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Quand Sarkozy se déchaîne sur Trump... après s'être inspiré de lui
©Reuters

180 degrés

Quand Sarkozy se déchaîne sur Trump... après s'être inspiré de lui

Nicolas Sarkozy semble ne savoir que faire de Donald Trump. Le candidat est un jour une source d'inspiration, l'autre un repoussoir. Les deux prétendants à l'investiture du parti républicain de leurs pays pourraient se ressembler bien plus que ne le souhaite l'ancien président français.

Ne lui parlez plus de Donald Trump. Ce qu'il pense du candidat à la primaire des Républicains tient en quelques mots postés sur Facebook :

"J'ai un sentiment très mitigé s'agissant de Donald Trump. D'un côté on est effrayé par ce qu'il dit et on finit par espérer qu'il ne pense pas tout ce qu'il dit. D'un autre côté il traduit le rejet d'une pensée unique qui stérilise le débat aux Etats-Unis comme en France. A force d'empêcher le débat, on finit par pousser à l'expression du populisme et de la démagogie. Voilà pourquoi il ne faut pas craindre le débat".

"Sentiment mitigé ?" Une pensée sans doute un peu trop complexe, qui a laissé place à tous les fantasmes. Nicolas Sarkozy se prendrait-il pour Donald Trump ? Ferait-il un parallèle entre son propre parcours et celui du milliardaire américain, tous deux candidats du peuple contre les médias ? Absolument pas. "Le personnage le laisse perplexe, explique son entourage. Il le trouve caricatural et d'une brutalité inouïe". Ce que veut dire Nicolas Sarkozy lorsqu'il parle de sentiment mitigé, "c'est que le succès de Trump souligne les ravages de la pensée unique aux Etats-Unis. Lorsqu'on empêche le débat de fond, on prend des risques, on fait monter les extrêmes", explique une proche. Et c'est en ça que l'ancien Chef de l'Etat trouve le parcours de son homologue intéressant, dans le sens où il y voit ce qu'il souhaiterait éviter à la France.

Atlantico : A Londres, devant un petit groupe de Français, Nicolas Sarkozy s’est attaqué de façon virulente à Donald Trump : "Je trouve terrifiant qu'il y ait 30% d'Américains qui peuvent se reconnaître là-dedans. Ça fait frémir." Pourtant, quelques semaines auparavant, il en avait fait le modèle de "candidat du peuple" qui balayerait les "candidats de l’establishment et des médias", visant certainement ainsi Juppé, Le Maire et Fillon. Pourquoi se détourne-t-il aujourd’hui publiquement de Trump ? La tentative de positionnement populiste de Sarkozy manquait-elle à ce point de crédibilité pour qu'il prenne ce virage à 180° ?

Maxime Tandonnet : Cette apparente contradiction ne surprend pas vraiment ceux qui ont suivi de près le parcours du président Sarkozy. Il est en effet partagé entre deux tentations. L'une d'elle le porte à  vouloir exprimer les attentes et les inquiétudes d'une partie de la population au sujet des questions identitaires et sécuritaires, qui s'expriment dans de nombreux sondages. L'autre le pousse à rester en phase avec le monde médiatique, la presse et les milieux intellectuels, favorable à l'ouverture et à la diversité. Cette ambivalence s'est exprimée pendant ses mandats entre la phase "ouverture" jusqu'à  juin 2009, puis le durcissement sur les sujets de société. Face au candidat républicain, son approche est sans doute à deux niveaux. D'une part, il  semble avoir perçu dans la popularité de Donald Trump l'expression de la révolte populaire face au sentiment d'un déclin américain, du besoin d'autorité et d'ordre, le rejet de l'establishment et des partis traditionnels. Mais en même temps, le style et les provocations verbales du candidat aux présidentielles américaines lui déplaisent. D'où ces deux discours à la tonalité différente.  

En quoi le succès de Donald Trump, malgré l’opposition farouche des cadres du Parti Républicain, peut-il être une source d’inspiration pour Nicolas Sarkozy quoi qu'il en dise ?

Le succès de Donald Trump est révélateur de la situation politique et sociale des Etats-Unis. Ce pays connaît une fracture profonde entre les élites politiques, économiques, médiatiques, et une partie de la classe populaire qui se sent délaissée. Cette popularité exprime en outre la révolte de milieux qui ne se reconnaissent pas dans l'Amérique de la diversité et des minorités, ralliée à Hillary Clinton. La France est dans une situation comparable au regard du rejet de la classe dirigeante par une partie des milieux populaires. Le phénomène transparaît dans le sondage CEVIPOF de janvier 2016 selon lequel 88% des Français pensent que "les politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux". Face à une personnalité comme Alain Juppé supposée représentative de l'establishment, au moins par son style, il n'est pas impossible que Nicolas Sarkozy soit poussé, un peu à l'image de M. Trump mais avec plus de modération, à vouloir en appeler à la sensibilité populaire contre les élites, sur des sujets comme la Nation, la sécurité, l'immigration. Il me semble que le critère essentiel de l'évolution de son discours sera politique. L'équation est complexe. En ce moment, l'image de sagesse et de modération de M. Juppé lui a nettement permis de prendre l'ascendant en s'attirant les faveurs centristes voire socialistes. M. Sarkozy doit en tenir compte.  L'évolution des sondages sera décisive à cet égard...

Après que l'UMP s'est rebaptisée Les Républicains, certains comparent désormais le parti de Nicolas Sarkozy avec le parti républicain américain, alors qu’ils ne se le permettaient pas auparavant : une certaine droite française développe-t-elle un mimétisme vis-à-vis de la droite américaine ?

Oui, le mimétisme avec les Etats-Unis est extraordinaire, et pas seulement sur le nom, les Républicains. D'ailleurs il touche aussi bien le gauche que la droite. Avec le quinquennat renouvelable une fois et la banalisation de "l'hyperprésident", incarnant à lui seul l'exécutif au détriment du Premier ministre et des ministres, la classe politique française a opéré un véritable copié-collé du présidentialisme américain. Aujourd'hui, les primaires de la droite et du centre ne font que caricaturer une pratique américaine. En surface, la vie politique française ne cesse de s'américaniser en s'organisant autour de la starisation médiatique de personnalités en course pour la présidence, au détriment du débat d'idées et des projets de société qui ne cessent de reculer. Mais étrangement, ce mimétisme français ne touche pas à ce qu'il y a de meilleur dans le système américain, son dynamisme économique, son goût de l'initiative, de l'innovation, de la mobilité, de l'audace et du risque. Il porte sur le seul système politique américain mais de manière incomplète et biaisée. Les responsables politiques français vénèrent le présidentialisme à l'américaine qui flatte leur narcissisme mais ne s'intéressent absolument pas à ses contreparties : un Congrès extrêment puissant et respecté, un système fédéral, décentralisé et la pratique de la démocratie directe.

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