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Tout ne va pas mal en France.
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On fait le bilan

Racisme, insécurité, pauvreté, pollution... ce qui s'est amélioré sur ces fronts depuis 40 ans en France

N'en déplaise aux Cassandre, en quelques décennies, la France a vu le sentiment raciste diminuer, les vols à main armée fondre à vue d'œil, le nombre de personnes pauvres décliner et la qualité de l'environnement direct s'améliorer.

Atlantico : Dans une interview aux Inrockuptibles, Robert Badinter estime qu'à l'échelle de l'histoire, les violences racistes et antisémites étaient bien pires dans le passé qu'à l'heure actuelle. Êtes-vous d'accord avec cette affirmation ? Est-elle confirmée par les chiffres ?

Ghylain Chevrier : Les chiffres, c'est surtout l'indice de tolérance publié chaque année par Sciences Po. Il est très clair que, depuis 30 ans, il y a un recul majeur du racisme en France. Cette diminution est surtout le fait d'une baisse du racisme dit ethnique. Ce que l'on a vu avec le dessin de Mme Taubira représentée en singe ou la une de Minute sont des événements très résiduels. Les mentalités, comme les mœurs et les relations, évoluent. L'intégration joue son rôle, exactement comme l'ascenseur social. 7 % des couches intermédiaires étaient composées de personnes de première génération issue de l'immigration. Pour la deuxième génération, on était à 14 % !

Aujourd'hui, il y a toujours un décalage au niveau du chômage mais il ne faut pas oublier que, chaque année, 200.000 personnes pas ou très peu qualifiées, et donc plus sujettes au chômage que les autres, arrivent en France. Ce n'est pas un problème de discrimination car on a fait des efforts énormes, par exemple en matière de politique de la ville pour favoriser un traitement égal de tous. A un autre niveau, la création de la HALDE a permis d'agir contre les discriminations.

Malek Boutih, co-fondateur de SOS Racisme, considère lui-même qu'il y a moins de racisme en France aujourd'hui qu'il y a quelques années. Il prend notamment pour exemple la hausse des couples mixtes. Autre exemple : regardez le classement des personnalités préférées des Français. Qui trouve-t-on en tête ? Omar Sy, Gad Elmaleh, Jamel Debbouze… 8 personnes sur les 10 premières sont issues de l'immigration.

Il faut donc vraiment arrêter de parler d'une France raciste. 

Est-ce que la France est un pays plus sûr aujourd'hui qu'auparavant en matière de sécurité ? L'insécurité est-elle en baisse en France ? Est-ce que cela est confirmé par les chiffres ? 

Christophe Soullez : Il est impossible de répondre à cette question. Car, quand on évoque le terme "auparavant", de quelle époque parle t-on ? Du Moyen-Âge, du siècle des Lumières, du XIXème siècle, de l’après Seconde guerre mondiale ou des années 80 ? Donc notre pays est bien entendu plus sûr que durant les siècles précédents. Il n’y a jamais eu aussi peu d’homicides en France. Les vols à main armée sont moins nombreux. A chaque époque correspond de nouvelles formes de criminalité car les délinquants s’adaptent, trouvent de nouvelles cibles, recherchent de nouvelles opportunités, etc. A compter des années 1970 le trafic de stupéfiants émerge et est aujourd’hui l’un des enjeux majeurs en termes de sécurité. Internet a ouvert un nouveau champ d’activités.

De même la parole se libère et donc si parfois les statistiques policières augmentent, notamment dans le domaine des violences aux personnes, ce n’est pas nécessairement parce qu’il y a plus d’actes mais parce que les victimes déposent plainte plus facilement. Par exemple, les violences au sein du ménage ont souvent tendance à rester cachées – 10 % seulement des victimes déposent plainte – et pourtant elles représentent près de 50 % des violences déclarées par les victimes.

La criminalité, ce sont des cycles qui ne répondent pas toujours aux cycles politiques, médiatiques, ou autres. Ainsi certains phénomènes peuvent baisser, puis repartir à la hausse, etc. Il en est par exemple ainsi des cambriolages. Ils ont baissé de manière importante entre 2002 et 2009 et depuis ils sont de nouveau en hausse car de nouveaux acteurs criminels ont émergé, notamment des réseaux criminels organisés regroupant souvent des individus issus des Balkans, et qui ont fait de cette infraction leur spécialité. Pour les vols à main armée dont on parle beaucoup en ce moment, ils ont baissé de 2002 à 2007, puis ont à nouveau augmenté jusqu’en 2009, puis baissé jusqu’à 2012. En 2013 ils seront en légère hausse. Mais les 5 300 vols à main armée enregistrés aujourd’hui n’ont rien à voir avec les 9 300 qui étaient constatés entre 1995 et 2002.

Notre société est aussi moins tolérante et accepte beaucoup moins les risques qu’à d’autres siècles. Nos concitoyens attendent aussi beaucoup de l’État, ce qui est normal, mais ont parfois tendance à oublier que le crime est inhérent à toute société. Le rôle de l’État est de tout mettre en œuvre pour qu’il y en ait le moins possible. Mais, soyons clair, il y aura toujours des vols et des meurtres.

Chaque époque a connu ses bandes de jeunes ou ses organisations criminelles, Apaches, Blousons noirs, Grandes Compagnies, les écorcheurs, les chauffeurs, la bande à Bonnot, etc. Et à chaque fois l’État a du réagir. Ainsi, souvenons nous, à la fin du XIXème siècle, lorsque l’État est accusé d’incompétence face aux vols à main armée à répétition, Georges Clémenceau va créer les Brigades mobiles de police judiciaire, l’ancêtre de notre police judiciaire actuelle. Lorsque les polices municipales vont se trouver dans l’incapacité de répondre à l’augmentation de la délinquance dans les années 1920, l’État va progressivement étatiser la police. L’Etat s’est principalement construit parallèlement à ses réactions au crime.

Aujourd’hui notre société est confrontée à une nouvelle période mettant en exergue plusieurs phénomènes : les luttes de territoire et de domination autour du trafic de stupéfiants, la prégnance des violences conjugales que l’on découvre de plus en plus, une criminalité organisée atomisée et donc plus difficilement contrôlable, la naissance de nouvelles bandes organisées écumant l’Europe pour des faits de vols sans violence et une aggravation de la violence de certains mineurs.

Notre pays se situe dans la moyenne des pays européens en matière de criminalité. Nous avons plus de problèmes que les pays du Nord, mais autant qu’en Espagne ou en Italie. Par ailleurs certains phénomènes touchent toute l’Europe, comme les cambriolages.

Il est d’autant plus difficile de répondre à votre question que la criminalité est un phénomène complexe regroupant une variété d’infractions plus ou moins graves et que l’insécurité n’est pas ressentie de la même manière par chaque personne.

Même avec la crise économique, notre pays  bénéficie de meilleures conditions de vie et les gens vivent de manière plus confortable aujourd'hui qu'il y a 40 ans. Y a-t-il moins de pauvres qu'auparavant en France ? Qu'est-ce qui explique cette évolution ? Cette tendance est-elle vérifiable par les chiffres ?

Michel Godet : L'histoire de la pauvreté est assez discutable parce qu'en fait, telle qu'elle est définie en France, sont pauvres ceux qui gagnent moins de 60 %  du revenu médian, soit environ 1000€ par mois : si par un coup de baguette magique on doublait  le salaire de tous les Français, on ne diminuerait  pas pour autant le nombre de pauvres ! L’indicateur de pauvreté monétaire relative est donc un indicateur d’inégalité .

La pauvreté a diminué depuis 30 ans. 14 % des Français vivent sous le seuil de pauvreté ; on était à 18% en 1970. Nous sommes revenus au niveau de 1990 alors qu'on était descendu à 13% en 2008. Pour autant, nous sommes inférieurs de 2 à 3 point à la moyenne européenne qui est à 17%. Nous sommes dans un pays où il y a moins de pauvreté monétaire  relative que dans le reste de l'Europe.

En outre, les pauvres d'aujourd'hui  ont vu leur niveau de vie augmenter, comme les autres. Les pauvres d'aujourd'hui sont plus riches qu'avant puisque le PIB par habitant a augmenté depuis 1980 de 50 %. Relevons qu’il baisse de 0,2 % par an  depuis la crise de 2008. La France travaille moins et crée aussi moins de richesses que ses partenaires.

De plus, les inégalités ont baissé en France entre les 10 % des plus riches et les 10 % des moins riches. Entre 1985 et 2005, cet écart est resté dans un rapport (coefficient de Gini) de 1 à 6 en France contre 1 à 9 dans le reste de l'OCDE. La France fait même partie des rares pays où ce fameux coefficient de Gini a baissé entre 1985 et 2005. Alors qu'il a augmenté aux Etats-Unis, en Norvège, en Allemagne, en Finlande. C'est contraire aux idées reçues en la matière.

D'une manière générale, les conditions de vie ont considérablement évolué. La proportion de logements sans confort, qui était de 25%, est devenue résiduelle. La surface moyenne par personne (plus de 40 m2 aujourd’hui) a presque doublé depuis 1970.  C'est ce que j'avais montré dans mon livre "La France des bonnes nouvelles", à partir d'un comparatif établi par la revue Population & Avenir. Si on compare la vie d'une Française en 1950 et la vie d'une Française en 2010, la situation n'a plus rien à voir. Un exemple parmi d'autres : en 1950, de nombreuses maladies étaient encore incurables alors qu'aujourd'hui ce terme n'est quasiment plus usité.  On a gagné 5 ans en espérance de vie et on va en gagner encore 4 de plus d'ici 2035, cela vaut le coup d'attendre.

La protection de l'environnement n'a semble-t-il jamais été aussi présente dans notre quotidien. La lutte contre la pollution est-elle meilleure aujourd'hui qu'il y a 40 ans ?

Michel Godet : Évidemment, et cela est valable dans plein de domaines. La protection de l'eau est beaucoup plus importante à l'heure actuelle : les rivières sont beaucoup plus propres aujourd'hui qu'hier. Il y a une politique de l'eau qui a commencé dans les années soixante avec  la création des agences de bassin.

Il y avait également une pollution de l'air beaucoup plus forte. Elle a grandement diminué, notamment parce que les industries, et particulièrement les industries lourdes, ont été délocalisées à l'étranger.

Les parcs naturels ont également été créés durant cette période. C'est une grande avancée qui a permis de préserver des zones entières. Dans la même idée, on a réintroduit des espèces qui avaient disparu comme les ours, les loups. Certains s'en plaignent mais, pour ma part, je trouve cela  très bien. On a pris conscience qu'il fallait respecter la biodiversité. Autre exemple : le temps du charbon est terminé, révolu, sauf si les écolos nous font arrêter les centrales nucléaires, comme en Allemagne pour produire de l’électricité avec du charbon américain importé. Ces avancées ne sont pas garanties avec les positions des "khmers verts".

Les gens subliment le passé parce qu'ils étaient jeunes. C'est un biais naturel qu'on a en vieillissant : c'était mieux quand on était jeune précisément parce qu'on était jeune !

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