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François Hollande lors de son discours après les élections municipales.
François Hollande lors de son discours après les élections municipales.
©Reuters

Tribune

Quand le pacte de solidarité enterre le pacte de confiance

Est apparu miraculeusement dans le discours que François Hollande a tenu après les élections municipales le fait que le pacte de responsabilité (qui fait déjà figure d’Arlésienne) était aussi un pacte de solidarité. Tiens donc...

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Dans l’agitation fébrile médiatico-politique de la composition du gouvernement et des difficultés que devraient rencontrer Manuel Valls, personne n’a vraiment relevé le coup de canif donné au pacte de confiance à l'occasion du discours du président de la République après les élections municipales. On le sait, la gauche dans sa diversité est globalement hostile à l’économie de marché et donc à ceux qui l’incarnent, c’est-à-dire les patrons ; toutefois, François Hollande s’est résolu à dire en introduction de ce même discours que c’était eux qui faisaient la croissance. Il était temps, bien que le signal reste faible. Il fallait probablement atténuer cette audace idéologique car le président de la République, comme son parti tout entier, danse d’un pied sur l’autre. Or, en nommant Manuel Valls, il donnait clairement un signal positif au monde de l’entreprise, puisque celui-ci est qualifié de "droitier" et que la droite est supposée être favorable aux entreprises... Il fallait donc donner un gage à la "gauche de la gauche "(une exception culturelle française). C’est ainsi qu’est apparu miraculeusement le fait que le pacte de responsabilité (qui fait déjà figure d’Arlésienne) était aussi un pacte de solidarité, nouveau et intéressant.

D'où sort cette nouvelle définition ? Qui en a été averti ? Les partenaires sociaux ? Les syndicats ? Les chefs d’entreprise ? Miraculeuse idée de dernière minute : la cerise sur le gâteau, la France est droguée au mot "solidarité" totalement dépourvu, hélas, de contenu. François Hollande a dû se dire que personne n’oserait refuser cette tarte à la crème, même pas le Medef ! Après tout, ne sommes-nous pas effectivement tous solidaires devant le désastre de la politique fiscale et économique menée ?

C’est finalement un cadeau empoisonné pour l’arrivée du Premier ministre, qui se trouve embarqué dans une probable négociation supplémentaire pour compenser ce que l’on qualifie stupidement de "cadeaux aux patrons".

Sauf qu'on ne rajoute pas impunément de la "solidarité" à une tentative d'accord déjà à bout de souffle. Sous quelle forme va-t-on injecter de la solidarité ? Car si l'on déteste tout ce qui s'apparente à des cadeaux aux patrons, on adore les cadeaux de l'Etat. Augmenter des salaires (ce qui annulerait l’hypothétique baisse du coût du travail) ? Une prime par-ci ? Une prime par-là ? Du donnant-perdant ? Voilà de quoi donner du grain à moudre au nouveau et fougueux ministre de l'Economie ; grand spectacle en perspective, faute d’autre chose…

S’il faut que le président du Medef donne une chance à ce Premier ministre porteur de tant d’espoir pour la France, pas question de tergiverser sur de nouvelles bases, les entrepreneurs ne le supporteraient pas. Après tout, il est peut-être temps de renoncer à ce pacte qui ne pactise rien et qui demande beaucoup aux entrepreneurs en qui le gouvernement n'a pas confiance, la preuve en est donnée tous les jours.

Après tout, si notre pays et la gauche en particulier sont incapables de comprendre qu’il faut créer des conditions favorables pour que l'on puisse créer des emplois et retrouver la croissance, laissons tomber !

On comprendrait que le président du Medef renonce ! Oublions ce pacte qui déchire le cœur de ceux qui nous dirigent et qu'ils assimilent à une reddition devant le dieu de l'argent et le diable de la mondialisation ! Très bien ! Laissons le gouvernement face à son incompréhension et à ses erreurs, à ses tergiversations, et les entrepreneurs vont contribuer à se replier en position de survie en gelant salaires, développement et recrutement... Il ne suffit pas de remanier vaguement, de remettre un coup de solidarité on ne sait où et de tisser une toile d'araignée dont Manuel Valls aura bien du mal à sortir, il faut des signes économiques forts et arrêter de faire de la politique. Une politique qui devient insupportable d'Irréalisme, de mensonges d'immobilisme et d'impuissance.

Bonne chance, Monsieur le Premier ministre !

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