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Mélenchon pourrait signer la mort de cette espèce de social-démocratie à la française appelée Parti socialiste, et recentrerait le débat à gauche autour d'un marxisme historique.
Mélenchon pourrait signer la mort de cette espèce de social-démocratie à la française appelée Parti socialiste, et recentrerait le débat à gauche autour d'un marxisme historique.
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Incertitudes

Le PS face à un 21 avril au carré : Comment survivre si elle était absente du 2d tour ET derrière Jean-Luc Mélenchon ?

Les chances de voir la gauche au deuxième tour de la présidentielle se réduisent de semaine en semaine comme le montrent plusieurs sondages. Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon, lui, progresse, dépassant de plusieurs points François Hollande.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Atlantico : Très nombreux sont les sondages à montrer que la gauche (PS) serait éliminée au second tour de l'élection présidentielle de 2017, et ce quelle que soit la configuration à droite. Que se passerait-il effectivement si cela s'avérait exact ? Revivrions-nous un 21 avril 2002, aux effets cette fois-ci peut-être même démultipliés ?

Eric VerhaegheLa gauche a aujourd'hui un immense handicap qui s'appelle François Hollande. La publication de son livre de confidences l'a transformé en une sorte de kamikaze qui se fait exploser sur un marché un dimanche matin. Le souffle est dévastateur, parce qu'il tue le mythe du bonhomme sympathique qui exerçait le pouvoir avec des limites personnelles, une sorte de désordre et d'amateurisme, mais avec empathie et gentillesse. Ce livre dévoile un François Hollande narcissique, cynique, manipulateur, qui n'aime personne et méprise tout le monde. Plus les gens le lisent (et ce livre est numéro 1 des ventes malgré son prix et son volume...), mieux ils comprennent que leur président est non seulement mauvais, mais méchant avec ceux qui l'ont aidé. Le coup est vraiment suicidaire et rend sa position intenable. Cela dit, on voit bien que l'imprévisibilité politique de Hollande pourrait aussi donner lieu à un renversement. Peut-être même Manuel Valls pourrait-il être le seul Premier ministre de la Ve République (depuis Pompidou) capable de gagner la présidentielle après un mandat de plusieurs années.

Maintenant, si cette hypothèse ne se réalisait pas, et si le second tour devait opposer un candidat de droite à Marine Le Pen, il me semble que la situation serait très compliquée à gérer. Les Français ont expérimenté la formule en 2002 et aux régionales. Le moins que l'on puisse dire est que le "tout sauf Le Pen" constitue un défi grandissant pour la démocratie. En 2002, Chirac a trahi ses électeurs de gauche en ne leur accordant aucune place après son élection. Aux régionales, beaucoup d'électeurs du Front national ont pu considérer que leur victoire leur était volée. Dans un univers politique où les élites font l'objet d'un rejet viscéral, une réédition de ces scrutins risque de peser lourd...

Une autre tendance que l'on retrouve dans de récents sondages ces dernières semaines réside dans l'avance prise par Jean-Luc Mélenchon devant François Hollande dans le cas où celui-ci serait le candidat déclaré et officiel de la gauche. Quelles seraient les conséquences, aussi bien à gauche qu'à l'échelle de l'élection dans son ensemble, si Jean-Luc Mélenchon, le jour J, faisait un meilleur score que le PS ?

Personnellement, je pense que l'hypothèse d'un second tour opposant Marine Le Pen à Mélenchon est crédible. Elle serait la conséquence normale d'une transformation en profondeur de l'affrontement droite-gauche auquel nous assistons. On voit bien qu'à gauche, il existe un naufrage idéologique profond qui touche à l'ensemble des questions posées à l'opinion publique. Sur l'Europe, sur la religion, sur l'éducation, sur les finances publiques, la gauche se fracasse en camps très différents et difficiles à réconcilier. La droite est en apparence moins divisée, mais la question de l'identité la travaille et le Front national constitue pour elle un puissant aimant qui la déstabilise. Rien ne prouve donc que le candidat de droite qui sortira de la primaire pourra décrocher de façon sûre son accès au second tour. Entre un Mélenchon agressif et une Marine Le Pen dont la popularité grandit, les Français peuvent préférer un second tour de rupture.

Pour le Parti socialiste, ce ne serait qu'un juste retour des choses : il se limite aujourd'hui à faire élire des notables dont le principal horizon est leur propre réélection. Il n'est pas dit que Mélenchon et Le Pen servent à autre chose, mais ils parviennent mieux à le cacher. Globalement, la France serait alors l'un des rares pays européens à accorder une telle importance au courant marxiste dans sa vie politique. On pourrait même dire que Mélenchon signerait la mort de cette espèce de social-démocratie à la française appelée Parti socialiste, et recentrerait le débat à gauche autour d'un marxisme historique. 

Ce dimanche dans le JDD, Ségolène Royal a affirmé, suite aux rumeurs laissant penser qu'elle pourrait se porter candidate pour la primaire du PS, et par extension pour la présidentielle : "Il faut que la situation soit désespérée pour que ceux qui m'ont combattue me redécouvrent." Quelle probabilité y aurait-il pour qu'elle puisse se représenter ? Dans quelle mesure cela serait-il "désespéré" ? 

Soyons clairs: ce qui retient Manuel Valls aujourd'hui de déclarer sa candidature, c'est la perspective d'être battu dès le premier tour. Pour lui, l'événement serait terrible. Il enterrerait définitivement toute ambition pour la suite. Choisir d'y aller ou pas est suspendu à cette immense prise de risque. En l'état, on peut en effet imaginer que l'impopularité de Hollande est telle que le pire est à craindre. D'où l'idée de trouver une "cruche" qui pourrait présenter l'avantage, très ambivalent, d'être une sorte de remake de François Hollande. Il est frappant d'ailleurs de faire un parallèle entre le destin des Clinton et celui de Hollande. Même façon de transformer la politique en affaire de famille, mêmes déballages privés. La France apprécierait-elle un scénario de ce type, où le président deviendrait le "Premier mari" de France, même sous une forme dégradée? Il me semble que cette hypothèse constitue un handicap supplémentaire pour Ségolène Royal et qu'elle l'a très bien senti. Vous imaginez les Français se séparer de Hollande pour choisir sa compagne à sa place? Vous comprenez pourquoi Ségolène Royal juge sa candidature désespérée, d'autant qu'un certain nombre de loups l'attendent. Sa gestion en Poitou a été critiquée, et les affaires sortiront dans cette hypothèse. Bref, la gauche a un sérieux problème aujourd'hui, puisque Hollande a écarté tous ses rivaux. 

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