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Vendredi 10 janvier, la vitesse maximale sur le périphérique est abaissée de 80 à 70 km/h.
Vendredi 10 janvier, la vitesse maximale sur le périphérique est abaissée de 80 à 70 km/h.
©Flickr / MPD01605

Vroum

Impact zéro pour la pollution, le bruit ou le danger : mais quelles sont donc les vraies raisons derrière l'abaissement de la vitesse maximale à 70km/h sur le périphérique ?

Vendredi 10 janvier, la vitesse maximale sur le périphérique est abaissée de 80 à 70 km/h. Entre prévisions contraires et inquiétudes, les résultats à venir laissent donc planer un important doute sur la justification de cette mesure très contestée.

Pierre Chasseray

Pierre Chasseray

Pierre Chasseray est délégué Général de l'association 40 Millions d'automobilistes.

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Atlantico : Quelles autres raisons se cachent derrière les arguments avancés par les politiques que sont la baisse de la pollution, la réduction du risque d'accidents et l'amoindrissement du niveau de décibels ?

Pierre ChasserayDéjà, avant tout, je voudrais préciser que ces arguments avancés par la ville de Paris ne tiennent pas debout. Ils sont tous contestables les uns après les autres. Pour ce qui est de la position de ce que ça cache, ça cache surtout une mesure qui est purement électoraliste. Il s'agit avant tout de séduire un ultra-microcosme-parisianiste-autophobe qui fait partie d'un électorat potentiel et dont la mairie de Paris aujourd'hui ne peut pas se passer. Il faut rappeler que Europe Ecologie-Les Verts souhaitait un périphérique à 50 km/h et que le maire de Paris a tranché en faveur d'un consensus mou qui voudrait qu'il y ait un geste en faveur des verts en baissant à 70 km/h mais ça ne sert à rien ! Ça ne sert à rien parce que personne n'est satisfait de cette mesure.

Selon les experts, l'abaissement va réduire un peu le volume sonore et la pollution de l'air mais cela ne constitue qu'un petit pas face à ces nuisances. Karine Léger, ingénieur à l'association Airparif, précise que "la limitation de la vitesse aura un effet d'abord pour les automobilistes, qui sont les premiers concernés par la pollution, et les gens vivant près du périphérique. Mais à l'échelle de la région parisienne, cela n'aura pas un grand effet". Alors pourquoi abaisser la vitesse maximale sur le périphérique de 10 km/h ? Cette mesure aura-t-elle, concrètement, l'impact positif dû aux trois raisons citées ci-dessus, qu'on lui allègue ?

On l'a dit, ces trois mesures ne tiennent pas la route, tout court.

Prenons l'argument des décibels : la baisse engendrée va être de 1 décibel. Or, 1 décibel est considéré comme imperceptible pour l'oreille humaine. Pour que l'oreille humaine puisse entendre un changement, il faut un minimum de 3 décibels.

Ensuite, sur l'aspect écologique : on parle d'un abaissement de 5 % des émissions carbones. On oublie de dire que déjà ce chiffre est contesté par les études elles-mêmes et, notamment, certaines par le ministère de l'Ecologie en direct. On oublie également de dire que la baisse de la limitation de la vitesse sur le périphérique engendre une augmentation de beaucoup d'autres polluants comme le Bozen qui est un polluant tout aussi néfaste que peuvent l'être les autres. Ça, on ne le dit pas ! Ainsi, il n'y a pas d'effet en termes d'écologie. C'est un effet de balancier mais qui va dans le mauvais sens. On va faire exploser un certain nombre de polluants dont évidemment on ne parle pas car ça ne rentre pas dans l'argumentaire de la mairie de Paris aujourd'hui.

Enfin, sur la sécurité routière, c'est encore plus faux. On nous annonce une baisse de 65% des accidents mortels. Mais comment en est-on arrivés à ce chiffre ? Il ne correspond à aucune réalité en termes d'accidentalité. Il n'y a aucun accident mortel sur les périphériques dont la cause est la vitesse comprise entre 70 et 80 km/h. C'est bien la preuve, par A + B, qu'il n'y a absolument aucun intérêt et qu'on est uniquement sur une mesure électoraliste qui tombe, comme par enchantement, à quelques semaines des élections municipales et en pleine campagne.

Comment expliquer que cette décision ait été prise sans concertation et études approfondies au préalable ? Risque-t-on de voir apparaître, a posteriori, des effets néfastes suite à cet abaissement ?

La preuve que l'on est allé sur un ultra-dogmatisme : il n'y a eu aucune étude d'impact. Que va-t-il se passer si on abaisse de 10 km/h ? Certains usagers ne vont-ils pas être tentés d'emprunter Paris intra-muros plutôt que d'emprunter le périphérique parisien ? On ne sait pas, aucune étude n'a été réalisée. C'est une mesure qui est prise à la va-vite pour satisfaire un électorat mais qui ne trouve aucun fondement que ce soit en terme d'écologie, de bruit, de fluidité, de sécurité et - on n'en parle jamais - d'économie.

Le prix d'un panneau de signalisation étant de 150 euros hors taxe, le coût total de l'opération s'élève à 22 500 euros. Pourtant, Rémy Prudhomme, ancien professeur d'économie à l'université Paris XII et spécialiste des finances publiques et des transports, estime à 101 millions d'euros annuels l'impact du changement du fait du temps accru passé sur le périphérique. Que faut-il penser d'une pareille information ?

Vendredi 10 janvier va effectivement sortir une étude sous la plume de Rémy Prudhomme. Il évalue à 101 millions d'euros annuels le coût pour l'économie française d'un abaissement de la limitation de vitesse sur le périphérique parisien. Nous ne sommes pas face à quelqu'un qui cherche à manipuler des chiffres ou qui a un intérêt quelconque dans la manipulation des chiffres. Non, c'est un chiffre froid, clair, objectif, sur l'impact en termes d'économie. Quand on connait le contexte économique actuel français, on a du mal à comprendre une seule seconde qu'on mette ainsi un coup supplémentaire à l'économie.

Pour terminer sur une note optimiste, je voudrais dire que 40 millions d'automobiliste ne lâchera pas. On continuera aussi longtemps qu'il le faut mais ce que je peux vous garantir c'est que le périphérique rebasculera de toute façon au moins à 80 km/h. Pourquoi ? Parce que c'est le bon sens qui veut ça. Parce qu'on va vite se rendre compte que l'effet escompté n'est pas au rendez-vous. A ce moment là on ne pourra plus perdurer dans un mensonge aux Français. Il faudra bien constater que la baisse de la limitation de vitesse sur le périphérique n'a engendré aucun effet positif mais que des effets négatifs.

Ce qui est le plus dommage dans cette mesure c'est qu'on va changer l'image de Paris. En effet, sur le bord du périphérique il y a aussi des radars. Un radar calibré à 70 km/h sur une route initialement à 80, en pleine nuit, va évidemment flasher. J'ai l'impression qu'on va transformer Paris "ville lumière" pour sa culture par Paris "ville scintillante " pour ses flashs (qui n'auront d'ailleurs aucun intérêt en termes de sécurité routière puisqu'ils ne correspondent pas à un enjeu de sécurité routière sur cette limitation de vitesse). Encore une fois, on va renforcer l'impression des Français sur le radar qui est là pour piéger les gens, pour sur-flasher et pour faire de l'argent.

Propos recueillis par Marianne Murat

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