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Seuls 30% des Français envisagent de se faire vacciner contre la grippe saisonnière cette année.
Seuls 30% des Français envisagent de se faire vacciner contre la grippe saisonnière cette année.
©Reuters

Aïe !

Qui sont ces Français qui ne se feront pas vacciner contre la grippe ?

D'après un sondage IFOP-PHR publié par le Figaro, sept Français sur 10 envisagent de ne pas aller se faire vacciner contre la grippe. Pourtant, le vaccin ne consiste pas uniquement à se protéger, mais également à protéger les autres. C'est ce qu'on appelle l'immunité grégaire, qui permet de stopper la propagation d'une épidémie. Pour la grippe spécifiquement, il faut un taux d'au moins 75% de vaccinés pour éviter que la pathologie ne se répande.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : D'après un sondage IFOP-PHR publié dans le Figaro, seuls 30% des Français envisagent de se faire vacciner contre la grippe saisonnière cette année. Qui sont, aujourd'hui, les Français qui ont recours au vaccin et ceux qui l'évitent ?

Stéphane Gayet : La vaccination est une méthode de prévention de certaines maladies infectieuses qui a largement fait la preuve de son efficacité. C'est en grande partie grâce à elle que la variole, la poliomyélite antérieure aiguë, la diphtérie, le tétanos, la rougeole, la coqueluche, l'hépatite virale B, la fièvre jaune ou encore la méningite à méningocoque ont beaucoup régressé, sans parler des maladies animales comme la rage et la maladie de Carré. Les personnes qui contestent aujourd'hui l'intérêt des vaccins sont mal renseignées ou de mauvaise foi.

Mais la vaccination antigrippale occupe une place vraiment à part au sein de cet arsenal préventif. Ce vaccin pâtit d'une mauvaise réputation qui est en majeure partie non justifiée. Elle concerne trois aspects : sa tolérance, son efficacité et son éventuelle dangerosité. Sur le plan de la tolérance, une petite douleur peut survenir au point d’injection. Il existe parfois des réactions générales : fièvre modérée, mal de tête, malaise, nausées et douleurs musculaires, autant de symptômes qui évoquent un état grippal modéré. Ces manifestations sont le plus souvent bénignes et de courte durée (un à deux jours, voire trois).

Toutefois, cela ne survient que chez un peu plus de 10 % des sujets. D’autres réactions sont possibles, mais restent très rares. C’est dire que la grande majorité des personnes vaccinées ne présentent pas de manifestations désagréables après cette vaccination. En revanche, l’administration du vaccin antigrippal s’effectue en période de diffusion de virus respiratoires autres que le virus de la grippe et non ciblés par ce vaccin : il arrive que des personnes vaccinées attribuent au vaccin grippal des symptômes liés en réalité à une infection virale concomitante et proche de la grippe. Sur le plan de l'efficacité, si elle est difficile à déterminer précisément, elle serait de l’ordre de 60 à 90 %, selon les vaccins et les catégories de personnes. Mais elle diminue chez les personnes âgées et celles qui souffrent d’une maladie chronique. En 2014, la circulation d'une souche virale A-H3N2 bis - modifiée par rapport à la souche A H3N2 utilisée pour préparer le vaccin grippal 2014-15 - a provoqué une baisse d'efficacité de la vaccination, contribuant à réduire la confiance en ce vaccin. Sur le plan de l'éventuelle dangerosité, une présomption de toxicité liée à des d'adjuvants de l'immunité s'est constituée en automne 2009 au début de la campagne de vaccination. Elle était très exagérée, mais a nui à l'adhésion à la vaccination antigrippale.

Aujourd'hui, les personnes qui se font vacciner contre la grippe sont les personnes à risque avéré de grippe grave. Il s’agit, d’une part, des personnes âgées de 65 ans et plus, d’autre part, des individus, y compris les enfants à partir de l’âge de 6 mois et les femmes enceintes, atteints d’une maladie chronique assez invalidante, dont voici une liste très résumée : affection broncho-pulmonaire évoluée, insuffisance cardiaque grave, maladie rénale sévère, atteinte neurologique lourde, drépanocytose, diabète de type 1 ou de type 2, déficit immunitaire primitif ou acquis. Il faut leur ajouter les individus qui séjournent dans un établissement de soins de suite ou dans un établissement médico-social d’hébergement, ainsi que l’entourage familial des nourrissons de moins de 6 mois prématurés, atteints de broncho-dysplasie, de cardiopathie congénitale ou de déficit immunitaire congénital.

Les personnes qui évitent le vaccin sont celles qui en ont une mauvaise image, pour les raisons que nous avons vues : il y a celles qui contestent son intérêt, celles qui craignent son éventuelle nocivité, celles qui estiment ne pas en avoir besoin en raison de leur soi-disant immunocompétence et celles qui se méfient des vaccins d'une façon générale.

La tendance à la baisse de la vaccination s'ancre dans la durée. Quelles sont les raisons de ce désamour des vaccins en France ?

Nous sommes à une époque où tout un chacun discute, remet en question ou même conteste des méthodes aussi validées scientifiquement et éprouvées que les vaccinations. C'est dans l'air du temps : des groupes d'influence anti-vaccins se sont constitués et, qui plus est, comptent dans leurs rangs des professionnels de santé, dont des médecins. Les vaccins sont accusés de tous les maux, y compris celui de ne pas être efficaces. On a le droit de douter de tout, mais il faut quand même faire preuve de sérieux. C'est par la vaccination que la variole, la poliomyélite antérieure aiguë et la diphtérie ont pu disparaître de France après avoir donné des épidémies ravageuses. C'est aussi par elle que tétanos et rougeole ont si efficacement régressé. Comment peut-on encore douter de leur intérêt ?

Ce désamour s'est intensifié du fait d'erreurs de communication au sujet du vaccin contre l'hépatite B et du vaccin antigrippal. Il vient également de courants d'inspiration écologique qui considèrent que l'individu en bonne santé, par hypothèse immunocompétent, n'a pas besoin de vaccins et doit au contraire faire son immunité naturellement, sans stimulation.

Au sujet des vaccins les plus contestés, le vaccin anti-hépatite B est très efficace, bien toléré et n'a jamais été scientifiquement rendu coupable de favoriser une sclérose en plaques. Son rapport bénéfices sur risques est tout à fait excellent, tant à l'échelle individuelle qu'à celle de la population. On pourrait prendre bien d'autres exemples.

Il est non seulement déraisonnable, mais vraiment dangereux de contester l'intérêt des vaccins aujourd'hui. Bien sûr, il y aura toujours des effets secondaires et parfois très sérieux. Mais le risque fait partie intégrante de toute thérapeutique préventive ou curative. On travaille en permanence à s'efforcer de le réduire au maximum.

La majorité des Français s'estiment "bien renseignés" sur le vaccin, pourtant ce sondage semble prétendre l'inverse. N'y a-t' il que des risques individuels à ne pas se faire vacciner ? Pourquoi ?

Il est très difficile pour tout un chacun qui n'est pas de profession sanitaire ni scientifique de s'y retrouver dans le foisonnement des informations qui circulent sur internet. Il faudrait déjà savoir effectuer une requête sérieuse et fiable avec un moteur de recherche, c'est-à-dire une requête en mode avancé avec des paramètres fixés judicieusement. En France, l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) est le site de référence pour les vaccinations. Les informations sont neutres, valides et actualisées. Il s'y trouve de nombreux documents.

Les risques à ne pas se faire vacciner sont à la fois individuels, familiaux et collectifs. Les vaccins contre la coqueluche, la rougeole et la grippe, pour citer les plus typiques, sont indiqués pour protéger des sujets à risque, non seulement en les vaccinant, mais aussi en vaccinant leur entourage qui est plus réceptif au vaccin, car immunocompétent. C'est vrai au sujet des établissements de santé ainsi que des établissements médico-sociaux et des familles. Sur le plan des populations, la vaccination de masse peut permettre, dans certaines conditions, de réduire suffisamment la circulation d'un virus ou d'une bactérie pour faire régresser nettement l'incidence (nombre de nouveaux cas par unité de temps dans une population donnée) et la prévalence (nombre de cas à un moment donné dans une population donnée) d'une maladie infectieuse dont le réservoir est uniquement humain.

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