essentiellement grâce au discours du président Macron du 12 juillet. Le gouvernement peut en effet s’en réjouir, mais c’est notoirement insuffisant pour prévenir une forte vague dans cette classe d’âge avec son lot de complications, d’hospitalisations et même de décès, alors que le vaccin protège particulièrement efficacement les jeunes. Ce renoncement d’instaurer l’usage étendu du passe sanitaire ou plus explicitement la vaccination obligatoire chez les plus de 12 ans risque d’avoir des conséquences sanitaires mais aussi sur la continuité scolaire que tout le monde pourrait regretter par la suite. Dans la logique du discours présidentiel de juillet, il aurait été plus cohérent d’exiger la vaccination des jeunes pour la rentrée, mais aussi bien sûr celle des enseignants et personnels au contact des élèves et de mieux sécuriser les écoles en matière de ventilation.

Sur l'installation de capteurs de CO2 et de purificateurs d'air, le ministre botte en touche et estime que "rien ne remplace le fait d'ouvrir les fenêtres". Comment expliquer cette réticence à installer ces appareils, ce qui a été fait en masse dans d'autres pays ?

Bien sûr, rien ne remplace l’ouverture des fenêtres et des portes pour aérer une pièce. Et cette mesure n’a aucun coût. Le capteur de CO2 permet juste de savoir quand on juge qu’une pièce est suffisamment aérée pour permettre d’y donner des cours à une classe de 25 ou 30 élèves avec un risque minimal de transmission du variant Delta. Sans capteurs on aère à vue, peut-être suffisamment, peut-être pas, et alors on fait courir des risques évitables aux élèves et à leurs enseignants. Ces capteurs sont des dispositifs peu onéreux. Au-delà d’un certain seuil, il est recommandé d’aérer davantage la pièce (salle de classe, cantine,…), et au-dessus de 1000 ou 1200 ppm d’évacuer les locaux mal ventilés. Une seule journée en réanimation évitée permet de financer plus de 40 capteurs de CO2 pour toute une année scolaire. Le coût d’un tel investissement est sans commune mesure avec le coût d’une nouvelle vague, qu’il peut contribuer à éviter, mais on voit aujourd’hui à quel point les Français et plus largement les Européens ont des difficultés à financer des dépenses simples de prévention dans cette pandémie alors qu’ils ne rechignent jamais à régler sur facture quitte à s’endetter lourdement pour financer les dégâts considérables que font les vagues successives.

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