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Régionales : mais pourquoi refuse-t-on de voir que le Front National ne cesse de monter ?
©Reuters

Au royaume des aveugles

Régionales : mais pourquoi refuse-t-on de voir que le Front National ne cesse de monter ?

On s'enveloppe dans la flanelle d'un déni douillet et confortable. Mais la flanelle ça se déchire facilement…

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Ouf nous avons évité la guerre civile ! C'est Manuel Valls, en mode hystérie contrôlée, qui la pronostiquait si le FN réussissait à s'emparer des quelques parcelles de notre territoire. Ouf le FN n'a gagné aucune région ! Nous avons évité les camps de concentration, le lynchage des Arabes et l'étoile jaune pour les Juifs. Dormez braves gens le marchant de sable est passé…

On nous ment ? Non c'est pire : ceux qui crient victoire se mentent à eux même. On nous cache quelque chose ? Non c'est encore plus grave : ceux qui tiennent les micros et accaparent les caméras ne savent pas, ne savent rien. La vérité est dans les chiffres. Et les chiffres, eux, ne mentent pas. Pour les trouver il faut de la patience et une loupe. Ils tiennent en quelques pauvres petites lignes enfouies dans la déferlante euphorique qui occupe tout l'espace.

Les voici. Au deuxième tour des Régionales 6,82 millions de voix se sont portées sur les candidats du FN. Au premier tour le parti de Marine Le Pen obtenait 6,01 millions de voix. Une progression constante qui lui fait réaliser le plus beau score de son histoire ! Au premier tour l'union de la droite obtenait, 5,82 millions de voix. L'union de la gauche devait se satisfaire, elle, de 5,08 millions de voix (compte tenu des désistements impossible de prendre le résultat du second tour en considération).

Avec ces chiffres on fait quoi ? Il faut les regarder les yeux ouverts, réfléchir à ce qu'ils révèlent et ne pas cracher sur 6,8 millions d'électeurs, c'est-à-dire sur le premier parti de France. Dans le brouhaha convenu des congratulations de la gauche et de la droite – "on a gagné, on a gagné !" – une voix lucide s'est fait entendre. Celle de Xavier Bertrand vainqueur dans le Nord Pas de Calais contre Marine Le Pen : "c'est notre dernière chance".

Il a raison. Oui c'est la dernière chance d'éviter que la Vème République sombre corps et biens, sabordée par la cécité des gouvernants et de ceux qui aspirent à les remplacer. Il est impossible politiquement, et inacceptable moralement aussi, que 6,8 millions d'électeurs se voient refuser toute existence et toute représentation. Vous allez les enfermer dans une cage que vous enfouirez dans les sous sols de la République ? Méfiez vous : un chat en cage peut se souvenir qu'il est un félin et devenir un lion.

Il faut, oui il faut, donner quelque chose aux électeurs du FN. Pas un os à ronger mais la reconnaissance nécessaire que leur vote vaut autant que tous les autres. Philippe Bilger, avec lequel je ne partage pas grand-chose, propose que dans ce but on abandonne le scrutin majoritaire pour revenir à la proportionnelle qui fit les beaux, et surtout mauvais, jours de la IVème République. J'y souscris.

Certes la proportionnelle a mauvaise presse : régime des partis et des apparentements, instabilité gouvernementale etc … Mais à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Rien n'est pire que de désespérer des millions de gens : nier leur existence c'est les enfermer dans le plus amer et le plus dévastateur des ressentiments. Petit rappel pour modérer les cris d'orfraie que ne manqueront pas de pousser les vestales de gauche et de droite du temple gaulliste. En 1986 Mitterrand instaura la proportionnelle dans le souci d'affaiblir la droite. 35 députés frontistes firent leur entrée à l'Assemblée Nationale. A leur tête il y avait un orateur de talent : Jean Marie Le Pen. Tribun populacier il vociférait et vociférait encore. Une belle et douce musique pour ses électeurs. Quant au Premier ministre de l'époque, Jacques Chirac, il avait suffisamment de députés (mais moins qu'au scrutin majoritaire) pour continuer à gouverner pénard et pépère.

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