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Quand le sapin fait boum : le sondage 2017 qui va faire trembler la droite avant Noël
©Flickr/Hades2k

Joyeux Noël !

Quand le sapin fait boum : le sondage 2017 qui va faire trembler la droite avant Noël

Les élections régionales du 13 décembre n'ont certes pas déclaré de réels vainqueurs, mais elles ont amoché la dynamique de tous les "perdants". Si François Hollande et le PS semblent reprendre des couleurs – au point que le Président dépasse désormais son prédécesseur en intention de votes –, le FN et Les Républicains accusent le coup.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : En quoi est-ce que la photographie réalisée par ce sondage est-elle représentative de ce qu'il risque de se passer aux élections présidentielles de 2017 ? Quels sont les enseignements de celle-ci ?

Jérôme Fourquet : Selon la formule consacrée, il s'agit d'une photographie prise à un instant T. Ce moment est évidemment très particulier, puisqu'il survient au lendemain des élections régionales qui ont été marquées par la poussée du FN au premier tour, puis par son échec au second. On assiste à un certain statu quo entre les forces politiques entre une gauche qui a sauvé les meubles et une droite qui, certes, a remporté le plus grand nombre de régions mais n'a pas su faire le plein comme elle pouvait l'espérer. C'est dans ce contexte très particulier qu'a été réalisé ce sondage : rien ne dit qu'en 2017 – dans un an et demi – ce climat électoral et politique continue à prévaloir.

Néanmoins, un certain nombre de lignes de force se dégagent. D'une part le Front National conforte, élection après élection, sa progression et sa position à un niveau très élevé dans le paysage politique, puisqu'il est devenu le premier parti de France. La gauche de la gauche est assez affaiblie tandis que le Parti socialiste reprend quelques couleurs. Enfin, la droite et le centre, unis, parviennent juste à faire armes égales avec le Front National (et qui sont donc très taraudés concernant la question de la ligne à adopter). Toutes ces questions remontent à la surface et agitent le monde politique. En dépit du fait que la photographie soit réalisée à un moment particulier, il y a des enseignements à tirer de ce sondage. Les lignes de forces ne disparaitront pas d'ici l'élection présidentielle.

À l'instar de ce que nous avons constaté le dimanche 13 décembre, le niveau du FN est très élevé : aux alentours de 27 à 29%. On constate néanmoins un petit tassement, quand bien même il parvient à se maintenir à un niveau presque aussi élevé que lors du premier tour des régionales. C'est probablement le fruit d'une légère démobilisation, due à la défaite du deuxième tour. L'électorat du Front National pensait en effet que plusieurs des six régions seraient prises, couronnant une campagne avec succès. Il est possible que l'échec à gagner une région provoque une certaine démotivation. Cela ne vient pas entamer le socle électoral du FN. La vraie question c'est celle de la durée de cette défection potentielle. Sera-t-elle temporaire ? Va-t-elle s'ancrer dans le temps ?

Le deuxième enseignement à tirer s'inscrit aussi dans la lignée de ce qui a pu être constaté aux régionales. Le PS n'est pas flamboyant. François Hollande non plus. Cependant, ils sont tous deux en moins fâcheuse posture qu'il y a quelques mois. Somme toute, ils font de la résistance et reviennent dans la partie.

Enfin, Nicolas Sarkozy apparait en difficulté. A la suite des régionales, de nombreux ténors des Républicains se sont exprimés concernant le choix de la ligne, l'efficacité toute relative du programme et de la campagne que l'ancien Président avait décidé... Egalement, certains se sont dressés face à l'idée qu'il serait le seul à pouvoir faire rempart face au Front National ; à rassembler très largement. Ce sondage en porte la marque : la première hypothèse – celle pour laquelle nous avons le plus sondé – met en oeuvre Nicolas Sarkozy dans le cadre d'une candidature de François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan. Dans ce modèle, Nicolas Sarkozy avoisine la barre des 20% d'intention de vote. C'est une perte substantielle, d'autant plus remarquable qu'il est dépassé d'un point par François Hollande. Cela ne signifie pas que cela soit joué : l'échéance est encore loin et la différence n'est que d'un point, ce qui fait donc parti des marges d'erreurs potentielles. Préalablement, les écarts n'étaient pas forcément très importants, mais ils étaient tous en faveur de l'ancien Président de la République.

Pour chaque candidat, selon les différentes hypothèses sondées, quelle est la part de sa ligne politique ou de sa personnalité qui attire le plus les votants ?  Pour combien jouent chaque ?

Il est difficile de délier les deux aspects. Cependant, il est possible de constater un écart assez faible entre Nicolas Sarkozy et François Fillon. Ce n'était pas le cas, historiquement, et cela tient plus à la perte d'influence et de terrain de Nicolas Sarkozy qu'à la légère remontée de François Fillon. Les premiers éléments de langages installés par les Sarkozystes qui consistaient à dire que l'ancien Président avait d'ores et déjà "tué le match" sont manifestement contredits : l'écart avec l'ancien Premier ministre n'est plus que d'un point et demi et tout n'est plus aussi clair que cela.

Le deuxième candidat de la droite, Alain Juppé, montre une efficacité électorale plus importante que ses deux concurrents : il amplifie respectivement leurs scores de 9.5 et 10 points. Même en présence de François Bayrou, il touche la barre des 30% et est donc en capacité de dépasser Marine Le Pen, ce qui n'est à la portée d'aucun autre candidat. C'est du à sa capacité à capter une partie de l'électorat de François Bayrou, qui passe de 12% à 10.5%, mais également à capter un pan de l'électorat de François Hollande.

Marine Le Pen, pour sa part, se maintient à un niveau très élevé. Pour autant, elle n'a pas capitalisé sur ce niveau à l'issue du scrutin régionale. A l'inverse, même, elle subit un léger reflux. Il est lié à un mouvement de déception dont on ne peut dire s'il sera durable ou temporaire. Dans tous les scénarios où Alain Juppé n'est pas le candidat, elle demeure très loin devant, témoignant de ses scores qui restent très élevés.

Un autre candidat, Nicolas Dupont-Aignan réalise un score honorable : dans la quasi-totalité des hypothèses testées il se hisse aux alentours de 5% des intentions de vote. Il existe très clairement une ombre portée, conséquence immédiate des régionales, qui l'affecte de la même façon qu'elle le fait avec François Hollande, Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen. Elle lui profite : il a rassemblé 6.5% des voix en Île-de-France et environ 3% en moyenne nationale. Pour un parti comparable à Debout la France, c'est un résultat relativement honorable et cela se traduit par 5 à 5.5% des intentions de votes au premier tour des élections présidentielles de 2017. Et ce, en dépit d'un FN déjà très haut et qui rassemble généralement l'électorat des déçus. Nicolas Dupont-Aignan gagne un peu d'espace. Concernant Philippe de Villiers, en revanche, le résultat est plus mitigé : il ne rassemble que 3% des intentions de votes en vue d'une potentielle candidature en 2017, ce qui correspond globalement à son score de 2007. C'est une base de départ, certes, mais il fait bien moins que Nicolas Dupont-Aignan, sur le même créneau. Lui, comme d'autres, jouit de plus d'influence au travers du regard qu'il porte sur la société qu'en redescendant dans l'arène électorale.

François Bayrou, enfin, reste sur un niveau non négligeable et tourne autour des 10% sauf dans le scénario d'une candidature d'Alain Juppé. Dans ce cas-là, il a plus intérêt à ne pas se lancer dans la course : son espace électoral serait réduit. L'électorat de François Bayrou, dans le cadre d'une candidature de Nicolas Sarkozy, représente entre 10 et 12% de l'électorat, ce qui est conséquent. Dans le cadre d'une élection présidentielle ou le Front National parvient à gagner le second tour, cet électorat peut représenter un objectif très convoité pour un candidat PS ou LR, dès le premier tour. Et ce, pour parvenir à gagner le peloton de tête et donc le second tour. Les échanges d'amabilité entre Manuel Valls et Jean-Pierre Raffarin visent notamment cet électorat. C'est également l'une des cibles du discours tenu par Xavier Bertrand au lendemain des élections. La gauche de la gauche n'a pas le vent en poupe, n'en déplaise aux Verts, bien qu'ils continuent d'exister. Jean-Luc Mélenchon conserve un score comparable à celui de l'élection présidentielle de 2012, aux alentours de 10%. Cependant, cet électorat se reporte mal. François Hollande et son équipe en ont fait le constat : ils se tournent donc davantage vers le centre-droit pour gagner quelques points.

Dans quelle mesure est-ce que les dynamiques peuvent-elles influencer les sondages ? En perdant aux régionales, Marine Le Pen ne perd-t-elle pas un peu de l'élan qu'elle avait accumulé jusqu'à lors ? Que dire de François Hollande et de ses "succès" récents ?

C'est un phénomène que l'on appelle ombre portée. Les dynamiques se créent à la suite d'événements et peuvent effectivement influencer les sondages. C'est d'ailleurs assez visible sur les courbes, mais ce qui importe vraiment c'est la façon dont elles s'ancrent, ou non, dans le temps. Dans le cas présent, il faut savoir raison garder : il ne s'agit que de mouvements d'un ou deux points. François Hollande ne gagne pas 5 à 10 points comme il a pu le faire dans les côtes de popularité qui sont beaucoup plus élastiques. Les votes restent plus stables. On peut distinguer des tendances, comme celle de la chute de Nicolas Sarkozy qui va perdre 3 ou 4 points sur six mois : cela reste une inflexion, mais ça n'est pas ce qu'on peut appeler un décrochage violent. 

L'important est de parvenir à entretenir cette dynamique dans le bon sens. Marine Le Pen a été portée par les élections municipales, départementales, européennes... Les régionales ont marqué un léger coup d'arrêt, mais il est clair qu'une série d'événements (attentats, crise des migrants, etc) qui pourront lui permettre de remonter une éventuelle pente, voire de faire changer le climat d'opinion,  électoral. Les opportunités se créent ainsi : François Hollande s'est remis en selle d'abord et avant tout grâce aux séries d'attentats. Ce sont des événements de nature à faire bouger les choses. L'ombre portée durera un certain moment, mais viens un temps où il faut la nourrir (soit la contrecarrer si elle est néfaste, en changeant de thématiques et en reprenant la main sur le débat politique), sans quoi des événements finissent toujours par rebattre les cartes. C'est ce à quoi nous avons assisté récemment.

Comment ces chiffres pourraient évoluer dans les mois à venir ? A quels scénarios s'attendre ?

Tout dépend des événements. Des tendances se sont dessinées. Si d'autres chiffres, comparables, sont publiées sur d'autres supports médiatiques, ils sont susceptibles de nourrir un climat, contribuent à son élaboration. Des sondages, quand ils sont confirmés par d'autres, peuvent faire office de point d'appui pour différentes communication, comme celle du gouvernement. Cela pourrait servir à François Hollande à dire que ne conserver que cinq régions n'est pas véritablement un échec et qu'il est hors-de-question de ne pas se rassembler derrière lui, de ne pas conserver sa ligne politique. Inversement, les adversaires de Nicolas Sarkozy, au sein de la droite, pourraient plaider qu'il a perdu de sa superbe et que les scénarios sont très ouverts, loin d'être écrits à l'avance.

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