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Les femmes ont tendance à médire les unes des autres.
Les femmes ont tendance à médire les unes des autres.
©Reuters

Mythe

Quelle solidarité féminine ? La salopitude grandissante des femmes les unes envers les autres

Les groupes qui se sentent vulnérables ou injustement traités ont toujours la logique de se battre au sein du groupe pour essayer de s'en sortir plutôt que de se battre contre "l'ennemi". La femme peut ainsi se révéler être un loup pour la femme.

Sophie  Bramly

Sophie Bramly

Sophie Bramly a été photographe et est maintenant productrice de télévision. Elle est aussi créatrice du site secondsexe.com, un portail dédié au plaisir au féminin. Elle a publié avec le Professeur François Olivennes Tout ce que les femmes ont toujours voulu savoir sur le sexe et enfin osé le demander.

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Atlantico : Une étude réalisée par des chercheurs de McMaster University en Ontario souligne la tendance des femmes à médire les unes des autres (lire ici). En clair, à pratiquer l’agression indirecte. Les critiques se portant généralement sur les femmes aux mœurs considérées comme légères et sur l’apparence physique. Ces comportements sont-ils nouveaux ou ont-ils existé de tous temps ?

Sophie Bramly : Je crois que de tout temps, il y a eu une distinction entre les hommes et les femmes pour qui le sexe est une force vitale tonifiante, qui donne un appétit de la vie et doit s'afficher comme tel, et ceux et celles pour qui la relation au sexe est plus complexe et à cacher. 

J'aimerais avoir plus de détails sur la façon dont ces femmes ont été recrutées pour participer à cette étude. Sont-elles toutes épanouies dans leurs vies professionnelles et affectives, ou non ? Cela a son importance. Les hommes et femmes sont agressifs de la même manière : lorsqu'ils se sentent vulnérables ou insatisfaits. Et comme les hommes, les femmes qui ne sont pas épanouies dans leurs vies peuvent tout à fait devenir agressives à la vue d'une bombe sexuelle, justement parce qu'elle s'affiche sexuelle, prédatrice, s'arroge un droit que d'autres se refusent, pour des raisons souvent culturelles. 

Les groupes qui se sentent vulnérables ou injustement traités ont toujours la logique -  discutable - de se battre au sein du groupe pour essayer de s'en sortir, plutôt que de se battre contre "l'ennemi". Il y a 30 ans, je m'étonnais déjà de voir les Noirs s’entretuer dans le Bronx, plutôt que de s'attaquer aux Blancs qui maintenaient plus ou moins consciemment une forme de ségrégation.

>>>A lire également sur notre site : Violences faites aux femmes : celles qu'on voit, celles qu'on ne voit pas

Que révèlent ces comportements des attentes de la société vis-à-vis des femmes et de la vision que ces dernières ont d’elles-mêmes ?

Notre actuelle société est anxieuse et lorsque l'économie se porte mal les idées rétrécissent et l'humeur n'est plus au relâchement des mœurs. Il faut ajouter à cela que la tendance mondiale est à la femme comme voie de salut pour l'économie (on parle d'un marché bien supérieur aux BRIC). Cela donne une situation qui est cocasse en résumant de façon caricaturale : aujourd'hui les femmes se sont émancipées, mais une bonne partie de l'argent que beaucoup d'entre elles gagnent est ré-investit dans un nombre exponentiel d'armes de séduction massive : la mode qui s'est infiltrée partout mais aussi la chirurgie esthétique, coaching, bien-être, etc. Un argent que les hommes dépensaient autrefois pour elles ! 

Si la société tente d'imposer ce modèle, les comportements des femmes changent et sont loin de tous se bâtir sur ce modèle.  Il y a sans doute, en ce moment, des tendances contradictoires dictées par ceux qui sont effrayés par la situation économique actuelle. On voit chez les 20-30 ans deux mouvements divergents, entre celles qui veulent couvrir leur corps et celles qui veulent au contraire le découvrir un peu plus. Dans le premier cas, on reste dans un schéma ancestral de séduction : "je me couvre pour que tu viennes me découvrir", dans l'autre cas au contraire c'est un modèle frondeur, presque dé-érotisé, où la femme choisit de faire à sa guise.

Les frondeuses font peur à celles qui ne s'accordent pas cette liberté là et sont donc dépendantes du désir du partenaire potentiel. Mais je note plutôt une tendance bienveillante et nouvelle du regard que les femmes posent sur les autres femmes. Entre celles qui montent des réseaux féminins (de plus en plus nombreux) et celles qui développent des médias porteurs d'autres messages, on assiste aussi à une entraide, une empathie féminine qui me parait de bon augure ... 

Les participantes de l’étude étaient âgées de 20 à 25 ans. Ces pratiques sont-elles une question d’âge ? Les femmes plu âgées font-elles preuves de davantage de solidarité ou de bienveillance entre elles ?

Disons que des questions biologiques ont encore leur importance. Que la femme désire ou non avoir un enfant, son horloge biologique parle avec elle, pour elle. Elle raisonne instinctivement autour de la question de procréation : trouver un mâle puissant au sein du groupe capable de protéger sa progéniture, tout comme le mâle est en compétition spermatique avec ses congénères. Une fois cette question réglée (d'une façon ou d'une autre), la femme raisonne pour elle-même. Il est d'ailleurs intéressant de noter que la vie sexuelle des femmes se trouve mieux et s'épanouit plus une fois réglée la question des enfants. Donc, oui, une fois que la question de la procréation disparaît, les femmes sont plus bienveillantes entre elles, ce qui n'empêche pas, comme partout et comme toujours, une certaine réserve lorsque certaines ont des façon de fonctionner qui s'éloigne trop du modèle en vigueur. 

Quelles conséquences sur les victimes de ce "slut shaming" ?

Comme toujours, c'est Nietzsche qui a raison. Ce qui ne les tue pas les rend plus fortes. Au début des années 1980, il y avait un bruit qui courait autour d'une chanteuse qui avait un ou deux singles à son actif. Les hommes qui travaillaient dans l'industrie musicale à New York se refilaient le tuyau : "elle couche avec tout le monde par ambition, tu peux y aller" et les femmes usaient du "slut shaming" qui ne portait pas encore ce nom. Rira bien qui rira le dernier. Il est évident aujourd'hui que Madonna ne fait plus rire aucun d'entre eux, qu'elle les a tous utilisés à son avantage et est devenue un modèle d'émancipation pour nombre de chanteuses après elle, et de femmes aussi.

Je dirais qu'au commencement était Lilith, première femme sexuellement puissante de l'histoire, puis les sorcières calquées sur son modèle, et maintenant, en caricaturant de façon schématique, les femmes que l'on traite de putes. La bonne nouvelle c'est que plus on avance plus il y a de femmes au bas de cette pyramide-là, ce qui fait que peut-être un jour elles seront en nombre suffisant pour devenir la norme et cesser d'effrayer.

Comment faire évoluer ces comportements ?

En se focalisant sur l'économie !Quand les peuples ont un toit, un travail et de l'argent ils sont très ouverts à laisser de la place à la différence, à la curiosité, à l'hédonisme... Quand les gens ont peur, c'est le pire d'eux-mêmes qui se révèle le mieux.

La solidarité féminine n’est-elle qu’un mythe ?

Ni plus ni moins que la solidarité au sein de n'importe quel groupe. On est solidaire quand on a les moyens de le faire, on ne s'occupe que de sa préservation lorsqu'il y a un danger. Les associations, les fondations, les engagements en faveur des défavorisés sont le plus souvent le fait de ceux qui ont été privilégiés par la vie et ont envie de rendre.Les femmes seront très solidaires dès qu'elles sentiront leur place chèrement acquise un peu stable.

Les hommes sont-ils plus solidaires ou s’agit-il d’un mythe également ? Sur quels aspects la compétition entre homme se dispute-t-elle ? Se manifeste-t-elle également à travers l’agression directe ou les hommes agissent-ils de manière plus frontale ? 

Je fais très peu de différences entre les hommes et les femmes, j'en fais beaucoup plus entre les dominants et les dominés, et n'est pas toujours le dominant celui qui croit l'être. Mais d'un point de vue biologique, le comportement de celui qui a des millions de spermatozoïdes tous les jours, pour assurer sa survie, est peut-être plus axé vers la prise de risques que celle qui n'a que 400 gamètes pendant une courte période de sa vie. Et peut-être que les hommes sont un peu plus solidaires entre eux parce qu'ils font beaucoup plus de sports d'équipe et qu'autrefois l'armée entraînait aussi à cela. Mais ce n'est que du culturel et par conséquent est amené à évoluer, Cela dit, ils ne se sont jamais privés d'agressions directes, généralement tournées autour "d'en avoir ou pas", d'avoir "la plus grosse" ou d'être "couillu", émasculant psychiquement l'ennemi à abattre. Quant à l'agression féminine, depuis que les femmes s'y sentent autorisées, je n'ai pas l'impression qu'elles se gênent, aux dires des chiffres de la police. 

Mais l'agression est le propre de celui qui a peur et/ou est en colère, donc ce n'est pas forcément une bonne nouvelle ...

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