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Rapport Lienemann sur les coopératives : quand l’aile gauche
du PS fait le lobbying des financiers irresponsables
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Le petit soir

Rapport Lienemann sur les coopératives : quand l’aile gauche du PS fait le lobbying des financiers irresponsables

Marie-Noëlle Lienemann a discrètement remis mercredi dernier un rapport sur les coopératives. On y trouve quelques propositions étonnantes venant d'une sénatrice socialiste marquée très à gauche.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann a discrètement remis, mercredi dernier, un rapport dont une lecture attentive est riche d’enseignements sur la capacité des moralistes contemporains à défendre consciencieusement les intérêts de ceux-là mêmes qu’ils prétendent pourfendre.

Ce rapport est intitulé : « Les coopératives en France : un atout pour le redressement économique, un pilier de l'économie sociale et solidaire ». Un titre qui sent bon la doctrine bobo sur la supériorité de l’économie sociale et solidaire.

Et quand on connaît Maire-Noëlle Lienemann, on se dit qu’il ne peut en être autrement. N’écrit-elle pas sur son site : « Après le grand cycle du libéralisme triomphant, doit venir le temps de la gauche ! »

On lira aussi, sur le même site et sous sa plume : « Devant les dérapages en série des banques européennes (mais visiblement partout dans le monde, mauvaises habitudes, produits à hauts risques, paradis fiscaux et secret bancaire, tricheries diverses, continuent de plus belle en dépit des déclarations faites lors de l’apparition de la crise financière) et les énormes difficultés des banques espagnoles, il a été décidé de confier à la BCE la responsabilité du contrôle des banques européennes, en tout cas de leurs situation. C’est plutôt un point positif. Il reste cependant essentiel de réformer en profondeur le système bancaire à tous les niveaux. »

Que de promesses et d’appels au grand élan populaire. Et que d’étonnement en lisant le rapport qu’elle fournit au Sénat.

Les banques espagnoles que Marie-No critique sur son site sont en effet majoritairement des banques mutualistes, coopératives donc, qui ont pris des risques inconsidérés sans aucun contrôle de la part des sociétaires, (les clients propriétaires de ces banques), ni même des administrateurs qui ont préféré fermer les yeux lorsqu’ils pouvaient pressentir le désastre. Assez légitimement, Marie-Noëlle Lienemann aurait pu, dans son rapport, se demander si un tel désastre est possible en France, et si oui, comment l’éviter.

On rappellera sans malice les quelques banques dont le secteur mutualiste français s’enorgueillit : les Banques Populaires, les Caisses d’Epargne (rassemblées dans le groupe BPCE, dont l’une des émanations, Natixis, a risqué la faillite en 2009), mais aussi les caisses régionales du Crédit Agricole, dont les investissements en Grèce et en Espagne s’avèrent autant de sources possibles de crise systémique pour la finance mondiale.

C’était donc pain béni, pour que Marie-No s’en donne à coeur joie dans son rôle de passionaria anti-libérale. Son rapport constitue pourtant un parfait exercice de soumission aux pires absurdités de la finance irresponsable.

C’est à peine si elle ose reconnaître que le groupe BPCE comme le Crédit Agricole n’ont plus de mutualiste que le nom, et s’asseyent allègrement sur le pouvoir des sociétaires. Le sujet est évoqué sous une forme stratosphérique : « une certaine banalisation du secteur de la finance coopérative et le risque de dépossession du pouvoir des sociétaires ».

Je passe sur le gloubi-boulga pharisien contenu dans le rapport et destiné à minimiser au maximum les risques inconsidérés pris par le Crédit Agricole sur les marchés étrangers sans jamais en informer les sociétaires. L’indignation de Marie-No est sélective : quand le Crédit Agricole foule aux pieds le droit de ses clients, c’est une imperfection. Quand un banquier capitaliste commet une erreur de gestion, c’est un crime contre l’humanité.

J’en viens au plus croustillant : la servilité avec laquelle Marie-No reprend à son compte les exigences les plus farfelues des banques coopératives dont elle connaît pourtant les errances et qu’elle a auditionné pour rédiger son rapport.

Par exemple, on lit dans le rapport : « Une seconde voie pour rétablir le pouvoir des sociétaires au coeur de la gouvernance des groupes bancaires coopératifs est d'interdire ou, à tout le moins, de limiter sévèrement la présence des administrateurs indépendants au sein des conseils d'administration des organes centraux ».

Alors que l’ensemble des analystes reconnaît que la crise de 2008 ne se serait pas produite si des administrateurs vraiment indépendants avaient fait leur travail dans les conseils d’administration, Marie-No propose la mesure pro-crise par excellence : recentrer la décision bancaire sur les sociétaires, qui ne connaissent évidemment rien aux gestions d’actifs. C’est-à-dire donner un blanc-seing aux exécutifs des banques pour faire les placements de leur choix sans aucun contrôle, et avec la validation purement formelle d’administrateurs choisis sur des motifs politiques.

Surtout, Marie-No propose une mesure phare : « Veiller à ce que la définition des normes comptables ne désavantage pas les banques coopératives », qui est un copier-coller des revendications bancaires. Les banques mutualistes sont en effet menacées par la réglementation prudentielle de Bâle 3, qui leur interdira d’utiliser les fonds apportés par les sociétaires, qui sont remboursables (la part remboursable) comme des fonds propres. Dans la mesure où cet argent appartient aux sociétaires, le comité Bâle 3 considère que les banques ne peuvent en disposer comme s’il s’agissait d’un investissement non remboursable.

De fait, sur cette question, c’est le sens même de la coopérative qui est en jeu : les sociétaires sont-ils de simples actionnaires qui perdent leur mise de fond quand l’entreprise fait faillite, où bien portent-ils une autre vision de la banque, fondée sur une adhésion libre et qui ne peut donner lieu à une spéculation pour compte propre ?

Marie-No a choisi son camp : celui de la défense becs et ongles d’un modèle de coopérative où les sociétaires sont considérés comme des actionnaires. Marie-No propose donc que le gouvernement se dote d’une cellule spéciale pour défendre les positions de nos banques mutualistes dans les négociations internationales.

Ou comment on transforme l’aile gauche du PS en caisse de résonance des capitalistes les moins responsables d’aujourd’hui.

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