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Qui fait quoi pendant les vacances de printemps ?
©Reuters

Départs

Qui fait quoi pendant les vacances de printemps ?

Les vacances de printemps commencent ce week-end pour la zone C. Mais selon un sondage Ifop, moins d'un quart des Français (23%) partiront cette année.

Jean Viard

Jean Viard

Jean Viard est directeur de recherches CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Il est spécialiste des temps sociaux (les 35 heures et les vacances), des questions agricoles et de l'aménagement du territoire. 

Il est l'auteur de Penser les vacances (Editions de l'Aube, 2007), et Eloge de la mobilité : Essai sur le capital et la valeur travail (Editions de l'Aube, 2008) et plus récemment de : La France dans le monde qui vient aux Editions de l'Aube.

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Atlantico : Ski, mer, campagne, étranger, en famille ou en solo... Quelles sont les activités et les destinations favorites dans Français pour les vacances de printemps ? Les sites touristiques Français sont-ils toujours prisés ?

Jean Viard : Peu de personnes vont partir en vacances. Moins d'un quart des Français (23%) partiront en vacances lors des prochains congés scolaires de Pâques, selon un sondage Ifop. Ils étaient 25 % en 2012 et 22 % en 2013. La crise a aussi un impact sur la durée des congés. Cette année, près d'un Français sur deux compte partir moins d'une semaine.

Le budget moyen est aussi en recul de 25% par rapport à celui de l’année dernière selon ce même sondage.

Les vacances de printemps se caractérisent par une forte utilisation des résidences secondaires. En France, 11% des maisons sont des résidences secondaires. Si l’on tient compte du fait que ces résidences sont partagées au minimum par deux générations, on peut évaluer à 40% les Français qui utilisent une résidence secondaire. C’est un chiffre très important.

La période du ski est passée, et celle des vacances d’été en bord de mer n’est pas encore arrivée. Les vacances de printemps ne sont donc pas marquées par une pratique dominante et structurante.

De plus en plus de Français habitent dans des zones touristiques. Ils n’ont pas besoin de partir pour être en vacances : ils vont se balader, jouer sur la plage sans forcément se baigner lorsque l’eau est trop fraiche, se faire bronzer, ils vont avoir des pratiques de vacances. La population française se déplace massivement vers les grandes régions touristiques pour y vivre à l’année. Ces personnes partent peut-être moins, mais peuvent conserver des pratiques de vacances.

Les vacances d’aujourd’hui sont devenues plus culturelles qu’avant. Les grandes stations de bord de mer des années 1970 fonctionnaient sur le modèle « sea, sex and sun ». On mangeait, on prenait le soleil. Aujourd’hui, les gens vont moins à la plage. C’est pourquoi le tourisme dans les zones à forte charge culturelle fonctionne mieux. Les stations près de Montpellier fonctionnent mieux qu’ailleurs, car les gens se rendent à la ville le soir.

Anciennement appelées "vacances de Pâques", elles ont été rebaptisées "vacances de printemps" en 1981 lors de la déchristianisation. Ces vacances gardent-elles une trace de leur origine religieuse ? Est-ce toujours l'occasion de grandes réunions familiales, autour d'un gigot d'agneau rôti accompagné de flageolets comme le voulait la tradition ?

Il s’agit souvent de réunions familiales, avec la présence des grands parents et des petits enfants qui leurs sont souvent confiés dans des résidences secondaires, tout du moins dans les milieux bourgeois.

Historiquement, les vacances de Pâques comportent une dimension religieuse, qui renforce l’aspect familial dans les milieux catholiques.

Destination, hébergement, temps de vacances... En cette période de crise, les habitudes des Français ont-elles changé ? Les séjours sont-ils raccourcis ? Les Français privilégient-ils les séjours non marchands, chez la famille ou les amis ? Quelle proportion de Français ne partent pas du tout en vacances ?

On constate une augmentation inquiétante du nombre de personnes qui ne partent jamais, ainsi qu’une augmentation du nombre de jeunes qui ne sont jamais partis. Or, je pense que les vacances sont un facteur d’intégration. Un jeune qui n’a jamais quitté sa banlieue n’est pas intégré.

On peut distinguer trois groupes de populations en matière de départ en vacances :

  • 30% des Français partent 5 à 6 fois par an.
  • 40% des Français ne partent jamais.
  • Entre les deux, un groupe de 30% de Français partent une fois par an.

 

Les chiffres de diminution des départs en vacances peuvent signifier différentes choses. Si ce sont les Français qui partent 6 fois par an qui partent moins, c’est ennuyeux économiquement pour les hôteliers mais ce n’est pas très grave d’un point de vue culturel. Mais s’il s’agit ne ceux qui ne partaient qu’une seule fois, cela reconstruit de l’exclusion sociale. C’est une vraie question politique et en principe un gouvernement de gauche devrait s’en emparer. Ce sont tout de même eux qui ont inventé les congés payés.

Quelles sont les disparités en termes de choix de vacances selon les différentes catégories socio-économiques ?

Les catégories défavorisées ne partiront pas aux vacances de printemps. La plupart des Français partent l’été. Les bonnes années, avant la crise, les couches moyennes, les personnes qui gagnent 1500 euros par mois, partaient de temps en temps un week end à proximité de l’été, au printemps ou à l’automne, sans emmener nécessairement leurs enfants, lors un petit week-end de pont de mai en amoureux par exemple, en complément des vacances d’été.

Peu de personnes partent à l’étranger au printemps, ce sont plutôt des vacances familiales. De plus, la crise dans le monde arabe a provoqué un effondrement du tourisme dans les pays d’Afrique du Nord qui représentaient des destinations à l’étranger abordables en termes de prix. La Tunisie et le Maroc, ou les clubs de vacances étaient très populaires, sont des destinations moins attractives car devenues risquées.

Ces destinations ont été remplacées par des voyages Espagne, qui sont plus chers, ou en Croatie ou en Yougoslavie. Le tourisme français également profite depuis quelques années de la crise du monde arabe. Les gens vont moins à l’étranger et donc davantage en France. Mais le tourisme français n’a pour l’instant pas su saisir cette opportunité pour se réinventer, améliorer l’offre, en relançant les stations du Languedoc des années 1970 par exemple.

Les responsables politiques ne s’intéressent plus aux vacances, et semblent ne plus se préoccuper du fait que la population puisse partir. Le départ en vacance n’est plus une question politique, il y a vingt ans, un ministre aurait été chargé de la question et aurait annoncé publiquement les mauvais chiffres de départ en vacance.

Fleur Pellerin est secrétaire d'Etat au Commerce Extérieur, au Développement du Tourisme et aux Français de l'Etranger. En réalité, elle travaille donc sur le créneau des touristes étrangers. Les départs en vacances des enfants de Bondy, personnes au gouvernement ne semble s’en soucier.

Il faut mettre en place une politique du premier départ en vacances pour les jeunes défavorisés. Je plaide depuis longtemps pour que tous les jeunes reçoivent un pass à 16 ans pour visiter la France gratuitement pendant 8 jours, avec transports gratuits, pour recréer de grands imaginaires touristiques. Après les colonies de vacances des années 1930, il faut réinventer de nouvelles formes d’initiations, véhicules de valeurs et facteur de construction identitaire.

 

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